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Pendant que la moitié du Québec décidait de faire son propre pain au début de la pandémie, Luc-Antoine Cauchon, lui, a poussé le concept jusqu’au bout en démarrant sa propre boulangerie de ruelle dans le quartier Villeray.
Le cuisinier/pâtissier/boulanger – fraîchement débarqué du Lac-Saint-Jean pendant la crise – n’avait alors pas anticipé le succès de cette pop-up patentée, qui a transformé son point de chute derrière le Théâtre aux Écuries en rendez-vous hebdomadaire convivial entre voisin.e.s.
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Je suis allé rencontrer Luc-Antoine pour sa dernière fournée mercredi, avant qu’il ne s’accorde un repos bien mérité. C’est ma boss Barbara qui m’a parlé de ce sujet, se trouvant bien smatte de confier cette mission à un Meunier (ce genre-là, oui).
Il fait soleil dans la ruelle quand je débarque sur place, où se trouve un kiosque, quelques chaises et un four à pizza. Il y a une banderole annonçant la boulangerie, des plateaux remplis de quiches et de macarons.
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La jeune Axelle, 11 ans, est seule sur les lieux, en train de préparer la distribution. Elle donne un coup de main à la boulangerie depuis le début, à l’instar d’autres voisin.e.s de Luc-Antoine. « Ce que j’aime, c’est rencontrer des gens, et ce qui me motive, c’est que je suis en même temps avec mes voisins », analyse avec aplomb Axelle, un peu triste à l’idée de perdre son gagne-pain (ho-ho) bénévole.
Luc-Antoine s’amène avec de l’équipement, flanqué de sa blonde Annie Maisonneuve, qui l’épaule dans ce projet de fou. Elle en mène large avec la gestion du site Internet, des réseaux sociaux, des décorations (elle a fait les sacs réutilisables en vente sur place) et de la préparation, mais minimise humblement son apport.
Elle m’accueille avec un verre en styromousse rempli d’un liquide en apparence sirupeux.
Je regarde dans mon guide déontologique de journalisme sous la rubrique « pot-de-vin » et rien n’interdit d’accepter un brandy de prunes avec du sirop d’érable. « Ce sont des prunes de la ruelle en plus! », souligne Annie au sujet du délicieux nectar.
Annie et lui ont donc transformé leur résidence en boulangerie artisanale, avant de se lancer dans la « nanoproduction hyperlocale de paniers créatifs hebdomadaires ».
Luc-Antoine ne cache pas sa fierté d’avoir insufflé un trip communautaire d’envergure dans le voisinage avec sa boulangerie. On partage ce sentiment devant l’enthousiasme de ce dernier rendez-vous, où plusieurs voisin.e.s de la ruelle ont traîné leurs enfants, leur alcool et leurs chaises pliantes pour l’occasion.
Pendant que Dédé Fortin chante Belzébuth sur une radio portative, Alain, le papa d’Annie, sirote son brandy aux prunes sur une petite chaise. « C’est l’fun. C’est artisanal là, mais c’était ça, le but », commente l’homme, descendu de Saint-Sauveur à moto pour donner un coup de main à son gendre au four à pizza.
Avec ses enfants de quatre et deux ans, Théophil, un voisin, s’ennuiera de cette petite routine du mercredi. « On aimait beaucoup ça, avec des aliments locaux toujours différents. Ça a contribué à l’effervescence du voisinage », constate-t-il.
En retrait, Ann se prépare à enfourcher son vélo après avoir récupéré son panier. « J’ai ma petite routine, je passais chercher mon petit fils les mercredis à la garderie et l’amenait ici. Il y a vraiment un bel esprit communautaire », souligne cette grand-maman qui habite au-dessus de la famille de sa fille, dont tous les membres sont clients de la boulangerie à ciel ouvert.
« À 25 $ par semaine pour des produits très locaux, c’est pas cher », ajoute-t-elle, déjà une pointe nostalgique dans la voix.
