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La culture du Nouveau-Brunswick comme inspiration
Les Hay Babies prouvent que la singularité linguistique peut devenir un moteur de création.
URBANIA et NOUS s’unissent pour vous faire découvrir l’univers artistique des Hay Babies, disponible sur Tou.tv.
On connaît la statistique par cœur : le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue du Canada, compte près de 30 % de francophones (850 000 habitants, au dernier recensement). Mais entre la loi et la réalité, il y a tout un monde. Dans ce contexte, entendre Les Hay Babies chanter en français – accent assumé – relève moins de l’évidence que d’un geste affirmé.
« Une manière différente de parler, c’est un charme sous-estimé », croit Julie Aubé, l’une des trois auteures-compositrices-interprètes du groupe Les Hay Babies. Lors d’une rencontre virtuelle, elle et sa collègue Vivianne Roy ont pris un moment pour revenir sur ce qui les a marquées culturellement en grandissant. D’emblée, elles expliquent que les productions américaines et la musique anglophone occupaient beaucoup de place dans leur quotidien. Dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, d’où Vivianne est originaire, l’anglais domine.
C’est grâce à l’adaptation au petit écran de la bande dessinée sur le superhéros Acadieman que Julie Aubé entend le chiac à la télévision pour la première fois. « Ça a eu un gros impact chez les Acadiens de tout âge de voir ça à la télévision communautaire », se souvient-elle. La série racontait la vie d’un travailleur dans un centre d’appel – un univers familier, expliquent les deux musiciennes, puisque tout le monde connaissait quelqu’un, de près ou de loin, qui faisait ce métier.
« C’était très relatable », ajoute Vivianne. Lorsqu’elle était kid, la majorité des émissions de télé en français préconisait un accent québécois ou international. « C’était plus difficile pour nous autres de comprendre, raconte Vivianne. C’était comme si tout se disait trop vite. [Dans le français] québécois, il y avait beaucoup de mots, des jokes ou des expressions qu’on ne comprenait juste pas. Pis le français de France, forget it, ça sonnait comme une autre langue totalement. D’entendre quelque chose qui sonne comme nous autres, ça nous met un petit peu le pied dans la porte. »
Vivianne se souvient aussi de l’émission Marie-Soleil, qui mettait en vedette la Franco-Ontarienne Suzanne Pinel. Aux côtés de son chien Fergus et du clown Samuel, elle faisait rayonner le français hors Québec. « C’était cool parce que c’était un show pour enfants bilingue », explique-t-elle, se souvenant que Fergus parlait anglais. Pour elle, c’était une manière de s’initier à la télévision francophone.
Pour sa part, Julie croit que son style vestimentaire, qu’elle qualifie de « clownesque », a été influencé par la série canadienne The Big Comfy Couch, connue en français sous le titre Le Monde de Loonette, mettant en scène Loonette le Clown. « Je pense que les couleurs pis le style, ça m’a influencé d’une façon subtile », dit-elle en riant. Elle assume aujourd’hui pleinement cette facette d’elle-même en créant ses propres vêtements.
La musique francophone au cœur de leur parcours
C’est au secondaire, grâce à la radio étudiante, que Vivianne a eu la « piqûre » de la musique francophone. « On allait sur MuchMusic tous les matins pis on regardait French Kiss. C’était juste de la musique québécoise et francophone. C’est de même qu’on a découvert Les Trois Accords pis Karkwa », se souvient-elle. L’école lui avait donné un budget pour acheter de nouveaux disques, ce qui lui a permis de faire jouer une musique francophone « moderne » dans laquelle elle pouvait enfin se projeter. « C’était moins plate que Garou et Céline Dion », lance Vivianne en riant.
La troisième membre du trio, Katrine Noël, raconte que son déclic s’est produit en voyant Wilfred LeBouthillier à Star Académie en 2003. « Je ne jouais pas de la musique encore, mais je chantais au karaoké dans mon salon avec ma mère. Je chantais au show d’école. Quand t’es quelqu’un qui chante, les gens te disent : “Tu devrais aller à Star Académie”. Et je me disais : “Ah, peut-être” », raconte-t-elle dans un épisode de la série Histoires d’être NOUS. Elle choisit finalement de participer à Accros de la chanson, un concours organisé par la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick, où elle fait la rencontre de Vivianne et de Julie. Les Hay Babies naissent peu après.
Les filles concluent l’entrevue en revenant sur le pouvoir de la singularité des accents. « Tu sais, le band Abbittibbi, avec Richard Desjardins, 90 % de la raison pourquoi j’adore ça, c’est parce qu’il a un accent. Il roule ses “r” et on n’entend plus beaucoup ça, au Québec, aujourd’hui, dans la musique », explique Julie.
L’accent québécois se serait-il aseptisé avec le temps? Une chose est certaine : les membres des Hay Babies, elles, ne sont pas prêtes à effacer ce qui les distingue et espèrent inspirer une prochaine génération de Néo-Brunswickois à faire de même.
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Rencontrez Les Hay Babies au Nouveau-Brunswick dans la série Histoires d’être NOUS, animée par Rosalie Vaillancourt.
