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La flemme d’ouvrir une porte mènera à la fin de la civilisation

Chronique d'un gars pressé.

Par
Olivier Niquet
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Avez-vous remarqué la nouvelle tendance qui se répand de porte en porte, comme la misère sur le pauvre monde?

Je ne parle pas des influenceurs masculinistes, des trottinettes électriques ou de la variole du singe (je sais, je sais, on dit mPox, parce que pour éviter d’insulter les chimpanzés, on a préféré insulter les francophones). NON! Je parle bien sûr des portes automatiques pour les personnes à mobilité réduite.

« C’est quoi, le problème? Tu veux que les personnes en situation d’immobilité restent chez eux, c’est ça? C’EST ÇA? »

Non, c’est pas ça. Si c’était rien que de moi, toutes les portes du monde seraient équipées d’un tel système, pour que toutes les personnes à mobilité réduite puissent avoir une meilleure qualité de vie. Ou une meilleure qualité de mort, parce que j’en mettrais même sur les portes du paradis. Saint-Pierre se trouvera une autre job!

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Ce sont les personnes munies de deux jambes fonctionnelles qui posent problème dans cette histoire. Les personnes qui se disent : « bah, pourquoi dépenser de l’énergie à pousser une porte quand je peux simplement appuyer sur un p’tit bouton? ».

Combien de fois ai-je été pris, bloqué, stallé, derrière ce genre de personne à la patience illimitée? Eille, n’avez-vous jamais entendu le dicton « le temps, c’est de l’argent »? À force de déficits d’énergie, vous serez forcés de déclarer faillite de vitalité.

Parce que ces portes mécaniques ont la formidable faculté de s’ouvrir à la vitesse de sacrément pas vite. Certaines de ces portes mettent même jusqu’à environ 30 secondes à s’ouvrir. C’est l’équivalent de 1,66666 % d’un épisode de Passe-Partout. Un véritable fléau.

Et le pire, c’est que souvent, il y en a deux de suite. Deux. Portes. De. Suite.

Le règne du moindre effort

Voilà un autre signe de la soumission de la société au conformisme, à la renonciation, voire à l’amorphie.

C’est en profitant de ce genre de flemmard que les pires dictatures ont pu voir le jour.

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Parce que tout ça n’est pas sans conséquences. C’est un emblème de notre monde en perdition. Un monde où il fait bon ne pas se forcer, un monde qui attend que les autres travaillent à notre place ou qu’un spring dans une porte le fasse.

C’est aussi l’annonce de l’apocalypse qui se présente à nos portes (automatisées) sous le couvert de l’intelligence artificielle et de la robotisation.

Ne voyez-vous pas que votre fainéantise, votre oisiveté, votre paresse endémique bat le rythme de notre anéantissement prochain? Ça ne prend pas la tête à Papineau pour le comprendre, alors imaginez une intelligence artificielle qui décuple la capacité de calcul de Papineau?

Bientôt, notre libre arbitre aura perdu sa liberté. Les portes s’ouvriront devant nous, des tapis roulants nous mèneront jusque sur le bol de toilette et des robots nous nourriront par intraveineuse. Lorsque nous serons bien ferrés comme les crapets que nous sommes, l’IA nous reconduira directement dans un puits sans fond de marasme pour nous noyer. Que dis-je, pour nous NÉYER.

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Allez donc prendre une marche

Et tout ça, c’est à cause des gens qui ont tous leurs moyens, mais qui ont décidé de les déléguer à des machines en se disant qu’au pire, ils n’auront qu’à se bourrer au Ozempic.

Ce sont les mêmes gens qui vont au dépanneur au coin de la rue en char. Les mêmes gens qui restent immobiles dans les escaliers roulants. Les mêmes qui prennent l’ascenseur pour un seul étage.

C’est vous, qui avez scrappé notre système de santé, parce que vous avez érigé la loi du moindre effort en véritable devise. Les études le démontrent, marcher quelques minutes par jour réduirait le risque de tomber malade d’un pourcentage pas d’allure. Mais pourquoi marcher quand on peut rester assis en regardant dans le vide avec de la petite bave qui nous coule à la commissure des lèvres?

« Ça me semble exagéré, à chacun son rythme », me direz-vous.

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« Pas l’temps de niaiser », comme disait le gars avec sa tequila Heineken! Si vous voulez mourir jeune parce que vous avez évité toute votre vie de faire l’effort de pousser ou tirer une porte, c’est votre problème. Mais tassez-vous de mon chemin.

Pensez aux autres! Pensez à ceux qui comme moi sont pressés de rentrer au boulot pour faire rouler l’économie néolibérale. Pensez à la porte automatisée qui s’usera prématurément par votre faute et qui finira par se coincer devant une personne en béquilles.

Pensez aux petits Africains qui parfois, n’ont même pas de porte.

Pensez aux autres, pour une fois.

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