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Mardi dernier, un membre d’une des plus célèbres familles de la bourgeoisie haïtienne a été arrêté, confirmant un aspect méconnu du kidnapping. Il aurait été à la tête d’un réseau de kidnappeurs à Port-au-Prince et, selon le porte-parole de la police, il s’apprêtait à faire des gros coups pendant les Fêtes. Pris sur le fait, sa collaboration avec les enquêteurs aura à tout le moins permis de localiser et libérer deux jeunes héritiers d’une autre célèbre famille enlevés quelques jours auparavant.
Très peu d’enquêtes sur les kidnappings aboutissent à des arrestations formelles en Haïti, mais les choses pourraient peut-être changer.
Si l’industrie du kidnapping n’y est pas aussi importante qu’au Mexique ou en Colombie, les quelques dizaines d’enlèvements annuels créent tout de même un climat de peur, particulièrement chez les riches et parmi la classe moyenne de la capitale. Ils alimentent aussi à l’étranger une méfiance face au pays, une panique sécuritaire très souvent propagée aussi par sa diaspora.
À Port-au-Prince, où se concentrent les enlèvements du pays, une histoire d’horreur de ce genre vient presque à chaque mois rappeler la fragilité de la vie.
Un problème de riches
Lorsqu’on habite aujourd’hui dans un quartier pauvre comme Cité-Soleil ou La Saline, on ne connait pas aujourd’hui la peur d’être enlevé. Apparus au milieu des années 2000, les kidnappeurs s’attaquent généralement à des personnes dont les proches peuvent payer une belle rançon, et ce, surtout depuis 2009. Ils n’agissent pas au hasard : avant de passer à l’acte, ils étudient souvent les allées et venues de leurs victimes, leurs réseaux familiaux, amicaux et professionnels. Les enlèvements se font généralement dans la rue ou à l’entrée du domicile de la victime.
On connaissait la préférence des kidnappeurs pour les gens aisés, mais on ne connaissait pas les ramifications qui leur permettaient d’obtenir des informations précises sur la situation familiale et économique de leurs proies. L’arrestation de Brandt Junior la semaine dernière lève une partie du voile sur cette inconnue : certains de ces bandits seraient issus de la haute société, un milieu relativement restreint à Port-au-Prince.
Clifford Brandt Junior vient de l’une des plus célèbres familles d’entrepreneurs haïtiens. Immigré de Jamaïque, l’arrière grand-père de Brandt Junior débute sa carrière à la Banque Royale du Canada qui ouvrait alors un bureau à Port-au-Prince sous occupation américaine (1915-1934). Encore aujourd’hui la famille Brandt est à l’avant-plan d’entreprises financières et de compagnies d’import-export, et est l’une des plus connues du milieu des affaires. Selon les médias locaux, Brandt Junior dirigeait un concessionnaire automobile avant son arrestation.
La police
Le kidnapping est certes plus spectaculaire que la pauvreté. Il renvoie aussi à l’incapacité presque chronique du corps de police à dénicher ses responsables. Les familles payent donc même souvent la rançon sans en avertir les autorités. Paradoxalement, les citoyens des États-Unis y seraient moins vulnérables, selon certains. Les efforts policiers consentis par le gouvernement américain pour chaque compatriote enlevé en Haïti auraient un effet dissuasif.
Trois policiers ont aussi été impliqués dans l’affaire Brandt, exposant une possible collusion.
Si la confiance des Montréalais envers leurs 4600 policiers municipaux est en chute libre depuis les frasques filmées des derniers mois, celle Haïtiens face aux 12 000 policiers nationaux reste à bâtir, tout autant que la confiance envers les juges et les avocats.
Rien pour éviter le cynisme envers le système de justice, l’un des avocats de la famille Brandt aurait même clamé sur une radio de Port-au-Prince la semaine dernière que l’accusé était innocent et que l’enlèvement était plutôt un règlement de comptes économique malhabile, jouant sur les différentes définition des mots kidnapping et enlèvement.
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