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Personne n’est contre la vertu. Qui ne veut pas de développement? Qui ne veut pas d’un monde luxuriant et sans pauvreté? À force de se faire parler du développement économique comme solution à nos problèmes, on en oublie son contenu et on ne débat que très peu de sa teneur.
Le gouvernement haïtien est le plus grand partisan du développement économique. Il pratique la diplomatie d’affaire, centrée sur les investissements étrangers. Haïti est « Open for business », répète-t-on *: on veut présenter un pays ouvert aux touristes et aux entrepreneurs d’ailleurs. Si l’argument a du bon, entre autre dans la volonté de rendre plus efficace la structure étatique, elle ne fait souvent qu’une place de façade à certaines préoccupations sociales ou culturelles.
La deuxième ville du pays, Cap-Haïtien (Nord), est au fond d’une baie, elle-même au centre d’une immense plaine contournée de montagnes. Les terres arables et planes entourant la ville sont généralement une denrée chérie de leurs artisans. Dans cette plaine, 366 fermiers ont été évincés de leurs terres au nom du développement économique. Certaines des plus belles terres de la zone sont proposées à des investisseurs. C’est le modèle asiatique des zones franches des trente dernières années.
Pour l’instant, les fermiers sont compensés et la population a soif de travail. En Haïti, peu de cas sont fait de ces usines. Tout comme la nouvelle zone urbaine qui s’y créera, forcément.
«Pas l’argent, mes enfants», disait en pleurant un père menotté que l’on poussait dans un véhicule de police au printemps. Il faisait parti d’un groupe de manifestants innus du Québec protestant avec des gens de sa communauté contre la perte de leurs terres. Le gouvernement voulait négocier, eux ne voulaient pas vendre. Le futur qu’ils envisageaient pour leur communauté ne se définissait pas dans les mêmes termes que ceux de notre gouvernement **.
L’argent vite fait achète les idées. Ensuite, certains démonisent leurs adversaires pour les marginaliser tentant d’effrayer avec de gros chiffres
Bref, on ne réussi pas à sortir du discours économique de la vente d’un service ou d’un bien à court terme alors que d’autres réfléchissent déjà à leurs enfants.
En Haïti, le problème est plus pressant. Plus de la moitié de la population est au chômage technique. Même les gens qui réussissent à se sortir la tête de l’eau, à atteindre la classe moyenne, sont souvent confinés à un mode de vie similaire à la pauvreté : ils doivent supporter le reste de leur famille. Il y a urgence pour développer l’économie d’Haïti durement touchée par une trop grande ouverture des marchés (du riz, entre autres) et reposant sur des structures collectives affaiblies.
C’est d’ailleurs le même développement économique sans contrainte qui a donné droit au développement de Cité Soleil, collé sur des usines. Mais est-ce que ce ne sont que des usines qu’on veut pour nos enfants? Ne faudrait-il pas intégrer les valeurs et idéaux d’une communauté à son développement?
La démocratie représentative se résume désormais qu’à son processus électoral. À Sept-Îles, capitale du plan Nord, on peut payer jusqu’à 900 $ par mois pour un trois et demi. Pourtant, ce n’est pas pour la qualité de vie qu’on y accourt. Les problèmes sociaux et culturels y sont criants et on devrait pouvoir en débattre sur la place publique. En attendant, il y règne la loi du plus fort.
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** Inspiré d’une conférence de Dalie Giroux, professeure de Science politique à l’Université d’Ottawa, prononcée vendredi dernier.
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* Le site Ayiti kale je (Haïti dans les yeux, http://www.ayitikaleje.org) est un projet très audacieux de journalisme d’enquête haïtien.