.jpg.webp)
La magie du cinéma en salle
URBANIA et le Festival du nouveau cinéma (FNC) s’unissent pour partager avec vous les expériences de cinéma en salle qui ont marqué la jeune directrice de la programmation à jamais.
Toutes les raisons sont bonnes pour aller voir un film au cinéma. Que ce soit pour le thrill de vous cacher une Coffee Crisp dans les poches ou pour frencher votre date dans le noir pendant 150 minutes. Peut-être parce que vous voulez vous vanter d’avoir été la première personne à voir un film suédois indépendant que vous avez à moitié compris, ou tenter de comprendre pourquoi Timothée Chalamet vous fait remettre votre orientation sexuelle en question, tout cela après vous être enfilé deux tonnes de popcorn extra beurre pendant les bandes-annonces. Same.
Pour Zoé Protat, directrice de la programmation du Festival du nouveau cinéma (FNC) et critique de cinéma, aller voir un film en salle, c’est aller travailler (cool job), mais c’est aussi avoir la chance de vivre quelque chose de très spécial.
Les émotions collectives
Selon Zoé, une des grandes particularités d’aller voir un film en salle, c’est le partage d’émotions avec les autres spectateurs et spectatrices. Rire ou pleurer fort dans une salle pleine, c’est sans conteste plus intense que lorsqu’on est seul.e à la maison.
Elle se souvient d’ailleurs très bien d’un choc collectif qu’elle a vécu lors de la projection du film ukrainien The Tribe. « C’est un film particulièrement violent, mais absolument fabuleux, et c’était toute une expérience, raconte-t-elle. J’étais dans une salle pleine, à côté de spectateurs que je ne connaissais pas, et on vivait tous des émotions intenses. Être dans une pièce et vivre un gros choc en groupe, ça décuple les émotions. »
« J’étais dans une salle pleine, à côté de spectateurs que je ne connaissais pas, et on vivait tous des émotions intenses. »
Un autre moment grandiose s’est produit quand elle a programmé Happy Face, un film d’Alexandre Franchi, au FNC. « Tout le casting est composé d’acteurs ou de non-acteurs en situation de handicap, et c’est un film vraiment spécial. Ce qui est cool lors d’un festival, c’est que les films sont souvent suivis de séances de questions avec les artistes, et c’était le cas pour ce film-là. Ce Q&A a été exceptionnel : les gens de la distribution se sont mis à échanger des histoires vraiment personnelles avec les spectateurs. C’était profondément émotif et tellement intéressant que personne ne voulait quitter la salle. Après un long moment, les responsables du cinéma ont dû en arriver à dire quelque chose comme : “On s’excuse, mais c’est parce qu’il est rendu minuit…” »
« Il y a aussi l’effet de communauté », poursuit Zoé. « Aller voir un film de Sorrentino dans une salle remplie à ras bord d’Italiens, ou un film de Radu Jude dans une salle pleine de Roumains, c’est le genre de moment qui ne s’oublie pas. Aller voir un film LGBTQ+ avec toute une communauté qui s’est mobilisée pour vivre un moment ensemble, c’est vraiment quelque chose de grand. Ça devient une grosse sortie, comme un concert. »
Pour Zoé, un film en salle, c’est une question de communion.
« Je pense, par exemple, au jour où je suis allée voir Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson, avec des amis », enchaîne-t-elle. « Pendant le film, on s’est regardés et on a réalisé qu’on était en train de voir un chef-d’œuvre ensemble. On n’a même pas eu besoin de le verbaliser, on était juste ébahis tellement c’était un beau moment. »
« Cet esprit de communauté là, ça me rappelle aussi les soirées à la Sala Rossa ou la Casa del Popolo, quand ils présentaient des collections de courts métrages expérimentaux et qu’il y avait 10 personnes dans la salle », poursuit-elle. « Des années plus tard, je réalise que ces 10 personnes-là, c’est maintenant mes amis. C’est le genre d’événements qui permet de bâtir des petites communautés, et ça, c’est quand même très cool. »
Une histoire de famille
Petite-fille d’un chef accessoiriste et fille d’un directeur photo et d’une cheffe maquilleuse, Zoé s’intéresse (sans surprise) au cinéma dès sa tendre enfance.
C’est sa cinéphilie bourgeonnante qui la fera étudier en cinéma, des études qu’elle entreprend avec l’objectif de se spécialiser en théorie et analyse du septième art. Son premier amour : la critique de films.
« Je n’ai jamais eu particulièrement l’ambition de travailler sur des plateaux de tournage, contrairement au reste de ma famille, raconte-t-elle. J’ai toujours aimé le cinéma d’un point de vue un peu plus analytique. Ce que je voulais vraiment faire, c’était écrire », explique-t-elle.
