Mathieu Potvin

La dynamique rose et bleue

Bon. Cupidon n’existe pas. Fatalité.

Il n’y a pas de blondinet dodu qui bullseyera le cœur de l’être-aimé.

Dommage… Ce serait si simple!

À partir de ce réaliste constat, qu’est-ce qu’on fait pour charmer l’être humain quand on se sent en errance affective et qu’on aimerait bien s’investir dans la conjugalité?

Quelle chorégraphie adopter? Quel pick up line roucouler? Quelle stratégie développer?

Quoi faire pour plaire?
Réponse trop souvent véhiculée : “Les gars sont de même…  Les filles sont de même… Tu veux séduire un homme? Agis de cette façon! Tu veux séduire une femme? Suis le guide!”

Tu crois que j’exagère? Google “séduction”, clique et pleure.

Constat de base : quand vient le temps de se déployer l’plumage telle la volaille séductrice, il semble insécurisant de ne pas tomber dans une dynamique stéréotypée.

Oui, la généralisation offre des points de repère et se fait rassurante. Mais on va se le dire, c’est à ce moment qu’on gagne en étendue, mais qu’on perd en précision.

“Parce qu’on est en 2015”, rationnellement, on le sait : qu’on soit greyé d’un pénis ou d’un vagin, on a la liberté d’intégrer les comportements que l’on veut bien adopter, qu’ils soient connotés comme étant “masculins” ou “féminins”. Par contre, affectivement, dans un contexte de recherche de partenaire, ça semble nettement moins évident.

Un peu comme si, pour former un couple, il fallait à tout prix créer du mauve.
Que du mauve.
Et que la seule façon d’arriver à ce résultat serait de mixer du rose avec du bleu.
Des caractéristiques féminines avec des caractéristiques masculines.

Personnellement, si j’en crois les nombreux conseils psychopop, en tant que femme hétérosexuelle, j’aurais intérêt à me positionner telle la biche vulnérable, question qu’un homme viril vienne me conquérir en grand sauveur. J’aurais aussi le loisir de me décliner en différents archétypes comme la princesse qui attend son chevalier, Vénus qui cherche Mars ou la proie qui attend son chasseur.

Oh, je pourrais aussi être la chasseuse qui traque sa proie, mais alors là, DANGER! Je devrai veiller à ne pas être trop entreprenante, sans quoi je risquerais de faire peur aux hommes!
C’EST BIEN CONNU.

Clarifions aussi qu’en matière de séduction le “Don’t judge a book by it’s cover” n’a pas la cote.

Ici, on juge le livre par sa couverture. C’est permis.
Après tout, la première impression ne se fait-elle pas par le visuel, l’apparence?
On est mieux de s’arranger pour ne pas manquer notre coup!

Si la femme souhaite se faire séductrice, il est entre autres recommandé qu’elle s’allonge la silhouette en optant pour de classy talons hauts, mais pas trop hauts en contexte hétéro parce que si jamais l’homme s’avère être plus petit, c’est SCANDALEUX!

Elle est aussi invitée à se padder le caractère sexuel secondaire pour attirer le regard vers son poitrail, mais pas trop, hein?! Elle se doit d’être féminine, mais pas vulgaire!
Elle doit se faire sensuelle, douce, charmante, délicate. Pensons publicités de parfums!
Pensons moue boudeuse, regard sulfureux et robe à grand’voilage qui r’vole au vent! OUI!
À travers tout ça, elle devra rester elle-même.

Bien évidemment.

Et toi, homme séducteur? PROUVE-TOI!
Expose-toi tel le maître de la compétence, de la réussite. Sois confiant. Montre-toi protecteur. Mais messieurs… soyez avisés qu’un drame vous guette : être doux, sensible et à l’écoute des confidences de l’autre vous fait courir le risque EFFROYABLE d’être friendzoné et alors là, CAUCHEMAR! There’s no coming back!
Faites attention.
Ah et sentez l’parfum s’il vous plait. Les odeurs naturelles, c’est épouuuvantable.
C’EST BIEN CONNU.

Stéréotypes.
Stéréotypes.
Stéréotypes.

Peut-on se permettre de se faire confiance et de se dire qu’il est possible de séduire inconsciemment, naturellement?
Oui, croire au fait que l’on peut rencontrer, créer des liens, s’ancrer dans le cœur de quelqu’un sans perpétuellement être dans cet état conscient du désir de plaire? Sans se projeter continuellement dans le regard de l’autre?

Est-ce qu’on peut reconnaître que chaque humain, qu’il soit homme, femme ou autre a ses complexités, ses caractéristiques, sa singularité?
Que si on la/le classe dans une case et qu’on tire des conclusions hâtives sur sa personnalité, il est possible qu’on passe à côté de plusieurs nuances, d’une certaine profondeur qui oui, peuvent être séduisantes?

Peut-on érotiser l’ambiguïté?

Qu’on soit bleu, rose, mauve, blanc, vert forêt, noir avec des picots gold, carreauté jaune et brun.
Qu’on change de couleur avec nos émotions.
Qu’on soit une femme bisexuelle chasseuse qui porte des talons quand ça lui tente, un homme hétéro sensible chevalier à ses heures si ça lui dit, bref, qu’on soit n’importe quelle variation nous permettant de nous rapprocher de notre vérité.
Qu’on vienne de Mars, de Vénus, de Saturne, de Jupiter ou d’une autre galaxie.

Elle est belle cette unicité-là.
Elle est sexy.
Elle est attirante.

Et elle s’avère être une fondation nettement plus solide pour un couple qu’une gambette fraîchement épilée ou qu’une musculature bien entraînée. 

Pour lire un autre texte de Julie Lemay : Se fondre en l’autre.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up