Laurianne Poirier

La grande épopée du Carcajou de St-Félicien

Après trois mois de cavale, le carcajou échappé du Zoo de St-Félicien a finalement été retrouvé. Mais qu'a-t-il pu bien faire durant ces nombreuses semaines ? L'équipe d'URBANIA a mis la main sur son journal de bord et vous en présente des extraits en EXCLUSIVITÉ ici.

JOUR 0

I made it, BITCHES! J’ai réussi à m’enfuir du zoo! Si j’suis chanceux, y’a des producteurs de Disney qui vont allumer sur cette histoire-là. Ça serait enfin ma chance de rencontrer Bambi. Bon, ok j’vais essayer d’aller trouver une grotte où me cacher le temps que TVA Nouvelles passe à autre chose. I’m FREEEEEEE! 

JOUR 1

Ouin ben c’est vrai que c’est d’la marde, les routes au Québec. Y’a même de la construction sur les autoroutes, qu’éssé ça?! J’ai pu trouver refuge dans un cône orange renversé sur le coté de la route, heureusement. Ça me fend le coeur de voir plein de mes semblables écrasés partout aux abords des autoroutes. Pour les humains, ce ne sont que des roadkills, mais pour moi, c’est Raymond, Benoît, Charlotte…ce sont des scènes difficiles à regarder. J’ai même croisé une écureuil  avec qui j’avais déjà frenché dans un party d’sous-bois y’a quelques années. Elle a été renversé par une Honda Civic, je le sais, elle avait encore le logo d’étampé dans l’front. Je me suis promis que si un jour, j’avais à finir mes jours frappés par une voiture, j’aimerais au moins que ce soit une Volvo.

JOUR 2

À force de marcher à coté des autoroutes, j’ai fini par embarquer incognito dans la cargaison d’un camionneur qui s’en va en direction de la Californie. Pour l’instant, on est stationné dans un truckstop de Windsor en Ontario à coté d’un container qui sent la pisse mais j’ai confiance que ma destination finale sera beaucoup plus exotique qu’ici. À date, la liberté sent le restant de Burger King et l’essence.

JOUR 21

Cali baby! Ça fait maintenant deux semaines que je suis en Californie et j’ai rejoint une communauté de ratons-laveurs hippies autosufisants, vegan et pansexuelle. Passer les douanes n’a pas été facile, la cargaison du camion dans lequel j’étais a été fouillé. Heureusement, j’ai fait le mort et les douaniers ont cru à un animal empaillé. San Francisco est effectivement une magnifique ville, j’ai eu la chance d’aller défoncer une poubelle à coté du Golden Gate Bridge et la vue était incroyable. Je goûte enfin à la liberté, la vraie. Et elle a un goût d’haschich.

JOUR 35

Ça fait maintenant plus d’un mois que j’ai fait ma fugue du zoo. Mon périple en Californie s’est terminé assez abruptement quand notre chef spirituel-raton s’est fait attraper par la protection de la faune. Il s’était attaché à un barrage de castor pour protester contre les constructions animales qui détruisent l’environnement. Privé de notre leader, nous n’avons eu d’autres choix que de se séparer. J’ai donc poursuivi mon chemin vers le Mexique où je me trouve présentement. Les plages sont belles, mais mon espagnol est loin. J’ai de la difficulté à me faire comprendre par les locaux. Et les restants de nourritures dans les poubelles sont beaucoup plus épicés que ce à quoi je suis habitué. Dés demain, j’embarque dans un bateau qui a pour destination: l’Inde! Ça a l’air qu’il y a des animaux sacrés là-bas.

JOUR 42

Ça fait une semaine que je suis dans la cale d’un bateau. J’ai la nausée, mais pas à cause du mal de mer; si je trouvais que les camionneurs sentaient fort, c’est rien à coté des marins. Quand t’as hâte d’arriver en Inde pour améliorer l’odeur, c’est pas normal. Je me suis fait ami avec un rat sur le bateau et il a plein d’anecdotes hilarantes à raconter. Par exemple, ça a l’air que Mickey Mouse, y’é homosexuel. Pis Minnie elle le sait pas.

