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La mode africaine selon Marième Mboup

La mode africaine selon Marième Mboup

Rencontre avec une créatrice qui utilise le textile comme outil de transmission, de curiosité et de représentation.

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URBANIA et le Musée McCord Stewart s’unissent pour vous faire découvrir l’exposition Afrique Mode, une création originale du Victoria and Albert Museum de Londres, qui met en lumière la créativité et la puissance identitaire de voix africaines dans la mode contemporaine. Pour comprendre ce que ça représente, on a rencontré Marième Mboup, une jeune artiste qui utilise les tissus africains comme ponts entre traditions ancestrales et nouvelles formes d’art.

Quiconque a déjà rencontré Marième Mboup le sait : elle dégage une force tranquille, un style affirmé et une assurance qui, du haut de sa jeune vingtaine, impressionnent. Quand elle parle, c’est avec passion, créativité et précision. Bref, impossible de ne pas être happé par son énergie.

D’emblée, elle admet que son arrivée dans le monde de la mode est un peu le fruit du hasard. Venue s’installer à Montréal en 2019 pour ses études en relations industrielles, elle comprend, après un bref passage par le mannequinat en 2021, que ce ne sont pas les podiums qui l’attirent, mais bien les vêtements eux-mêmes. « Je suis tombée amoureuse des tissus, de leur texture, de la manière dont ils tombent, se plient, se drapent », raconte-t-elle. En 2023, elle décide de se lancer dans le stylisme avant de se rediriger vers ce qu’elle appelle l’« exploration textile ».

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Le storytelling visuel

Voyant que je ne suis pas familière avec l’expression « storytelling visuel », Marième m’explique qu’il s’agit d’une démarche artistique libre, où le tissu est à la fois matière première et sujet d’étude. Une approche qu’elle a d’abord expérimentée en définissant son propre style, explique-t-elle : « Quand j’ai commencé à porter le voile, j’ai travaillé avec les foulards, les chutes de tissus, les superpositions. Ça a été mon terrain de jeu, et les tissus sont vite devenus l’élément principal qui m’a permis de me découvrir. »

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Petit à petit, elle sort du cadre vestimentaire pour explorer le textile comme langage visuel. Elle se décrit d’ailleurs comme une visual storyteller. Là où d’autres ne voient qu’un simple morceau de coton, elle voit un récit à raconter lié à son tissage, à sa manière de se plier ou de résister : « Dans mon travail, il y a beaucoup de drapés. C’est quelque chose que j’adore parce qu’on ne sait jamais comment ça va finir. Tu penses créer une forme et tu finis par en découvrir une autre. »

Un gros travail de recherche

L’exploration textile, ce n’est pas seulement toucher et créer. C’est aussi fouiller, lire, comprendre. Marième passe des heures à documenter l’origine des tissus, leurs techniques de fabrication, leur portée culturelle.

« C’est énormément de recherche. Je veux prendre le temps, pas nécessairement de perfectionner ma pratique, mais de l’élever afin d’être sûre des sujets que j’aborde et des façons de les représenter en arts visuels. »

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Elle s’inspire notamment des travaux de Christine Checinska, conservatrice principale des textiles et de la mode d’Afrique et de la diaspora africaine au Victoria and Albert Museum, qui a fait de l’étude des textiles africains un axe majeur de sa recherche. Marième insiste aussi sur l’importance de retourner sur le terrain, dans les pays africains, afin de visiter des ateliers, de discuter avec des artisan.e.s et d’observer les savoir-faire qui se transmettent encore de génération en génération.

La mode pour se réapproprier son héritage culturel

Pour vous mettre en contexte, moi aussi, j’ai grandi en entretenant un lien étroit avec la mode africaine. Ma mère est Sénégalaise, et sa famille m’a souvent offert en cadeau des pièces colorées aux motifs extravagants. Autant de codes que j’ai naturellement intégrés dans ma garde-robe. En discutant avec Marième, je me rends compte que, contrairement à elle, je n’avais jamais vraiment réfléchi à ce que ces textiles racontaient.

« Je pense que les textiles sont un patrimoine culturel. Pour moi, ils représentent une histoire, une identité culturelle. Et juste de représenter sa culture à travers son identité et son style, c’est déjà un mouvement de résistance contre les stéréotypes. »

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Je la lance sur le sujet du wax, souvent perçu comme le tissu africain par excellence (et que j’ai moi-même en abondance dans ma garde-robe). Elle sourit légèrement, mais sa réponse est ferme : « Quand on pense mode africaine, en Occident, on s’attend toujours à voir du wax, des boubous, des dashikis. Mais l’identité africaine, ce n’est pas que ça. Il y a 56 pays et des milliers d’héritages qui portent eux aussi leur propre histoire. »

Elle rappelle d’ailleurs que le wax, aujourd’hui omniprésent, est en réalité une importation européenne. Pour elle, cette confusion traduit une vision réductrice qui efface la diversité des savoir-faire.

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« L’identité africaine est vaste et multiple. Réduire ça à un seul type de textile, c’est passer à côté de toute sa richesse. »

Donner à la mode la place qu’elle mérite

Pour Marième, il n’y a pas de doute : la mode africaine prend de plus en plus de place, mais pas encore toute celle qu’elle mérite. « Beaucoup de tendances actuelles s’inspirent directement de coupes, de motifs et de structures africaines. Louis Vuitton, Gucci… Plusieurs grandes maisons ont bâti leur essence sur des textiles venus d’Afrique, mais sans reconnaissance. »

Elle espère voir un jour la mode africaine se détacher de la validation occidentale : « Pourquoi Paris ou New York seraient-ils les seuls baromètres de succès, et pas Dakar, Lagos ou Abidjan? » Sur le continent, les semaines de la mode se multiplient, renforçant les collaborations entre créateur.rice.s africain.e.s. Une dynamique nouvelle qui, selon Marième, redonne confiance à une nouvelle génération de designers.

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Pour elle, l’avenir de la mode africaine passe aussi par une réappropriation des pratiques ancestrales et du slow fashion. « Chez nous, rien ne se perd. On donne nos vêtements, on les fait circuler dans la famille. Ça aussi, ça raconte une histoire. »

Ces pratiques, rappelle-t-elle, ne sont pas une tendance passagère, mais des manières anciennes et durables de produire.

« Les traditions africaines n’ont jamais été faites pour détruire leur environnement. Elles sont pensées pour respecter le corps, l’esprit et la nature. »

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Une histoire vivante

Par ses recherches, ses looks, ses créations, Marième nous rappelle que la mode ne fait pas qu’habiller des corps : elle habille des mémoires, des héritages, des mouvements de résistance.

L’exposition Afrique Mode au Musée McCord Stewart met en lumière cette créativité et cette force identitaire des voix africaines dans la mode contemporaine.

« Cette exposition, c’est une manière de recevoir et d’interpréter une histoire. De témoigner d’un héritage », affirme Marième.

Au fil de notre conversation, j’ai eu envie d’aller voir l’exposition, pas seulement pour admirer des vêtements (ma passion), mais aussi pour tendre l’oreille à une histoire vaste qui résonne sur les plans à la fois intime et collectif.

***

L’exposition Afrique Mode sera présentée au Musée McCord Stewart du 25 septembre 2025 au 1er février 2026. Procurez-vous vos billets en ligne ici et profitez d’un rabais de 2 $.

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