La photographie : un métier sous-estimé ?

Entrevue avec la photographe Cindy Boyce.

URBANIA et la Place des Arts s’associent pour redécouvrir le métier de photographe.

Il y a environ 15 ans, ma mère me donnait mon premier appareil photo numérique. Il était gros comme huit Iphones 4 collés ensemble et il prenait des photos 3.2 mégapixels. Je me souviens du chiffre parce qu’il était dans les meilleurs. Je me suis dit « waaaa 3.2 mégapixel, National Geographic here I come! ». C’était le début d’une époque qui allait révolutionner la façon dont on produit du contenu. Outre le fait que ça fait déjà vieux jeu de le formuler de cette manière, il reste que devenir photographe n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.

On a jasé des quelques clichés (pun intended) souvent attribués à la photographie avec la photographe Cindy Boyce. On lui a demandé si le fait de « penser internet » avait eu un impact sur le métier dans son ensemble. Le tout a débouché sur une intéressante conversation sur l’importance de la connexion humaine dans les métiers artistiques.

Tout le monde fait de la photo = moins de contrats pour les pros ?

Il est facile de croire que le fait que tout le monde possède un appareil de plus de 3.2 mégapixels nuit à ceux qui sont réellement des professionnels de la photo. Pourtant, c’est l’inverse. Cindy Boyce, diplômée en photographie et photographe à temps plein, affirme qu’il n’en est rien. « J’ai quand même l’impression que le métier a toujours été valorisé. Oui le numérique a fait en sorte que plus de gens prennent des photos, mais il a aussi fait en sorte que plus d’entreprises ont besoin de photos. On avait peur que ça nuise au photographe alors que non, au contraire ça a explosé. C’est sûr qu’avec les réseaux sociaux, on devient tous un peu des potentiels ambassadeurs et créateurs de contenu, mais il y a quand même des entreprises qui veulent faire affaire avec des professionnels. Le métier photographe n’a pas perdu ses lettres de noblesse! », nous dit-elle.

«C’est sûr qu’avec les réseaux sociaux, on devient tous un peu des potentiels ambassadeurs et créateurs de contenu, mais il y a quand même des entreprises qui veulent faire affaire avec des professionnels. Le métier photographe n’a pas perdu ses lettres de noblesse!»

Le phénomène souligné par Cindy est très observable, on n’a qu’à penser à quel point la barre est haute visuellement pour tout. Aujourd’hui, c’est presque vital pour une entreprise d’avoir un beau site web avec une signature visuelle qui n’a pas l’air de sortir des années 90 (à moins que ce soit voulu, c’est presque rendu vintage).

Mais au-delà de la technique, la photographe nous explique que c’est aussi une question d’attitude : « Ça arrive qu’on annule un contrat parce que finalement c’est un membre de l’entreprise ou de la famille qui va prendre les photos de l’évènement, et c’est tant mieux s’ils trouvent quelqu’un pour le faire. Mais prendre des moments en photos, dans le cas des mariages par exemple, ça implique de s’oublier complètement pour la durée de l’événement, de s’effacer. Il n’y a aucun répit dans la photographie évènementielle. »

Une photographe doit donc savoir se faire petite pour être capable de capter tous les petits moments vites passés. C’est peut-être pourquoi c’est pas une bonne idée de donner la responsabilité de vos photos de mariage à votre beau-frère qui a une bonne caméra, mais qui veut faire partie du party.

« Ça arrive qu’on annule un contrat parce que finalement c’est un membre de l’entreprise ou de la famille qui va prendre les photos de l’évènement, et c’est tant mieux s’ils trouvent quelqu’un pour le faire. Mais prendre des moments en photos, dans le cas des mariages par exemple, ça implique de s’oublier complètement pour la durée de l’événement, de s’effacer. Il n’y a aucun répit dans la photographie évènementielle. »

Parlant de mariages, dans ce domaine aussi « la game a changé » (ceci est ma dernière référence aux jeunes loups, promis). Maintenant, engager un photographe professionnel c’est la norme, la moindre des choses pour des beaux souvenirs. Exit les photos quétaines du couple posté à côté d’un gâteau blanc placé sur une table de sous-sol d’église avec une nappe en plastique. La photographie de mariage doit avoir une vision, une direction artistique qui connecte avec la personnalité des mariés : « C’est beaucoup de travail. Après une journée de prise de photos, c’est souvent une semaine à faire le tri pour s’assurer que tout le monde va s’aimer. C’est quand même beaucoup de pression quand on y pense, d’immortaliser une journée aussi spéciale que celle-là. Mais j’aime beaucoup en faire, surtout quand il y a une belle connexion avec les gens. »

Au même titre que le métier de journaliste, qu’on dit souvent appelé à disparaître avec l’avènement du journalisme citoyen, la photographie a dû s’adapter au changement. Cindy par exemple, s’assure de varier ses spécialités. Elle se spécialise dans quatre types de photographies, soit événementielle, culinaire, de voyage et de portraits. Pour son plaisir d’abord, mais aussi parce que ça lui permet de décrocher une multitude de contrats différents.

L’importance de l’oeil du photographe

Cindy m’apparaît comme une jeune femme posée, réfléchie, qui a son métier vraiment à coeur. Tranquillement, mais surement, elle s’est bâti une clientèle tout en étudiant la photographie à l’université. Son talent lui a valu d’être approchée pour un projet de photo documentaire de La Place des arts. « Pendant un an, j’ai documenté toutes les résidences d’artistes de la Place des Arts. J’y allais par séance de trois heures à un certain moment du processus de création. Ça pouvait être des tests d’éclairage, des lectures autour d’une table, des tests de son…» C’est une énergie complètement différente à intégrer chaque fois, « j’arrivais dans une salle sans jamais savoir à quoi m’attendre », explique-t-elle. Tout ça a donné naissance à une exposition intitulée « Dans l’oeil de Cindy Boyce ». Bien qu’elle ne soit plus à l’affiche, un site web tout neuf a été mis en place pour archiver son travail. « C’est une immense chance d’avoir carte blanche pour un projet comme celui-là », dit-elle humblement.

En somme, ne devient pas photographe qui le veut. En plus d’acquérir des connaissances techniques, il faut une personnalité qui colle à la profession, un oeil qui a un sens prononcé de l’esthétisme de son temps et un talent pour saisir les moments au vol. Être un hit sur Instagram avec nos photos de iPhone c’est une chose, gagner sa vie et pouvoir offrir ce service aux autres en est une autre.

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Pour admirer le travail de Cindy Boyce avec la Place des Arts, découvrez son exposition Dans l’oeil de Cindy Boyce en cliquant ici.

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