L’insignifiance selon Pierre Harel

Câline de fossé des générations, en effet…

Je sais, je sais. Je suis en retard. «Même-le-Huff’-en-a-parlé-avant-moi» en retard, même. Mais un peu moins d’une semaine plus tard, le fameux coup de gueule de Pierre Harel me fascine toujours autant et comme je n’ai pas regardé le Super Bowl (rejoindre les amis au bar en béquilles? Pas très gagnant, malheureusement), ni La Voix ou Tout Le Monde En Parle (vous savez pourquoi), revenons sur cette incroyable sortie contre les Trois Accords et profitons pour se claquer – pour la énième fois – le premier tube de leur plus récent disque…

Outre le fait que la pièce est un incroyable ver d’oreille, la mélodie mi-post-punk, mi-new wave rappelle les beaux jours de Joy Division, voire Indochine, non? Eh bien, pour la fameux rockeur «slash» chroniqueur-culturel-avec-des-guillemets – qui l’a entendu à la va-vite à la radio -, Bamboula suscite davantage une «nouvelle pièce» des Men Without Hats, groupe qui nous aura, notamment, appris à danser de façon sécuritaire.

Jusque-là, ça va.

Pas de problème. Des erreurs du genre arrivent à tout le monde. D’où l’existence de site à la soundsjustlike.com où on répertorie, justement, des chansons qui ressemblent à d’autres.

Là où ça dérape, par contre, c’est lorsque l’auteur de Câline de Blues revient à la maison, s’attelle devant son ordinateur et signe un billet où il accuse Les Trois Accords… d’imiter Men Without Hats avec un doigt qui pointe et la grosse voix du gars qui a – et je cite – «un grand goût de fesser partout».

Wow… juste… wow!

Déjà, le «crime» est léger (des mois avant la sortie d’Harel, le chanteur Simon Proulx confiait au Droit que le groupe suscitait délibérément plusieurs artistes sur ce CD).

Comme tout le monde, les musiciens sont – avant tout – des mélomanes inspirés par des airs entendus au quotidien. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont tout d’abord forgé leur art en se frottant au matériel des autres – les Beatles, notamment! – ou ont monté des spectacles rendant hommage à la zizique de leurs congénères (Richard Petit et ses Vikings, pour prendre un exemple plus local et contemporain). En fait, Harel et Corbach n’ont-ils pas commis le même «crime» il y a des années avec Félix en colère, un LP de covers des textes de Leclerc à la sauce rock et blues?

Puis, Harel passe du commentaire rock n’ roll au jugement carrément psychédélique en faisant valoir que «les Trois Accords viennent encombrer les ondes avec leurs super productions soignées et pompeuses! Ils n’ont rien à dire et ne disent rien! Même pas musicalement!»

Primo, je doute vraiment que le quatuor ait visité toutes les stations de la province, crowbar à la main, pour exiger qu’on joue leurs tounes. M’sieur Harel, bien que j’imagine que les gars sont contents que ces chaînes diffusent toujours leurs «super productions soignées et pompeuses» (es-tu vraiment en train de leur reprocher d’investir dans la qualité de la production de leurs pièces, Pierre!?), le mot final revient tout de même aux directeurs musicaux…

Secundo, «Ils n’ont rien à dire et ne disent rien». Votre affirmation est plutôt surprenante, car le collectif signe, en fait, un deuxième disque de chansons un tantinet moins absurdes avec J’aime ta grand-mère. Même que certains critiques relèvent une certaine trame narrative sur cette nouvelle galette. Oh, et pendant qu’on y est, avez-vous relu les paroles de Safety Dance de Men Without Hats ou encore votre Câline de blues dernièrement?

Oui, cette dernière est une pièce culte de l’histoire de la musique québécoise… mais ce n’est vraiment pour ses paroles… ou si peu. Loin de moi l’idée de vous accuser d’âgisme – bien que votre salve contre la présence du rap local à la radio («ce monde radiophonique où on entend plus que la douzaine de même tounes «hip-hopesques» à la journée longue depuis au moins deux ans. Et en français québécois en plus!») fait foutrement mononc’ -, mais j’aurais espéré un peu plus de recul et de compréhension d’un bonhomme qui a mis la main à la pâte pour façonner le rock local pour, des décennies plus tard, être «choqué nouère» lorsqu’une bande d’artistes de fraîche date – vous avez aussi varlopé Yann Perreau et Lisa LeBlanc par le passé, mais retenons que les Trois Acc’ pour ce billet – proposent quelque chose d’inspiré et d’inspirant (come on! Vous aimiez la pièce des Accords avant d’apprendre que ce n’était pas une toune de Men Without Hats).

Je souhaite vraiment que je me trompe, mais à la lecture de vos récents coups de gueule, j’ai l’impression que vous notez beaucoup d’insignifiance dans cette nouvelle fournée d’artistes – que vous trouvez souvent talentueuse de votre propre aveu – alors que le non-sens parcourt l’histoire de la musique, voire l’histoire en général, sans toutefois nuire automatiquement à la qualité des oeuvres produites. Bref, pour paraphraser Mick Jagger (un type de votre génération, d’ailleurs) : «ce n’est que du rock n’ roll, mais j’aime ça!»

C’est tout! On aime ou pas. Certains sommets de la poésie demeurent ronflants, alors que des chansons aux apparences niaiseuses donnent juste envie de gueuler «Bamboula!» le poing levé. C’est correct. Ça arrive. Je ne vous demande par de mettre votre relève sur un piédestal – parce que Dieu sait qu’on produit toujours de l’indie rock aussi «Radioheadesque» que beige -, mais de là à accuser un quatuor de prendre la place d’une nouvelle garde prometteuse quand il n’a fait qu’un bête clin d’oeil à un groupe qui aura fasciné la planète pop des années 80 le temps d’une pièce, du calme, Pierre!

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