La santé mentale et le métier d’humoriste, c’est pas toujours drôle

Il est parfois difficile de trouver un équilibre sain quand on doit conjuguer notre vie avec l'anxiété et la dépression.

Les projecteurs s’éteignent, le raz de marée d’applaudissement se fait sentir jusque sur la scène. Le public n’y a vu que du feu, tout a bien coulé. Ce que les gens ne savent pas, c’est que le matin même l’humoriste Alexandre Forest était pris d’une crise de panique en vue de son spectacle le soir.

« On parle très peu de l’anxiété que génère le monde de l’humour », soutient celui qui souffre de dépression et d’anxiété, Alexandre Forest.

« Au début c’est confrontant, ça m’est arrivé de devoir dire aux gens : je ne me sens pas bien, on se reparlera une autre fois, je leur donne des billets pour un autre show et je m’excuse », avoue-t-il.

De son côté Alex Hamel a débuté en humour depuis un peu plus de deux ans et sa vision du domaine de l’humour a radicalement changé. « Si vous saviez le nombre de personnes qui ont de réels problèmes..». Pour lui, c’est probablement ce qui explique les gens qui sont attirés vers l’humour : le désir de renverser la situation.

L’humour, un mécanisme de défense qui a ses risques

« Fondamentalement en psychologie de base, l’humour est un mécanisme de défense, on fait de l’humour pour tolérer mieux. On rit souvent des problèmes que l’on a. Ça ne cache pas toujours de la souffrance, mais un peu quand même! L’humour c’est de reconnaitre qu’il y a une souffrance qui existe », explique la médecin résidente en psychiatrie, Julie Desjardins.

Un mécanisme de défense, mais qui comprend une certaine prise de risque.

«On rit souvent des problèmes que l’on a. Ça ne cache pas toujours de la souffrance, mais un peu quand même!»

« Faire de l’humour c’est un peu comme avoir une business », dit l’humoriste Katherine Levac. La différence que celle-ci soulève c’est que c’est un apprentissage en essai-erreur quant à la proximité que l’on veut donner au public.

C’est un équilibre que les artistes tentent de trouver, tout ça sur le regard bienveillant ou non de celui du public.

« Il y a des journées où j’ai envie de m’ouvrir et que je me mets vulnérable, puis d’autres jours où je me demande pourquoi est-ce que j’en ai dit autant », explique-t-elle.

Un pouvoir qui vient avec des responsabilités… et de la pression

Outre la pression de la performance, il y a aussi la pression d’être à la hauteur des gens qui se sont déplacés.

« Les gens se déplacent pour venir m’écouter parler de moi-même pendant une heure. Il faut que ce soit à la hauteur, ça ne peut pas juste être correct.»

« Les gens se déplacent pour venir m’écouter parler de moi-même pendant une heure. Il faut que ce soit à la hauteur, ça ne peut pas juste être correct », clame Katherine Levac. « Ensuite de ça les gens viennent te voir pour te parler. Tu viens de leur parler de toi, c’est normal qu’ils te parlent d’eux. Il ne faut pas oublier que tu deviens comme leur amie, tu viens de te confier à eux », poursuit-elle.

La ligne entre l’humoriste et son public devient alors très mince. Ce qui est dans l’intérêt du public n’est pas toujours d’l’intérêt du public. Ça devient un casse-tête à gérer entre ce que l’artiste veut que les gens sachent et ce qu’il préfère garder pour lui-même.

Dans ce métier il y a donc le stress de performance, mais également le stress de plaire aux autres tout en restant aligné avec soi-même.

Contrairement à ce que l’on peut penser, les humoristes vivent également beaucoup de moments de solitude.

« Ce n’est pas pour rien que quand on a des occasions de fêter tous ensemble, on est vraiment contents », dit Katherine Levac.

Les bonnes bases

Dans ce métier il y a donc le stress de performance, mais il y a également beaucoup de tournées. C’est beaucoup de temps à s’adresser aux autres, mais peu de temps à réellement interagir. Selon la médecin résidente en psychiatrie, Julie Desjardins « Il est primordial pour ces gens d’avoir de bonnes bases pour ne pas succomber au stress ». On parle notamment des gens plus enclins ou plus sensibles à avoir des problèmes émotionnels.

Un bon sommeil, une bonne alimentation, un mode de vie sain seraient des éléments qui favoriseraient l’état d’équilibre mental de ces gens qui subissent sans cesse des montées et des chutes d’adrénaline.

« Lorsqu’ils partent en tournée, leurs corps savent qu’ils doivent tenir bon ». Ce qui devient dangereux c’est lorsque l’adrénaline retombe après.

«C’est normal d’avoir un 48 heures de déprime. Le danger c’est quand on n’est pas préparé.»

« C’est normal d’avoir un 48 heures de déprime. Le danger c’est quand on n’est pas préparé », explique Julie Desjardins qui croit qu’il pourrait être très pertinent d’implanter des ressources à l’école nationale de l’humour pour accompagner la formation.

« Si ce n’était que de moi, de tels programmes seraient mis en importance dans plusieurs domaines, pas seulement celui de l’humour », dit-elle visiblement convaincue de sa réponse.

Les émotions sont souvent vues comme une faiblesse, pourtant ce ne sont que des paramètres supplémentaires avec lesquels travailler.

« Ça fait partie de la vie, et on est gagnant à apprendre gérer ses émotions, parce que les refuser, ça ne mène nulle part au final », conclut la psychiatre Julie Desjardins.

C’est ce que l’humoriste Alexandre Forest a compris à ses dépens depuis qu’il a fait son entrée dans ce métier en 2014 « la clé c’est de verbaliser aux autres comment on se sent, de l’expliquer et d’être transparent ».

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