La Pataterie

Dimanche, hang over et brûlée de ma semaine, ça me tente autant de cuisiner que d’aller faire un tour de truck à vidanges. La plupart du temps, j’me laisse séduire par le p’tit démon sur mon épaule qui me susurre presque libidineusement à l’oreille de me commander d’la bouffe sur Just Eat. Comme ça, j’ai même pas besoin de subir un contact humain, à part pour payer le livreur dans la porte à peine entrebâillée. Mais d’autres fois, je m’arme de courage et tel un preux chevalier, j’m’habille pour aller affronter la vraie vie, direction la Pataterie sur Ontario Esss, au coin de Bourbonnière.

C’est que ça fait maintenant 6 ans que je fréquente ce haut lieu du fast food et je n’ai jamais été déçue, pas une seule fois, de leur double-cheese-bacon.

En vérité, je l’conseille pas.

C’est comme se shooter à l’héroïne, ça vient avec de fortes chances de rester accroché après le premier. La preuve en est que dès la première fois que je l’ai essayé, j’y suis revenue de façon pavlovienne à chaque mois. Je sais pas, y’a quelque chose de divin et de parfaitement équilibré dans c’te double-cheese-bacon-là qui me met une larme à l’œil chaque fois que j’en mange un.

Bon, c’est quand même ben yinque un esti d’burger, tu vas m’dire, Ô toi, grand connaisseur de burgers, mais non. En fait, j’pense que le secret ultime d’un bon burger, c’est quand les ingrédients réussissent à fondre ensemble dans une parfaite fusion organique. Pas comme dans un vulgaire Big Mac où t’as l’impression qu’tu pourrais glisser une feuille de papier entre chaque étage de stock sans qu’ça s’mouille. Non, il faut que les ingrédients se rencontrent dans le burger et finissent par se frencher passionnément comme des ados le feraient à leur bal de finissants, mais avec grâce (et expérience.)

Au premier plan de la réussite de cette fusion, le pain. Pourtant, le pain hamburger de la Pataterie ne paie pas de mine. Il fait ce qu’on attend de lui, sans plus ni moins, soit il sert principalement à tenir le stock dans tes mains, tout en absorbant le trop plein de gras. Pis c’est ça qu’on veut, on veut surtout pas que le pain s’mette à upstager les éléments dans l’burger. Parle-moi pas d’un burger avec un pain tellement gros pis sec que tu t’en déchires le palais à chaque bouchée. Pis encore moins d’un pain avec cinquante sortes de graines sul top. Le pain, ce n’est que le lieu où les CHOSES SE PASSENT. La salle de bal, mettons.

Deuxième joueur et non le moindre, la boulette. Toujours égale à elle-même. Ça goûte exactement la même affaire à chaque fois, ce qui s’avère franchement rassurant, pour d’la viande. Comme l’assurance apaisante qu’il va se passer des affaires sexy, au bal.

Le fromage pour sa part est un typique fromage jaune chimique en plastique qui fond full ben, quand il te colle dans le palais, c’est d’un velours sans précédent dans l’Histoire du velouté. Ça fait l’effet d’une valse dans ta bouche. C’est le Big Band du bal.

Et le bacon…

Le bacon, c’est l’ami un peu funké du sketch de Louis-José Houde qui arrive toujours dans l’party (au bal) avec une mallette remplie d’affaires d’adultes pis qui sait comment ça marche.

Dernier protagoniste important, le gras, le Saint-Gras. Mais pas trop. Juste assez pour lubrifier tous les autres ingrédients pour qu’ils s’harmonisent bien. C’est l’agent d’émulsion, son rôle est central, si y’en a pas assez on s’emmerde à mort et si y’en a trop, ça nous lève le cœur (comme ta bière à l’esti d’bal.)

Je n’ai qu’un vague souvenir de la poutine, car pour être honnête, j’ai jamais rien mangé d’autre là-bas, de peur de choisir quelque chose qui n’arrive pas à la cheville de mon Précieux. Pis pourquoi prendre des risques lorsqu’on vit un parfait bonheur renouvelé à chaque fois? Pour la poutine de toute façon, se référer à Rémi Bourget, c’est lui l’expert en critique culinaire poutinarienne.

Tout ça est livré dans un décor jaune et vert typique de fast food des plus chaleureux. L’endroit est décoré d’une majestueuse fresque de l’emblématique Stade olympique, entouré de chutes représentant sans doute le Jardin botanique.

Pour le reste, comme le resto est vitré sur deux côtés, y’a pas tant de décoration, à part une seule photo encadrée d’une équipe junior de hockey balle, équipe composée entre autres, de deux Kevin et d’un Kéven.

Sans oublier la magnifique terrasse donnant direct sur le téléporteur Bourbonnière où on peut y admirer les dizaines de chars qui y passent beaucoup tout l’temps. L’été c’est toujours plein d’gens qui sont là à siroter leur 4e réchaud de café, assis trois-quatre à une table, discutant joyeusement avec chacun leur propre cendrier.

Le personnel est majoritairement grec, comme le proprio qui possède ce restaurant depuis maintenant 35 ans. Plusieurs personnes (dont Rose-Aimée) pourraient témoigner de l’excellente relation que j’ai avec le personnel là-bas. Une des caissières me fait rougir de fierté chaque fois qu’elle me lance son “comme d’habitude?” quand j’arrive. Ça m’touche moi ces affaires-là, ça me fidélise au plus haut point. Pis les gars aux friteuses et à la plaque, toujours super propre d’ailleurs, sont ultra sympathiques, toujours prêts à faire 2-3 jokes et à dire quelques insanités grecques. Le proprio possède aussi une autre franchise de la Pataterie à Valleyfield pis c’est définitivement sur ma bucket list que d’aller le visiter un jour pour voir si le double-cheese-bacon y est aussi délectable.

Voilà, l’objet de mes pires cravings mensuels.

D’aucun pourrait penser que j’ai raté mon bal des finissants, avec raison.

Mais heureusement, à chaque fois que j’mange un double-cheese-bacon de la Pataterie, j’oublie un peu.

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