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La fatigue argumentative du mouvement étudiant : on va s’épuiser, à force de s’haïr.
Ceci fut en effet une tentative de pasticher pauvrement ce bon Aquin et sa Fatigue culturelle du Canada français. Oui, oui. Je sais. J’avais promis que je ne reviendrais pas là-dessus. J’veux dire, la grève pis toute. Sauf que là, y’a un parallèle troublant qui habite mes réflexions depuis hier, et j’ai du mal à en faire fi. Je m’explique.
« Booooon Lanctôt ouvre encore sa grand’ yeule! »
Je sais, je sais. Et c’est d’ailleurs pourquoi j’avais plutôt pensé parler de la déconfiture généralisée de l’opposition provinciale. De Charest qui a le vent dans les voiles malgré le sillage noir de corruption qui flotte derrière son navire. De mon angoisse face aux élections imminentes, alors que le PQ, la CAQ et autres guignols se tapent sur la baboune. Comme les enfants pendant que les éducatrices de CPE scandent dans les rues, au fond. De Trudeau et son pinch (y’a tu juste moi que ça rend mal à l’aise, c’te pinch-là?) qui se pètent une baloune mi-souverainiste aux Communes, alors que même à Québec les péquistes n’osent plus rêver à voix haute. De toute cette belle pagaille-là.
Sauf qu’il y a un truc qui me taraude l’esprit depuis que je me suis levée ce matin. Ou plutôt ce midi. Mon cadran avait décidé d’aller faire du piquetage sans m’avertir, semble-t-il. Alors j’y vais tout-de-go. Mais il n’y aura rien de subversif, ni de supercherie à anticiper. Juste moi, toute nue. Haha! Voyons donc la métaphore douteuse que mon pilote automatique cérébral vient de pondre! C’est drôle! Je la laisse là. Comprenez cependant que je resterai vêtue.
BREF. Avant de s’égarer, ceci :
« Un relativisme qui ne s’avoue pas lui-même imprègne l’esprit de tous nos penseurs, si bien que, sauf une minorité prudente qui réussit à garder une position dégagée ou neutre, chaque homme qui veut comprendre le problème canadien-français subit une vivisection mentale par laquelle on essaie de voir de quel côté, au fond, il se range » – Hubert Aquin
Il s’agit de la phrase introductive de la Fatigue culturelle du Canada français, mentionnée plus haut. Sans vouloir faire une transposition intégrale (ce qui serait grotesque) de cet essai sur la mouvance étudiante actuelle, je ne peux m’empêcher de l’utiliser comme levier pour soulever un point.
Substituons dans l’extrait quelques éléments pour en arriver à ceci : « chaque étudiant qui veut comprendre la mouvance étudiante subit une vivisection mentale (un mindf*ck, pour les internautes aguerris) par laquelle on essaie de voir de quel côté, au fond, il se range. »
Eh puis BINGO. On vient de mettre le doigt sur un truc : le manichéisme obligé quant au positionnement sur la question de la GGI et de la hausse des frais de scolarité. De part et d’autres, les défenseurs de positions bien campées lorgnent avec insistance les masses plus ou moins partisanes, les sommant de se positionner et d’assumer ensuite les affronts de la contrepartie. L’ambivalence n’est pas envisageable (des plans pour se faire haïr des deux côtés!) et la non-ingérence est considérée comme la voie des imbéciles.
Autrement dit, d’un côté comme de l’autre du spectre idéologique, on s’arrache les appuis en exerçant une pression insidieuse sur les indécis. Tu dois choisir, et dans tous les cas, tu vas encaisser des baffes. Des trâlées de claques su’a gueule assénées à force de sophismes et d’insultes basées sur des stéréotypes. Peu importe ton camp.
Nous en avons eu une démonstration éloquente hier après-midi sur les ondes du 98,5, alors que Dutrizac se gâtait une orgie d’idées reçues aux dépens du représentant de la CLASSE… qui, pour sa part, n’a pu rétorquer que par les mêmes arguments que le mouvement étudiant ressasse cons-ta-mment.
On tourne en rond dans une espèce de vase de ruminements, sans faire évoluer ni le discours, ni les méthodes tant le dialogue en est un de sourds. On se blesse de part et d’autre, en s’éloignant conséquemment d’une possibilité de conciliation pour ériger l’avenir en un glorieux édifice. Ou en un projet auquel j’aurais envie de croire, mettons… moi comme bien d’autres!
Et il y a autre chose. Se battre à l’interne, comme ça, c’est épuisant. On s’éreinte, à force de barbarie envers les nôtres. Et c’est la que se trace le parallèle (en tous cas, à mes yeux) entre le mouvement étudiant et la cause nationale québécoise. Une des choses que déplorait Aquin, c’est qu’à force de tiraillements et de bassesses, les Québécois se sont épuisés. Le gouffre idéologique étant devenu abyssal, nous avons remisé la question nationale pour en faire un tabou qu’on n’évoque plus qu’à demi-mots. Un débat figé, des couteaux éhontés, une rupture totale du dialogue, puis rien du tout. Le silence. Et surtout : le laisser-faire.
Laissons-nous le temps de réfléchir et baissons les armes. Celles qu’on se braque les uns les autres, bien sûr.
L’ambivalence s’admet, la mauvaise foi, non. Ne se bornons pas à un clivage définitif et employons-nous plutôt à briser l’argumentaire pauvre et figé qui ne rallie qu’une minorité que le gouvernement ne saurait craindre.
On est tous à boutte dêtre à boutte. Faut faire attention.
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