Lou Scamble

Faire du karaoké… nu. (Entre collègues.)

Récit d’un samedi soir au Café Cléopâtre.

Il y a un peu plus d’un an, j’assistais à un spectacle. J’y ai croisé l’auteur-compositeur-interprète Louis-Philippe Gingras. Intriguée par son aura de bonheur et d’épanouissement, je lui ai demandé le secret qui se cachait derrière son sourire vaguement pervers. Il m’a dit que la veille, il avait découvert la meilleure soirée qui se donne dans la métropole : le bareoke du Café Cléopâtre.

Vous avez bien compris. Bareoke. Comme dans « bare » (nu) et « karaoké ».

C’est les yeux tout écarquillés et les papillons au ventre que je l’ai écouté me décrire cet événement underground mensuel qui réunit jeunes et vieux de toutes allégeances et préférences, de tous genres et acabits, au deuxième étage d’un bar de danseuses. L’objectif ? Faire du karaoké… en ayant l’option de se déshabiller.

Mais, est-ce que c’est cochon, Louis-Philippe ? « Oh, c’est surtout un party. Tout le monde fait ce qu’il veut. C’est la liberté. »

La liberté, j’adore ça. J’ai donc immédiatement aimé la page Facebook de la soirée. Ce que j’y ai lu m’a ravie : « Afin d’assurer le succès de cet évènement, il est important pour nous de maintenir un espace confortable et sécuritaire où le consentement est toujours sexy! Nous sommes heureux de pouvoir accueillir des gens de tous âges ainsi que d’origines, de types corporels, d’identités de genre et de sexualités diverses. Certains n’enlèveront que leurs chaussettes, d’autres se pavaneront en sous-vêtements et quelques-uns se dénuderont en entier! Ce qui est absolument merveilleux, c’est que tout le monde s’encouragent et se respectent [sic] mutuellement sans aucune intervention de notre part. ».

J’ai ensuite poursuivi ma petite vie de femme qui ne flashe pas ses seins en chantant du Oasis. Jusqu’à cette soirée de décembre qui a pris un virage inattendu. En une ride de taxi, je passais d’un appartement au Café Cléopâtre. Et qui est-ce que je n’apercevais pas, en poussant la porte ?

Ben oui.

Louis-Philippe Gingras. Auteur-compositeur-interprète et, accessoirement, mon collègue auteur chez URBANIA.

Quelques verres, beaucoup de fun et un « Es-tu game? » plus tard, on montait sur scène.

La soirée en détails

Quand on est sortis de là, à 3h du matin, on s’est demandé comment faire pour transmettre la beauté de l’événement au plus grand nombre possible. Louis-Philippe et moi, on s’est dit que l’idéal serait de correspondre au sujet de la soirée, question de comparer notre vision. Voici donc, pour les voyeurs et/ou ceux qui se demandent si le karaoké nu est fait pour eux…

Rose — Il y a un an, tu m’as parlé du Bareoke. Douze mois plus tard, par le plus grand des hasards, je m’y retrouve et t’y croises. Coudonc, es-tu toujours rendu là?

Louis — Pentoute! Mais je ne serais pas gêné deux secondes de dire oui. En fait, depuis trois ans, c’est devenu une tradition de fêter mon anniversaire au deuxième étage du Café Cléopâtre. Début décembre, donc, j’invite des proches et des amis — juste du monde willing — à venir chanter, nus ou pas. Mon frère est déjà venu!

Au-delà du party, je trouve que ça tisse des liens avec des gens que j’aime. « Tu m’as déjà vu en bobettes sur un stage, je peux rien te cacher ». Ou encore : « Je t’ai vu chanter Pour Some Sugar On Me les boules à l’air, notre amitié est plus forte que la croûte terrestre! »

Rose — Je vois ! Mais concrètement, qu’est-ce qui t’attire vers cet évènement?

Louis — Le thrill de savoir que, contrairement à bien des karaokés standards, si tu mets une toune, elle va jouer ! Je chante toujours Great Balls Of Fire pour me réchauffer les cordes vocales et les balls. Après, ben ce sont des défis… Pis je pense que c’est ça qui me fait tripper.

Dis-moi « t’es pas game de faire X chose », pis les chances sont bonnes que tu me vois en train de faire la dite chose dans la seconde qui suit. Sauf si c’est dégueu ou immoral. Pis chanter tout nu, dans un endroit qui détient un permis de nudité [on rappelle que c’est un bar de danseuses], c’est ni un ni l’autre. Je ferais pas ça au Belle Province, mettons.

Maintenant, pour le bien de nos lecteurs, peux-tu nous révéler quelle chanson tu as chanté ?

