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La beauté est un concept qui donne définitivement dans l’abstrait. Qu’est-ce qui fait qu’une personne est belle? Qui a décidé ça?! On essaie de nous faire gober que ce corps-là est beau, que cette face-là est belle, que ça devrait faire l’unanimité, qu’on devrait tendre vers ce modèle, acheter ci et acheter ça pour s’en rapprocher…
Ah ce damné rapport à la beauté physique!
Il évolue comment, à différents temps de la vie?
Telle une rigoureuse enquêteuse, je suis allée à la rencontre d’hommes, de femmes, de jeunes et de moins jeunes pour cueillir quelques propos sur le terrain, que je vous tends ici en guise d’offrande, comme un charmant bouquet de réflexions.
ENFANCE : La beauté pour tous!
Parce que ça peut faire du bien de retourner à la base, écoutons notre plus jeune sujet, l’éloquent Antoine, qui nous sensibilise du haut de ses apprentissages acquis lors de ses 4 ans et demi d’existence : “Moi, je trouve que TOUT LE MOOOONDE est beau!!!”, crie-t-il, avec une désarmante conviction.
Un propos oh combien attendrissant validé par la petite-mais-grande Lény, 8 ans : “On a tous des corps différents. Les cheveux, les yeux, les lèvres, les paupières, le nez : on a tous des postures différentes. Tout le monde peut être beau. Si on se trouve laid, en fait c’est le contraire! On n’a pas besoin de se maquiller parce que ça va être naturel! Naturel de beauté!”
Voilà donc de très positifs constats de l’enfance. Naïveté ou lucidité? Le portrait s’assombrit-il quand la menace pubère s’en mêle?!
ADOLESCENCE : The game is on.
“Rendue au secondaire, quand j’ai vu que je pouvais plaire aux garçons j’ai fait ‘oh my God’. Là, j’ai découvert ma beauté pis j’aime ça me faire désirer. C’est un autre pattern de vie que j’connaissais pas avant. Mais j’pense juste pas que ça devrait prendre une aussi grosse place dans notre vie… Facebook, c’est intense. Les médias sociaux, c’est intense… Tout tourne autour de l’image…” – Lilou, 19 ans
“Il commence à y avoir beaucoup de pression chez les gens de mon âge et je trouve ça pas mal stupide. La beauté physique d’une personne ne change rien. C’est sûr que c’est du charme en plus, mais quand même…” – Charles, 14 ans
Right. L’adolescence, il y en a qui la vivent plus harmonieusement que d’autres. Les rapports entre les sexes changent, ça crée des games de hiérarchie sociale, l’importance de l’image embarque. Personnellement, j’me trouvais aussi séduisante qu’un crapet-soleil échoué su’l bord de la beach et je bénis le ciel que “dans mon temps”, les médias sociaux se limitaient à ICQ et Mirc.
ADULTES, TEMPS I : Rationnel vs émotif
“Moi j’ai souvent eu le complexe de ne pas me sentir à la hauteur de la beauté, disons. Plus jeune, j’étais pas à la mode et j’essayais vraiment de cadrer dans le standard. Plus je vieillis, plus j’apprends à me trouver belle pis j’me considère belle. Ça dépend comment j’feel… La beauté, c’est clairement rattaché à l’estime de soi. J’pense que quand t’es jeune, tu veux faire partie du lot. Pis plus tu vieillis, moins t’as envie de suivre le courant…” – Élise, 37 ans.
Et ça survient quand, cette envie-là de pitcher les conventions à bout de bras? Remontons 10 ans plus tôt, Maxime, 27 ans, a quelque chose à ajouter :
“Rendu fin vingtaine, j’ai l’impression qu’on commence à en revenir un peu. Même si ça nous ronge de l’intérieur (peut-être parce qu’il y a encore place au changement significatif, genre je suis encore jeune et capable de m’inscrire à des ostis de cours de crossfit pour développer ma masse musculaire), j’ai quand même l’impression de choisir mes combats, maintenant.”
ADULTES, TEMPS II : Guys, on vieillit, on change et c’est ok.
“En vieillissant, je trouve que quand tu prends soin de toi, de ta santé, t’es pas moins belle qu’une fille de 20 ans. Tu peux avoir autant de charme pis je pense que c’est ton tout, c’est ce que tu dégages qui va faire ta beauté. Pis moi c’est plus là-dessus que je mise, maintenant : sur ce que je dégage et pas juste ce que j’ai l’air.” – Sonia, 48 ans.
“T’sais, ton corps, y a changé à l’adolescence, y a changé en ayant des enfants… Mais tu peux pas capoter à toutes les étapes! À 50 ans, ça me préoccupe pu. Peut-être que mon contexte personnel y est pour quelque chose. Je suis encore avec mon mari, ça va faire 30 ans. J’sens pu un besoin d’aller plaire. Des fois je veux me mettre cute, mais je ne me sens pas obligée! Elle est là, l’évolution!” – Rachel, 51 ans.
“De toute façon, oui il y a la beauté de la jeunesse, mais il y a aussi la beauté de la maturité, du knowledge“, de rappeler Lilou.
Eh bien, allons la consulter, la maturité!
ADULTES, TEMPS III : L’âge d’or nous parle
“L’important, c’est de s’accepter et d’apprivoiser le 3e âge, même quand on est jeune, même si ça parait loin. C’est l’intérieur de toi qui va décider ce que tu vas être à notre âge. Rendu là, le physique ne compte plus.” – Gérard, 82 ans.
“Investir trop dans son apparence physique, ça sert à rien au bout de la ligne! C’est important de s’accepter, pas juste essayer de se corriger. On en a pas eu de ça, nous, des centres d’entraînement, le gros maquillage… on n’avait pas d’argent de toute façon. Quand tu mises pas juste sur ton physique, tu te rends compte la beauté s’perd pas avec le temps. De toute façon, tout le monde est beau!” – Judith, 82 ans.
Tout le monde?
“Tout le monde! C’est un problème qui vient de l’extérieur. Il y en a pas, du monde laid! Franchement, là, le monde est beau!”
Eh bien, entendre cette conclusion reprise de façon sereine par une génialissime femme ayant 78 ans d’expérience de plus que le petit Antoine 4 ans ½ , ça te met la switch réflexive à on…
Comme quoi, vieillir, maturer et apprendre à s’accepter, c’est revenir à l’essentiel.
Et ça, tiens donc, ça nous ramène à une citation d’un autre Antoine, qui a dit, par un beau jour de ses 43 ans : “L’essentiel est invisible pour les yeux.”
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