Bernard Brillanti

La mauvaise idée de la semaine  : peindre une falaise en bleu

Qu'est-ce qui est le plus important ? L'art ou la loi ?

En France, il y a quelques semaines, un artiste visuel dénommé Bernard Brillanti a eu la « brillante » idée de peindre une falaise tout en bleu. Il semblerait qu’il ait été la proie d’une irrésistible pulsion artistique.

Il a déclaré à France-TV : « Il n’y avait pas d’autre choix, il fallait qu’elle devienne bleue ».

Le hic? Son œuvre a été exécutée sur un terrain privé, en zone protégée. En France, il est passible de deux ans de prison et d’une amende de 30 000 euros pour acte de « dégradation », suite à une plainte du propriétaire du terrain. On parle donc d’une pulsion artistique qui pourrait avoir des conséquences désastreuses et inattendues, à moins bien sûr que le séjour en prison ne fasse aussi partie de l’œuvre, comme un genre de happening artistique…

Le procès de Brillanti a été fixé en juillet 2018, c’est donc une histoire à suivre.

Est-ce qu’au Québec on a le droit de peindre en bleu des choses qui ne nous appartiennent pas (comme des falaises)?

N’étant pas spécialiste du droit français, je n’ai aucune idée des chances que Brillanti ne fasse de la prison.

Ça prend pas la tête à Papineau pour comprendre que c’est quand même assez mauvais pour l’environnement de peindre une falaise et ses environs, peu importe la couleur choisie.

Au Québec, je ne peux pas imaginer qu’on enverrait cet artiste nouveau genre en prison pour un tel acte (sans rien enlever à la stupidité du geste). Maintenant, est-ce que ça veut dire qu’il n’y aurait pas de conséquence à la libération de cette pulsion artistique au Québec?

Nenon.

Ça reste une idée de marde, pis je vais vous expliquer pourquoi.

D’abord, ça prend pas la tête à Papineau pour comprendre que c’est quand même assez mauvais pour l’environnement de peindre une falaise et ses environs, peu importe la couleur choisie. Même si la peinture choisie par Brillantine était dégradable, selon ce que son avocat a déclaré à France-TV, il reste que, pendant le temps où la peinture est présente, un paquet de plantes et de petits animaux ont été perturbés par la présence d’un produit chimique qui finira normalement dans la nappe d’eau phréatique ou de surface.

Au Québec, cet acte aurait de bonnes chances d’être considéré comme un déversement de contaminant au sens de la Loi sur la qualité de l’environnement (« LQE »). En effet, cette loi offre une définition assez inclusive de ce qui constitue un contaminant, soit : « une matière solide, liquide ou gazeuse, un micro-organisme, un son, une vibration, un rayonnement, une chaleur, une odeur, une radiation ou toute combinaison de l’un ou l’autre susceptible d’altérer de quelque manière la qualité de l’environnement ».

À moins d’avoir obtenu un certificat d’autorisation en vertu de la LQE, le rejet de tout contaminant dans l’environnement est interdit. Les amendes prévues pour l’émission de contaminant sans autorisation vont de 5000 $ à 1 000 000 $ (le double en cas de récidive et le triple en cas de deuxième récidive), sans compter les frais de remise en état des lieux qui peut être ordonné par le ministre de l’Environnement. Et il y a aussi des peines allant jusqu’à trois ans de prison qui peuvent être prononcées.

L’art et la loi: prison ou poursuite civile?

Pourquoi la loi est-elle si sévère? Pour éviter que certaines entreprises ne considèrent les amendes comme un simple « permis de polluer ». Ceci dit, je ne me souviens pas avoir vu personne être condamné à la prison pour déversement de contaminant au Québec, mais la possibilité demeure…

S’il devait finir par faire de la prison, une partie de moi espère quand même qu’on se réveillera un bon matin en voyant la photo d’un pénitencier français devenu entièrement bleu…

Maintenant, on s’entend que je serais pas mal surpris qu’un geste d’un illuminé à la Brillanti entraîne un jour une peine de prison pour son auteur, au Québec. Mais ce ne serait pas la première fois que je serais surpris d’un jugement, si jamais ça arrivait un jour!

Et tout ça, c’est sans compter les recours civils auxquels Brillantine s’exposerait s’il tentait de répéter l’expérience au Québec, après avoir déménagé dans Rosemont, pour tenter sa chance dans le Nouveau Monde!

Ceci dit, on devrait savoir dans quelques mois si Brillanti est condamné par la justice française. S’il devait finir par faire de la prison, une partie de moi espère quand même qu’on se réveillera un bon matin en voyant la photo d’un pénitencier français devenu entièrement bleu…

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