JOUR 54

Namasté, cher journal. Je ne pensais jamais être aussi dépaysé. On est loin en titi des Laurentides. L’Inde est magnifique. Juste hier, j’ai mangé une semelles de bottes au cari absolument délicieuse. Pour ce qui est des animaux sacrés, ça a l’air que c’est juste les vaches qui ont le privilège. Encore elles qui ont toute, esti. Mais c’est pas grave, j’ai pu suivre une gang de chiens errants qui s’opposent aux coyotes urbains qui veulent plus d’indépendance. Personnellement, je suis #TeamChien. J’les trust pas, les coyotes. Heureusement, au Québec, ils ne sont pas dangereux.

JOUR 61

Deux mois en cavale. Ça a passé tellement vite! Je pense aux caves qui me cherchent encore autour du zoo…si seulement ils savaient! Je suis actuellement dans un wagon de train en direction de l’Europe. Je ne sais pas si on parle de moi encore au Québec? Ça fait du bien de voyager dans des endroits où personne te connait. Ici, pour tout le monde, je suis juste une genre de grosse belette weird. Pis ça fait du bien de se faire regarder pour ce qu’on est vraiment.

JOUR 69

Y s’est rien passé de spécial, j’voulais juste montrer que les carcajous aussi, on a le sens de l’humour.

JOUR 76

Alors putain, ça kiffe alors ou quoi?! Je suis en France depuis quelques jours chez nos cousins et l’accueil est extraordinaire! En tant que très fort symbole des hivers canadiens, les animaux français sont vraiment intrigués par mon parcours. J’ai du expliquer à un suisse de Suisse que ça ne me dérangeait pas de ne pas apparaître sur les pièces de cinq cents. J’pas raciste, j’ai des amis castors, mais c’est sur que le plus canadien des deux, c’est moi. Je vais suivre un couple d’écureuils qui veulent venir s’installer dans un arbre sur le Plateau. On part en bateau dans deux jours. J’ai hâte mais je suis aussi nerveux à l’idée de rentrer au Québec. Pour passer inaperçu, je me suis laissé poussé une barbe. C’est sur que ça paraît moyen dans un pelage de carcajou mais je met toutes les chances de mon coté.

JOUR 79

Quelle surprise! On a embarqué sur le même bateau que mon ami le rat qui racontait des potins. Ça a l’air que Garfield, finalement, c’est même pas vrai qu’il aime la lasagne. Hey j’avais son poster dans mon terrier, moi, quand j’étais petit. Quel choc.

JOUR 85

De retour au Québec, tout s’est bien passé. Les employés du Port de Montréal ont cru que j’étais un chien handicapé, ce qui est blessant, mais utile pour attirer la pitié. Mes chums écureuils sont maintenant installés sur le Plateau. Y’ont du payer super cher pour avoir une vignette sur leur branche pis y vivent dans un 3 noeuds et demi mais ils ont l’air heureux. J’avoue que revenir chez moi m’a fait du bien. Y’a rien comme un fond d’assiette de poutine molle oublié. J’ai constaté qu’on ne parlait plus vraiment de moi. Ça a l’air que y’a des coyotes qui m’ont upstagé cet été? Je le savais qu’ils étaient pas fiables. J’tiens à dire que c’est pas tous les gros rongeurs un peu laids qui sont comme ça. Vu que je ne suis plus recherché, j’ai pu raser ma barbe. Merci d’ailleurs à tous ceux qui jettent leur lames de rasoir, c’est super pratique pour nous, comme ça on a pas à créer un scandale dans un Uniprix.

JOUR 90

Le soleil brille, la vie est belle! Je suis devenu une légende dans l’underground des animaux de la forêt boréale et partout où je vais, je suis accueilli en héros. J’ai même entendu dire qu’inspiré par mon initiative, le lynx du Biodôme songeait lui-aussi à sacrer son camp. Qu’il le fasse! Je pense que j’ai initié un mouvement. Moi qui n’était qu’une genre de loutre épeurante, je suis maintenant considéré comme le symbole d’une révolte animale qui se prépare. Les producteurs de Némo m’ont même approché pour une rencontre éventuellement. Mon rêve se réalise, je vais bientôt avoir mon propre film qui…oh…j’ai entendu un bruit bizarre…j’entends des pas s’approcher…hey c’est quoi ce filet-là…?…

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