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La grande séduction du cinéma québécois à Angoulême

Quand Isabelle Huppert flatte notre cinoche dans le sens du poil.

Par
Nathalie Lesage
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Je me trempais le croissant dans un café latté au troquet parisien du coin – oui, déso, j’habite à Paris – quand une nouvelle tombée de ma Belle Province a soulevé mes sourcils d’expatriée : les Québécois consommeraient de moins en moins d’œuvres culturelles « fabriquées au Québec ». Le coupable? L’incarnation moderne du mal : les États-Unis et le numérique. Vade retro satana! Musique, séries, films vivent leurs meilleures vies sur les plateformes numériques (américaines) visitées frénétiquement par tous, sauf peut-être nos grands-parents. Résultat : même géniales, nos productions locales demeurent dans l’ombre et attendent leur public, comme les joueurs non choisis d’une partie de ballon chasseur.

Pourtant, en France, où j’ai posé ma ceinture fléchée il y a 12 ans, j’observe plutôt le contraire. Les Français kiffent notre culture et les événements culturels aux têtes d’affiche de chez nous se multiplient. Cet été seulement, j’en ai compté près d’une dizaine : le Festival Transe Atlantique, le Festival du Chant de Marin de Paimpol (oui, ça existe) et les Rencontres de la photographie d’Arles, où Fredz, Klô Pelgag, Bleu Jeans Bleu et Caroline Monnet ont chatouillé l’intérêt de nos cousins.

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L’engouement est tel que même le prestigieux Festival du film francophone d’Angoulême a carrément mis le Québec à l’honneur pour sa 18e édition, qui se termine en fin de semaine. En France, le cinéma québécois a le vent en poupe depuis plusieurs années ; pendant que nos films peinent à trouver leur public au Québec, dans l’Hexagone, c’est la fête : record absolu de projections en 2024, succès critique et public (Le déclin de l’empire américain, Invasions barbares, Starbuck, Simple comme Sylvain, Falcon Lake, Mommy, etc.). Ça, c’est sans compter les séries télé qui cartonnent (Rematch, Empathie).

Telle une Julia Pagé sur les traces du pape, je suis allée à Angoulême constater de mes propres yeux cet engouement pour notre culture.

ANGOULÊME PQ

Les bédéphiles connaissent sans doute Angoulême pour son festival de BD, et les amateurs d’apéro pour son Pineau des Charentes. Les cinéphiles, eux, savent que son festival du film est un incontournable et cette année, son cru se démarque par une délégation à l’accent bien de chez nous, venue expressément souligner cette mise à l’honneur vivement souhaitée par les organisateurs.

Au programme : hommage à Denys Arcand qui donnera aussi une classe de maître, l’actrice Sara Montpetit (Vampire humaniste cherche suicidaire consentant) comme membre du jury, Fanny, de Yan England, en compétition officielle, et la projection de 12 films et courts métrages québécois – de Gilles Carle à Léa Pool en passant par Monia Chokri et Xavier Dolan (qu’ils prononcent « Dolanne »). Puis, cerise sur le Jos Louis : notre fleurdelisé hissé à tout vent devant la mairie au son de Gens du pays.

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« Vive le Québec film », a même lancé le Délégué général du Québec du balcon, un moment suspendu où l’expatriée que je suis a eu le frisson et le motton, les deux en même temps.

VIE DE FESTIVAL


L’épisode emo du drapeau fait vite place à des moments improbables.

Devant mon hôtel, des fans sont à la chasse aux autographes. Dehors, des haut-parleurs crachent du Beau Dommage, du Céline et du Roch Voisine. Dans les restos, je croise François Hollande, Julie Gayet, Béatrice Dalle, Claude Dubois, le réalisateur Sébastien Pilote (Maria Chapdelaine), la réalisatrice Nathalie St-Pierre (Catimini) et l’original Didier Farre, fondateur du Festival du film de l’Outaouais, à l’origine de la mouture Angoulême. Il m’annonce qu’il voyage avec une valise pleine de sirop d’érable et que Sylvie Vartan a déjà visité les mines de Val-d’Or.

Eh ben.

Sur les tapis bleus, les paparazzis s’époumonent devant les Laurent Lafitte (soupir), Robert Charlebois, Mélanie Laurent, Camille Cottin, et Isabelle Huppert, à qui je colle évidemment mon micro sous le nez.

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– Mme Huppert, qu’est-ce qui distingue le cinéma québécois?
« C’est un cinéma qui ose, avec un ton qui ne fait pas de concessions. »

– Camille, avec qui rêveriez-vous de tourner?
« Denis Villeneuve, Xavier Dolan, Monia Chokri… Je multiplie les options! »

– Et vous, Robert, quel est votre film québécois préféré?
« Les invasions barbares et Le déclin de l’empire américain, Denys Arcand est un visionnaire. »

Parce qu’elle est la plus jeune et seule Québécoise parmi les jurées, je traque Sara Montpetit pour qu’elle me raconte ses péripéties.

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– Alors, comment tu vis tout ça, Sara?
« Je dois l’avouer, c’est très intimidant, car je suis entourée de gens qui ont beaucoup de métier. Au début, je sentais qu’on me voyait comme la p’tite Québécoise Gen Z et cute, mais j’ai pris ma place. Et je suis surstimulée, c’est incroyable! Déjà la moitié du monde culturel québécois est ici, et, en plus, je rencontre la crème du cinéma français. »

Entre deux projections, j’accroche Denise Robert qui n’a raté qu’une seule des 18 éditions du festival.

– Denise, pourquoi ce festival est-il si important et comment se démarque-t-il des autres?
« Avec la menace du cinéma anglophone, le cinéma francophone a de la difficulté à trouver sa place. Angoulême, c’est un festival qui met en lumière la cinématographie francophone mondiale et permet, par la même occasion, à nos talents de présenter leurs films. »

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Ensuite, direction la projection du film Fanny, que viennent présenter Yan England, Éric Bruneau, Milya Corbeil Gauvreau et Adelaïde Schoofs. Des Français ayant entendu mon accent m’arrêtent :

« Vous ne l’avez pas vu? C’est le meilleur film que j’ai jamais vu! Vous, les Québécois, savez parler de thèmes forts avec humour et n’avez pas peur d’aller au fond des choses. C’est viscéral et authentique, alors que nous, les Français, sortons rapidement les violons. »

Quand je m’installe dans la salle pleine à craquer, j’ai une pensée pour Sara-la-jurée : j’espère qu’elle et ses collègues aimeront Fanny, qui fait face à de véritables canons du cinéma français.

La réponse en clôture du festival.

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LE 7E ART QUÉBÉCOIS EN 7 FILMS RECOMMANDÉS PAR LES CÉLÉBRITÉS D’ANGOULÊME



1. Isabelle Huppert : Le déclin de l’empire américain, Denys Arcand
2. Eric Bruneau : C.R.A.Z.Y., Jean-Marc Vallée
3. Yan England : Rebelle, Kim Nguyen
4. Denise Robert : Gabrielle, Louise Archambault
5. Camille Cottin : Starbuck, Ken Scott
6. Milya Corbeil Gauvreau : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, Ariane Louis-Seize
7. Diane Kruger : Mommy, Xavier Dolan

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