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La révolution ne sera pas facebookée

8 décembre 2010
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Ce qui est un peu con c’est que je n’avais rien préparé comme deuxième billet. Si je considère que mon texte devrait être mis en ligne mercredi en milieu de journée, il sera déjà tard dans les Europes. La révolution fêtera ses premières 24 heures et les structures sociales devraient déjà être en miettes. Dans ce contexte, qui s’inquiètera de ne pas voir apparaître la deuxième publication de « la voix de la semaine » sur le site d’Urbania… ça c’est si l’internet existe encore.

Mais je sens que t’as besoin d’éclaircissement, personne imaginaire à qui je m’adresse.
Retour dans le temps au mois d’octobre dernier. Dans une entrevue accordée au quotidien nantais Presse-Océan, l’ex-joueur de soccer/comédien/polémiste/fou brac notoire Éric Cantona déclare que de manifester n’est plus la façon de faire, que la révolution ne viendra pas par les armes et que si on veut vraiment ébranler les structures en place, il faut s’attaquer aux banques : « Si au lieu d’avoir trois millions de gens qui vont dans la rue avec leurs machins (NDLR : il mime une pancarte), ces trois millions de gens vont à la banque et retirent leur argent, les banques s’écroulent. »

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La France a peur

N’en fallait pas plus pour que l’idée soit reprise et relayée à travers l’Europe. L’entrevue de Cantona est traduite en vingt langues et sera cliquée plusieurs centaines de milliers de fois. Des groupes se forment et le Bank Run 2010 est lancé. La date choisit pour aller massivement retirer notre argent de la banque: le 7 décembre 2010. Près de 40 000 personnes adhèrent au groupe facebook francophone. Une des organisatrices (la réalisatrice belge Géraldine Feuillien) estime qu’en Belgique seulement, environ 15 000 personnes videront leur compte. Il paraît que l’événement aurait aussi généré 6 publications sur Google Buzz, ce serait leur plus gros événement à ce jour, ça reste à confirmer.

Et puis? Sauf erreur, le 7 décembre 2010 c’était hier.

Tout semble encore en place, pas de bulletin spécial annonçant la fin de l’Europe. Est-ce que 40 000 clics facebook seraient finalement juste du e-vent (du vent électronique… vous voyez?). Rapide coup de google chat à un ami français (oui, c’est ça 2010), qui ne semble pas trop partager mes craintes apocalyptiques. Oui, ça a fait un peu de bruit, surtout du côté des jeunes et de la presse « libre », mais pas plus selon lui. La révolution Cantona semble avoir été assez peu supportée. Petite oscillation des aiguilles sur le web où le site de partage de fichiers The Pirate Bay suggère de retirer son argent du site PayPal, parce que ce dernier a fermé le compte de WikiLeaks. The Pirate Bay titrait d’ailleurs subtilement : « Do like Cantona – kick a bank in the nuts! », le dit Cantona aurait quant à lui, fait un retrait symbolique.

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En résumé, cette grande journée de révolution sans armes, sans violence, inspirée d’une idée de King Éric aura été assez tranquille. La grande question reste : « Est-ce que c’est une bonne idée de partir un mouvement d’après une croyance d’Éric Cantona ?» Soyons clairs, Cantona était (est, sera) un grand joueur de soccer, mais il peut-être un peu trop impulsif pour diriger une révolution. On parle du gars qui a étampé ses crampons dans la poitrine d’un spectateur* (certains parlent d’un coup de pied de kung-fu, j’y vois plutôt une savate), qui a mis son poing sur la gueule de son propre gardien (Auxerre, 1987), qui a piétiné un adversaire , qui a dit qu’il « pissait au cul » du pape (et de certains journalistes), et j’en passe… j’en passe vraiment beaucoup… vraiment. Cantona c’est un spécial.

Comprenez-moi bien, je ne suis vraiment pas contre le fait de donner un bon coup de pied dans les tibias des institutions financières, si ce n’est que pour leur rappeler qu’on existe, mais je ne le ferais peut-être pas avec Éric Cantona comme tête dirigeante, bien que je ne lui dirais jamais en pleine face.

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De toute cette histoire est née un autre mouvement qui lui ne veut pas que le système s’écroule, mais seulement qu’il change, en suggérant « le transfert de notre argent des banques les plus nuisibles vers celles les plus recommandables ». Pas parfaites, mais plus recommandables.

*En conférence de presse après le match, il avait expliqué son geste en disant : When the seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown into the sea. On cherche encore la signification de cette phrase. Un spécial j’vous dit.

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