Pour Annie, maintenir des prix bas était à la base même du projet. « On ne voulait pas contribuer à l’embourgeoisement général du quartier, c’était vraiment important pour nous », affirme-t-elle.
À côté du kiosque à l’ombre d’un petit chapiteau, Florence sert de la limonade, comme elle le fait régulièrement d’ailleurs. Sa propre initiative en plus. « C’est 50 sous la limonade et j’en vends une dizaine à chaque fois. Aujourd’hui, ça risque d’être plus », calcule la fillette de dix ans et meilleure amie d’Axelle.
Presque 18 h, la distribution achève, les pizzas sortent du four et la petite fête bat son plein, revêtant une dimension un brin nostalgique. « On aimait ça, c’est toujours pas mal festif et on faisait découvrir de nouvelles choses à manger à nos enfants », explique Evelyne, venue en famille de sa résidence située à quinze minutes de marche.
« Ça fait un bout qu’on vient ici après avoir ramassé ma fille à la garderie », ajoute-t-elle, tenant contre elle la petite dernière de neuf mois. Sa plus vieille porte ses vêtements de l’autre sens à l’occasion d’une « journée à l’envers », imitée par son papa François fort solidaire.
Avant de partir, je m’enfarge dans Tung et Améline, un peu déçu.e.s d’avoir découvert la boulangerie sur le tard, par un voisin interposé. « Il nous a proposé de prendre sa commande pendant ses vacances, c’est une belle découverte et en plus, c’est bon! », souligne Améline, déjà en deuil.
Elle et Thung aimaient particulièrement voir les enfants s’amuser ensemble dans la ruelle pendant que les adultes papotaient un verre à la main.
Je salue Luc-Antoine et Annie, en leur souhaitant plein d’autres projets du genre.
Selon les rumeurs, la pièce de leur logement nolisé pour la boulangerie pourrait éventuellement servir à autre chose.
Je sais qu’Annie va m’en vouloir de recourir (encore) à ce jeu de mot vaseux, mais disons qu’une autre sorte de pain pourrait se retrouver au four.
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La distribution débute dans quinze minutes, j’accompagne Luc-Antoine dans sa préparation en lui posant quelques questions. En gros, il me raconte dans quel contexte il a mis son projet sur les rails. « Je travaillais dans une boulangerie sur le Plateau, mais j’étais tanné et la pandémie a ralenti nos activités. De fil en aiguille, je me suis procuré un four à pizza au propane et j’ai mis à profit cette super ruelle », explique Luc-Antoine en préparant la pâte pour ses pizzas Margherita.
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En clair, des gens (des voisin.e.s surtout) pouvaient s’abonner pour recevoir au point de chute chaque semaine un panier contenant un pain et quatre portions de salé/sucré. La boulangerie a fonctionné à plein régime pendant un an, hiver comme été. Au-delà d’une quiche et d’une miche de pain, c’était surtout un moyen fantastique de réseauter et de briser momentanément l’isolement durant la pandémie, le temps de ramasser son panier et, pourquoi pas, prendre un verre.
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« On est rendus plus populaires que notre ruelle », résume Luc-Antoine, soulignant que des gens des rues voisines ont aussi emboîté le pas pour recevoir leur panier. « J’ai besoin d’un break, c’était pas évident d’innover chaque semaine, renouveler mes recettes, toujours végé et bio. Je consacrais beaucoup d’heures là-dedans, parfois jusqu’à quatre heures du matin la veille des distributions. Je faisais mes frais sans me mettre riche avec ça, c’est par contre un projet expérimental fort réussi », admet l’entrepreneur, qui s’est un peu retrouvé à la croisée des chemins, victime de son succès. « J’avais plus le choix de sortir de ma cuisine, c’est rendu le bordel et pas assez rentable pour en vivre. Est-ce que je loue un endroit? Je prends l’été pour penser à tout ça », ajoute-t-il.
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