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Heureusement que j’ai les réseaux sociaux pour bien meubler mes insomnies.
Ou plutôt heureusement que j’ai des insomnies pour bien meubler mes réseaux sociaux, ah! J’ai trouvé l’artéfact virtuel de la semaine pour tapisser mon fil Facebook de bons sentiments. Quelle vidéo, woah!
L’avez-vous vu passer cette vidéo? Sûrement. Joseph Kony est devenu une webstar d’un océan à l’autre en moins d’une nuit, cette semaine. C’est fou, quand ça se décide à être viral! On dirait que les gens se concertent à l’avance. Un jour j’aimerais qu’on décrypte le secret de la viralité. Peu importe, la vidéo :
Si vous osez investir les 30 minutes qu’il vous en coûtera pour le visionnement, vous ne le regretterez pas. Mais si vous êtes épris du démon de la bougeotte intellectuelle comme moi à mes heures, allons-y avec un aperçu. Il s’agit en fait de la vidéo promotionnelle d’une campagne de sensibilisation et d’actions menées par le regroupement Invisible Children. Organisation toute jeune encore, son cheval de bataille est clair, net et précis : démanteler l’organisation rebelle ougandaise orchestrée par Joseph Kony, caïd sanguinaire qui kidnappe et enrôle annuellement des dizaine de milliers d’enfants pour les plonger dans l’horreur de la guerre. Bref, je ne vais pas m’étendre sur la tragédie des enfants-soldats ici.
Si vous avez lu ou écorniflé quelques conversations pertinentes un tant soit peu dans votre vie, vous n’y êtes sûrement pas étranger. Si ça ne vous dit absolument rien, je vous recommande chaudement A Long Way Home : Memoirs of a Boy Soldier, récit autobiographique du Sierra-léonais Ishmael Beah. Ça dit tout, ça exprime tout, on comprend tout. Sinon, y’a toujours Wikipedia.
Mais là n’est pas le point, encore une fois. Ce petit film m’a fascinée. Certes, la cause qu’on y défend est tout à fait louable. La guerre, l’horreur, l’inégalité des chances et l’injustice sont en effet des choses que je condamne. Je suis prête à faire un don, si ça peut aider à les éradiquer. Qui ne le ferait pas, au fond? Les actes de Kony sont immondes et mériteraient d’être sévèrement punis par la communauté internationale. Ça vaut pour tous les tyrans, malfrats, psychopathes, bandits…
C’est terriblement convenu comme statement, mais c’est voulu.
Parce que ce n’est pas le projet présenté par la vidéo qui m’a fascinée. Ce fut une belle séance de visionnement. Un esthétisme épatant, un rythme entrainant, un enchaînement d’idées fluide et punché. Une collection impeccable de procédés accrocheurs, propices à susciter des émotions fortes et l’empathie des auditeurs. N’en déplaise à personne. Et honnêtement, j’espère que de cœur qu’on trouvera un jour (et au plus cr…) le moyen de mettre fin à ces atrocités par la participation citoyenne.
Mais il y a certains trucs qui m’ont dérangée, voire inquiétée dans ce charmant ficelage de bons-propos-très-très-corpo. Bien que je me sois émue comme une madeleine pendant 29 minutes, j’ai eu l’impression à plusieurs reprises qu’on faisait appel à mes sentiments plutôt qu’à mon discernement. On aurait dit qu’on cherchait à titiller les valeurs universellement admises comme incarnant « Le bien » pour élever la noblesse des moyens encourus pour la mob’. Appel à la responsabilité citoyenne, insistance sur le pouvoir individuel de faire les choses maintenant en pensant aux générations futures; altruisme transnational, influence du peuple sur son gouvernement, etc. On aurait pu en faire des bullet points.
Aussi, à certains moments, j’ai eu l’impression d’assister à l’ego trip de quelques jeunes experts en socio-marketing ou je-ne-sais-trop, se targuant d’avoir accumulé en un temps record les quelques 70 000 likes de leur page Facebook. « Regardez-nous, enfants prodiges des relations internationales, Mère Thérésa des Internets et Chuck Norris du réseautage social : on va changer le monde, cliquez! »
Ça m’a fatiguée. Pas mal. Je sens que ça va en choquer quelques uns. Je trouve moi-même que j’ai l’air d’un être humain aigri et cruel de critiquer autant cet alliage parfait de bons préceptes. Mais c’est peut-être ça le problème, justement.
Alors au final, je suis tombée sur cet article que je vous recommande fortement : http://ilto.wordpress.com/2006/11/02/the-visible-problem-with-invisible-children/
Il date, mais il soulève plusieurs points intéressants. Eh puis certains commentaires sont plus récents. Cette personne, par exemple, exprime (de manière beaucoup plus éloquente que moi) l’accroc dans la vidéo KONY,2012 :
« The film and its presentation, is, in my opinion, carefully orchestrated in such a way to prevent critical thought and promote emotional reaction. (…)
Invisible Children is NOT a “rough cut”. It is a well-polished and finished work which is intended not to inform the audience, but visually and psychologically assault them, intended to make the individual more suggestible when it is time to donate money.»
En tous cas. Dans tous les sens, il faut en prendre et en laisser. Mais il faut surtout réfléchir et ne pas avaler tout d’un bloc ce dont on nous bombarde… même si leur « bien fondé » semble évident, à prime abord.
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