La controverse sur un film anti-avortement semble faire le bonheur des Cinémas Guzzo

Le débat de société a le dos large.

« Il y a matière à controverse… En 2019, avec tous les moyens de contraception que nous avons, a-t-on vraiment le droit de dire que l’avortement est une alternative? », a lancé Vincent Guzzo, propriétaire de Cinémas Guzzo, à La Presse.

Ça, c’est un de ses arguments pour présenter Unplanned, un film considéré par plusieurs comme étant de la propagande «pro-vie » et «anti-choix», dans cinq de ses cinémas dès vendredi.

Unplanned, un acte de Dieu?

Le film, qui raconte l’histoire (réelle, mais romancée) d’Abby Johnson, ancienne directrice d’une clinique d’avortement qui est devenue leader « anti-choix », se retrouvera bientôt sur les écrans de M. Guzzo. Ce dernier joue la carte de la publicité gratuite : la controverse que suscite la projection lui amène de la visibilité et, espère-t-il, des revenus suffisants pour offrir une version française du film.

 Rappelons à M. Guzzo que la majorité des personnes ayant eu recours à l’avortement utilisent déjà des méthodes de contraception.

Mais de la visibilité, il en apporte aussi au studio américain chrétien Pure Flix, qui a produit le film, au multimillionnaire Mike Lindell, qui a financé le sixième du budget du film et qui affirme à temps perdu que Donald Trump a été choisi par Dieu, et au pasteur BJ McKelvie, dont l’entreprise Cinedicom permet la distribution canadienne du film, qui a avoué avoir un intérêt personnel à présenter le film au pays.

On sent quand même flotter un certain spectre religieux au-dessus de la situation, non? 

Et concernant son argument à propos des méthodes de contraception,  rappelons à M. Guzzo que la majorité des personnes ayant eu recours à l’avortement utilisent déjà des méthodes de contraception.

Plus précisément, 51% des 60 592 individus ayant vécu une interruption de grossesse avec le British Pregnancy Advisory Service en 2016 utilisait une forme de contraception. Deux ans plus tôt, le Guttmacher Institute, aux États-Unis rapportait pratiquement les mêmes chiffres avec 51% des Américaines.

Un film avec une vibe de propagande

Un autre des arguments de M. Guzzo pour justifier la diffusion du film dans ses salles est d’offrir une pluralité d’opinions.

Or, cette diversité de point vue est flouée, estime la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada, puisqu’Unplanned fait dans la représentation mensongère. « Il prêche un cas absolu et extrême contre l’avortement qui n’a rien à voir avec la réalité », a-t-elle déclaré, faisant écho aux critiques américaines.

Par exemple, Planned Parenthood, un organisme à but non lucratif américain oeuvrant dans le domaine de la santé sexuelle (l’avortement représente 3,4% de ses services), serait représenté comme un « monstre démoniaque au cœur froid, dont le seul objectif est de maximiser les profits en vendant autant d’avortements que possible ».

Une lettre ouverte signée de 60 organisations et 550 personnalités publiée ce matin s’est ajoutée aux voix opposées à la diffusion du film. On y affirme que l’argumentaire anti-choix est basé sur des pseudo-vérités (religieuses?) plutôt que sur des faits scientifiques, ce qui rend le débat difficile. Débat qui, d’ailleurs, a déjà été tenu maintes fois.

 Alors pourquoi on en parle encore au Canada?

La question du droit à l’avortement, c’est réglé depuis 1988 ici. Enfin, c’est ce qu’on pensait. Mais plusieurs commencent à craindre pour ce droit.

Pour les signataires de la lettre ouverte, la diffusion du film est particulièrement sensible dans un contexte où le droit à l’avortement est actuellement remis en question aux États-Unis.

Une trentaine de salles qui présenteront Unplanned au pays. En Alberta, il est affiché avec l’avertissement « contenu dérangeant ». En Colombie-Britannique, on suggère une surveillance parentale.

Et au Canada, on n’est pas à l’abri de la régression de nos voisins : récemment, le Parti conservateur a refusé d’appuyer une motion réitérant le droit à l’avortement, même si son chef, Andrew Sheer, dit ne pas vouloir « réouvrir [le] débat ». On rappellera aussi que la campagne électorale fédérale est à nos portes, et que les conservateurs sont en avance dans les sondages.

Bref, ce film-là, c’est « un non d’entrée de jeu au Canada, où les femmes et les personnes transgenres ont un droit en vertu de la Charte à l’avortement fondé sur leur droit à l’autonomie et à l’égalité », pour la Coalition pour le droit à l’avortement du Canada.

En attendant, c’est une trentaine de salles qui présenteront Unplanned au pays. En Alberta, il est affiché avec l’avertissement « contenu dérangeant ». En Colombie-Britannique, on suggère une surveillance parentale.

Sur le site des cinémas Guzzo, aucune exigence particulière n’est signalée pour le moment…

Et à celles et ceux voulant manifester aux représentations, Vincent Guzzo vous attend : « J’espère qu’ils seront là. Et moi, je vais appeler les médias pour faire de la publicité au film. Les manifestants auront donc fait leur devoir de faire connaître le film. »

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