La fameuse première fois

La première fois, y’a tellement de trucs à gérer, cherche pas à faire le kamasutra au complet.

Pour certains, le baptême sexuel est un désastre; pour d’autres, un délice; et pour la majorité, un genre d’entre-deux, sans feux d’artifice ni trauma.

Mais on n’oublie jamais sa première fois.

Elle : Est-ce que ça va faire mal? Est-ce que je pue? Ah, ben il cherche le trou… Est-ce qu’il est dedans? Est-ce qu’il aime ça? Faut pas que je l’accroche avec mes dents! Est-ce qu’il va me manger? J’vas-tu être capable de jouir?

Lui : Est-ce que je vais lui faire mal? God qu’a sent bon. Y est où le trou? … Est-ce que je suis dedans? Est-ce qu’elle aime ça? Fiou, pas d’accrochage de dents! Je devrais-tu la manger? J’vas-tu venir trop vite?

La première fois intrigue, inquiète, excite.

Tous les scénarios sont possibles. À 14 ans, à 25 ans, après l’école, chez l’autre, chez soi, saoul, à jeun, torché, avec une fille, avec un gars… Tout est possible!

La première fois intrigue, inquiète, excite.

Être nu avec quelqu’un, dans une société où le port du vêtement est obligatoire et où UN SEUL modèle de corps sexy se retrouve sur les couvertures de magazines, ça te ressort une vulnérabilité sur un moyen temps.

La nudité c’est une étape. D’ailleurs j’trouve qu’on saute souvent des étapes. Pourquoi devons-nous tout faire aussitôt que les vêtements sont au sol? Me semble que s’voir à poil suivi de quelques caresses devrait suffire pour le premier soir. Les jeunes filles se demandent si elles devront “la prendre dans tous les trous la première fois”. WÔ! On se calme les orifices svp.

Je me souviens le soir que j’ai touché à mon premier pénis, ça s’est fait sans prépuce. Juste découvrir le sexe mâle a occupé toute ma soirée. On n’a pas fait l’amour ce soir-là. On a fait comme Ginette Reno; la tendresse. Le pénis est un organe fascinant, dur, mou, droit, courbé, doux, chaud, qui vient avec des veines ainsi que des sécrétions. Il vient avec une poche parfois poilue, parfois rasée, qui elle, contient deux couilles ultra sensibles. Tout ça c’est beaucoup à gérer tactilement en si peu de temps pour une pucelle.

J’avais été épatée par la douceur de la peau de cet organe toujours présenté comme une brute fâchée dans les films. C’était chaud et masculin, j’ai mieux compris l’engouement pour le pénis. J’aimais le mec et après ce soir-là, j’aimais son membre.

C’est pas rien et choisir son/sa partenaire mérite un temps de réflexion.

Parfois on dit : “Man ce gars-là est dans ma bulle, maudit qui me gosse”. Faire l’amour (ou le sexe) c’est laisser entrer quelqu’un encore plus loin que dans sa bulle, c’est le/la laisser entrer dans son corps. La langue, le membre et les doigts de l’autre pénètrent notre corps.

C’est pas rien et choisir son/sa partenaire mérite un temps de réflexion.

Beaucoup d’amis m’ont dit que la première fois, la phase “exploration” avait été bâclée. Ils ont pris peu de temps pour apprivoiser le corps de l’autre. Ce n’est pas l’interdiction prescrite par nos parents ou par un gars en soutane qui devrait nous faire patienter, mais plutôt le thrill de cultiver l’excitation, le désir et l’envie de vivre chaque étape pleinement! À travers les inquiétudes de suer, de puer, de ne pas faire les bonnes choses, de ne pas dire les bonnes paroles, il y a, à chaque parcelle du parcours, deux corps qui partagent une expérience sensorielle qui fait vibrer les êtres. Personne ne gagne à vivre ce moment en mode accéléré.

Dans mon ancienne vie de sexologue éducatrice, on m’a souvent demandé : “Comment je fais pour savoir si je suis prête Mélanie?” (les filles posaient la question plus que les gars. J’imagine que de se faire répéter depuis des centaines d’années que notre virginité est précieuse comme une cerise qui s’envolera à tout jamais vers une galaxie lointaine OU un bijou à garder le plus longtemps possible comme s’il pouvait sauver le monde en cas de menace apocalyptique vient jouer dans la balance.)

Peu importe, je répondais toujours par deux-trois questions (aux gars comme aux filles) : “Est-ce que ta tête, ton cœur et tes tripes disent oui à l’unisson ?… Un vrai oui, un oui sans mensonge à toi-même, sans pression sociale, sans pression de l’autre? ET, détail important : le ferais-tu à jeun?”
— Non.
Alors, attends.
— Oui.
Alors Go.

C’est une belle boussole à suivre pour une première fois. Je crois que ce l’est encore.

Love xx

Notre collaboratrice Mélanie Couture s’est lancée dans la capsule vidéo cette semaine avec le Lab Juste pour rire, pour voir, c’est ici.

Humoriste détentrice des écussons jaune, orange, rouge, marron et bleu en natation. La scène, c'est mon Disney Land. Mes grilled cheese torchent.

Du même auteur