Rose — Très honnêtement, au début, je n’avais pas du tout l’intention de chanter. J’étais tellement heureuse d’encourager les participant.e.s ! Je pense que j’étais la plus grande fan de tout le monde.

Je ne me rappelle pas la dernière fois où j’ai eu un tel sourire permanent étampé au visage. C’est étrange à écrire, mais je pense que j’étais fière de tout le monde qui montait sur scène. Fière d’inconnu-e-s…

Puis là, il y a eu le défi. Et honnêtement, je me sentais tellement en sécurité que j’ai dit oui. (Faut dire que les photos sont interdites, à moins que les participant.e.s stipulent le contraire, au micro.)

Bref, quand je suis montée sur scène, c’est Don’t look back in anger, d’Oasis, qui a retenti. Ce n’était pas mon choix, mais c’est un de mes bands préférés, donc j’étais contente. La prochaine fois, j’opterai possiblement pour du rock féministe. Ou du grunge. Quelque chose d’un peu violent, pour que je puisse kicker le décor comme l’a fait le maître de soirée lors de son incroyable interprétation de Torn.

Au final, j’ai eu beaucoup de plaisir. Ce n’était pas gênant. En fait, c’était très drôle. Je choisissais ce que je faisais, il n’y avait pas de pression. L’absence de limite avait un petit quelque chose d’enivrant. J’ai déjà hâte d’y retourner !

Toi, comment t’es-tu senti la première fois que tu es monté sur scène?

Louis — Intimidé un peu, c’est sûr, mais avec le métier que j’exerce, je suis habitué de déconner sur un stage. Pis comme il y a pas mal d’éclairage multicolore, on ne voit pas trop les gens, faque j’étais comme dans une bulle à part du monde. J’entendais juste ma gang de filles dans le fond qui hurlait en contre-ut à chaque nouveau morceau de linge que j’enlevais.

Voilà, je me suis senti dans une bulle, en bobettes.

Rose — Quel genre de personnes as-tu rencontrées pendant tes Bareoke ?

Louis — J’ai honnêtement pas fait beaucoup de PR dans ces soirées-là. Je reste pas mal avec ma gang, comme tout le monde dans le fond. Sauf qu’en observant la crowd, je peux dire que la faune est assez diversifiée : des jeunes willing qui fêtent quelque chose, des gais, des straights, des whatevers, la rédactrice en chef d’URBANIA, des scéneux de tous âges qui monteront jamais sur le stage et des messieurs qui vont là dans un but très évident d’exhibitionnisme.

Et pour cette dernière catégorie, je trouve ça le fun qu’un événement de la sorte existe. Arrête de te montrer le zouiz dans des abribus, man… Viens le faire dans notre bar. Et tout le monde s’amuse!

Bref, on peut s’attendre à voir ben du monde. Par exemple, dans mes faits vécus : une belle fille ou un beau gars qui chante des bonnes tounes sur des tracks cheap en montrant leur corps, des personnes trans, des drag queens, une femme enceinte, une demande en mariage. Pis moi. Pour toutes ces raisons.

Mettons que t’étais une chercheuse en sociologie, qu’analyserais-tu des événements Bareoké?

Rose — C’est drôle, parce qu’il y a des phrases liées à l’importance du consentement écrites à la craie sur les murs entourant la scène. On nous rappelle gentiment de respecter les désirs et limites d’autrui. Pourtant, je me suis rarement trouvée dans un espace où les humains étaient si entièrement respectés et célébrés. Les tout-habillés comme les tout-nus.

Il n’y avait pas de hiérarchie. On n’encourageait pas moins celles qui gardaient leur chandail que celles qui montraient leur vulve, tu comprends ? On était là pour aimer.

Puis ce qui retiendrait particulièrement mon attention, c’est probablement la fierté des participant.e.s. Je me souviendrai longtemps d’un couple qui avait élaboré une chorégraphie aussi charmante que sensuelle. Dans les yeux du conjoint, il y avait une immense tendresse et une véritable fierté, du type « ma blonde est si hot ». Dans les yeux de la femme, il y avait un intense plaisir et une dose de « je n’ai même pas peur ».

C’est le genre de regard fier que je voudrais croiser – voire présenter – plus souvent.

Louis — Au final, est-ce que tu peux dire que cette soirée t’as turnée on?

Rose — Moi, Louis, la fierté, ça me turn toujours on.

Vous avez envie d’être témoins d’une telle magie, vous aussi ? Suivez cette page pour connaître la date des prochains évènements. Et profitez-en ! Avec un.e collègue ou non…

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