« Je me considère comme une passeuse d’œuvres. Ce que j’aime vraiment, c’est découvrir des artistes et mettre leur travail en lumière. »
Au terme de ses études, elle travaille à la radio, notamment à CISM, en plus d’animer le balado mensuel du magazine Ciné-Bulles. Elle se découvre tranquillement un intérêt grandissant pour l’év énementiel, les festivals de cinéma et la programmation, avant de devenir directrice de la programmation du FNC, un poste qu’elle occupe aujourd’hui depuis quatre ans.
« Je me considère comme une passeuse d’œuvres », dit-elle. « Ce que j’aime vraiment, c’est découvrir des artistes et mettre leur travail en lumière, et je suis particulièrement attachée à la programmation (curation). En matière de cinéma, il y a un choix absolument pléthorique de films et ça peut être difficile pour le spectateur de s’y retrouver, d’où l’importance de pouvoir s’appuyer sur les programmateurs. »
C’est en jasant de ses premiers souvenirs cinématographiques qu’elle se remémore la transition charnière entre ses sorties en famille et ses premières sorties seule, à l’adolescence.
« Pour moi, c’était vraiment une sortie incroyable d’aller au cinéma », se souvient-elle. « Et chaque séance était événementielle. Je me souviens d’avoir vu le film Velvet Goldmine, de Todd Haynes, un portrait du glam rock des années 70, et à l’époque, j’étais à fond dans cette scène-là. Je m’habillais littéralement pour l’occasion, comme si j’allais voir un spectacle rock. Quand t’es vraiment jeune et que tu vas voir ces films-là, tu as l’impression qu’ils s’adressent juste à toi. »
Le Québec, un terreau fertile pour le cinéma
Le cœur de Zoé bat pour le cinéma, mais la musique, c’est son deuxième dada. Elle nous raconte son visionnement du film Annette, de Leos Carax, une comédie musicale composée par l’un de ses groupes préférés, Sparks : « Je suis arrivée à la représentation pompée, avec mon t-shirt du groupe, et c’était vraiment comme si j’allais voir un film et un concert en même temps. Surtout que le son au Cinéma Moderne est excellent. J’attendais ce film depuis longtemps, et mes amis qui travaillaient au cinéma savaient que j’étais une fan. Ils m’ont même glissé un petit : “T’inquiètes, on va mettre le son un peu plus fort juste pour toi.” Pour moi, ça, ce sont des conditions exceptionnelles. »
D’ailleurs, elle souligne qu’à ses yeux, ça vaut la peine d’aller voir un film en salle juste pour constater le travail des professionnel.le.s derrière chaque projection. Selon elle, les conditions visuelles et sonores sont excellentes dans nos cinémas indépendants.
On a la chance d’avoir d’excellent.e.s cinéastes (…) et une tout aussi excellente accessibilité à leurs œuvres.
Parlant des points forts du Québec, on a la chance d’avoir d’excellent.e.s cinéastes – notamment Matthew Rankin, Miryam Charles, Caroline Monnet, Mathieu Denis, Simon Lavoie, Sophie Bédard Marcotte –, et une tout aussi excellente accessibilité à leurs œuvres. Selon Zoé, il y a une absence de snobisme dans l’industrie d’ici qui permet aux spectateurs et spectatrices de découvrir la culture de manière vraiment conviviale.
« Il y a tellement d’endroits dans le monde où les événements culturels sont VIP alors qu’ici, pas besoin de connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un pour assister à une première ou à un festival de films, note-t-elle. Tu peux faire ton chemin culturel selon tes envies, sans avoir à te débattre dans un milieu très hermétique. »
Même si tous nos festivals de films sont super accessibles, il y a tout de même un sentiment d’exclusivité lié à chaque projection. Le public a accès à des choses qu’on ne trouve pas ailleurs, et il y a un certain privilège associé à l’expérience des festivals.
Zoé nous raconte d’ailleurs le moment où elle est allée voir le film Toni Erdmann, de Maren Ade, au FNC. « Il y avait vraiment un gros buzz autour de l’œuvre. J’avais un accès journaliste à l’époque et je faisais la file de dernière minute pour entrer. Je voulais tellement voir le film et j’étais stressée à l’idée de ne pas y arriver. À la dernière seconde, on me dit : “Vous êtes la dernière à pouvoir entrer, il reste une place!” Là, je me suis sentie tellement chanceuse. C’est le genre de moment où tu spottes le dernier siège et tu as un petit regard de connivence avec les autres spectateurs en te disant : “OK, je vais vraiment vivre quelque chose.” »
***
Pour vivre des expériences marquantes de cinéma en salle, assistez au Festival du nouveau cinéma, qui aura lieu du 5 au 16 octobre. Découvrez la programmation et réservez vos places ici.

