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Des fois j’aimerais bien être une bonne fille. Une bonne petite fille parfaite. Qui a une facilité innée à plaire, qui dit la bonne chose au bon moment, qui ne prend pas trop de place, qui rit discrètement en cachant sa bouche avec sa petite main délicate qui arbore une manucure impeccable et qui a toujours la bonne paire de chaussures pour l’événement branché de la semaine.
Et non. Ma nature profonde a décidé de me compliquer la vie. Je ne suis ni discrète, ni effacée. Je parle trop et trop fort. Je fais un métier d’hommes dans un milieu où le mâle alpha règne en roi et maître et où j’ai choisi la fameuse niche « humour social/engagé ». Je ne sais pas ce que j’ai à vouloir défricher des forêts sans sentier. On dirait que je joue à « T’es pas game ! » avec moi-même.
J’ai dû avoir une maudite famille de femmes fortes qui ont réussi à me mettre dans tête que je pouvais faire ce que je voulais dans vie. Et je n’aurais jamais dû lire du Simone de Beauvoir. Damn you Simone, damn you !
J’ai toujours pensé que mon côté léger atténuait mes propos directs et mon humour souvent dirigés vers des personnalités connues ou politiques. J’ai quand même fait ma place dans le milieu de l’humour en arrivant à Juste Pour Rire avec un numéro où je frappais à grands coups de bâton de baseball un clown dont le visage de Richard Martineau était collé dessus. Je vous assure que ça n’a jamais fait de vagues.
J’ai aussi écrit des numéros sur Jean Charest, Stephen Harper, Mario Dumont, Denis Lévesque, même sur la programmation complète du Canal Mademoiselle. Et ça n’a jamais déclenché la moindre tempête médiatique ou le moindre secouement sur Twitter. Pas même une seule lettre de plainte d’un libéral ou d’une fan du « Trésor en moi ».
Bref, y’a eu du boucan chez les Lizotte dans les dernières semaines, parce que j’ai osé attaquer une sacro-sainte station de radio. Je savais précisément ce qui allait arriver ( lettres haineuses, trolls, beaucoup trop d’émissions consacrées à ma petite personne), mais j’ai pris le risque de faire confiance à l’être humain. Qu’il pourrait faire la part des choses. On ne m’y prendra plus.
Oui mon Père, je le confesse, j’ai parfois des opinions tranchées.
Je n’ai pas toujours été comme ça. Mais en vieillissant, on se tanne de toujours voir les deux côtés de la médaille. D’avoir de l’empathie pour la victime et son bourreau. D’être l’arbitre, de se dissocier, de se voir au-dessus de la mêlée et de ne pas prendre position en clamant que c’est par sagesse. Je ne suis ni un juge, ni le Dalaï-Lama.
Donc, il faut bien se forger des opinions, des principes, des valeurs, en apprenant de ses expériences de vie, de ses erreurs, de ses victoires, de ce qu’on apprend, de ce qu’on lit, de ce en quoi on croit. On doit renforcer ses convictions pour être capable de dénoncer l’inacceptable. Même si on doit en payer le prix. Même si on risque la campagne de salissage à perpétuité. Même si on vous traite de folle, d’hystérique, de tarte, de frustrée, de fille en manque de cul, qui n’a jamais rien fait et qui n’ira jamais nulle part.
Je comprends maintenant les gens qui restent à leur place. Qui ne dérangent pas. Qui disent ce qu’on veut entendre. Qui sourient bêtement, dès que la caméra s’allume. Peut-être qu’on devrait tous faire ça. Parce que personne ne mérite un tel traitement et un tel acharnement.
Voltaire disait : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Mais ce que je vis en ce moment ressemble plutôt à « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites et je me battrai jusqu’à la mort pour que vous vous taisiez à jamais ».
Mon père m’a dit : « Ma fille, reste debout ».
J’ai répondu : « Ils n’auront pas ma peau ».
Ce qui nous console dans la tourmente, c’est de recevoir de l’amour et du support des gens qui nous aiment, même s’ils sont éclaboussés par notre prise de parole. Et ce message s’adresse à eux, parce que si j’arrive en rire, eux ont encore du mal à ne pas en pleurer.
Lecteurs d’Urbania, il me fait plaisir de vous offrir ma plume. Je vous promets d’être vraie et de vous livrer mon cœur, mais surtout…
Je vous promets de ne jamais, être une bonne fille.
Kim
Loin de moi l’idée de me transformer en victime. Quand tout a été dit sur son cas, on se sent comme un Phoenix qui renait de ses cendres. Que pourraient-ils dire de plus, mon intégrité a été atteinte à tous les niveaux. S’ils sont chanceux, ils trouveront un ex-chum rancunier prêt à leur envoyer une photo olé olé de moi pour qu’ils se foutent de ma gueule et qu’ils soient rassurés en se disant qu’ils sont tellement mieux que moi, la pauvre ke-clown. Qu’ils continuent à se servir de moi pour entretenir la haine de leur meute de loups. Semble-t-il que je ne peux rien y faire, au nom de la liberté.