Journée internationale des masculinistes braillards

Ouaipe. Les antiféministes n’ont pas chômé en ce 8 mars. Ah, et puis, après tout, à quoi est-ce que je m’attendais? Plus on parle de féminisme, plus le masculinisme crie au nom de la sauvegarde de ses privilèges, au point où je me dis que le 8 mars porte mal son nom : on devrait le renommer “Journée internationale des masculinistes braillards”.

Ouan, je sais bien que c’est la journée internationale des droits des femmes, mais là, tsais, y’a des femmes qui font exprès de tomber enceinte même si le gars veut pas d’enfant pis ça, c’est très grave.

Misère de misère. Ben oui, estiche, c’est répréhensible de tomber enceinte exprès pour forcer le gars à avoir une famille. Mais combien de femmes le font-elles réellement? Combien de femmes sont-elles juste tombées enceintes par accident, par hasard, et ont décidé de garder l’enfant malgré l’avis du père potentiel? Sur le nombre de parents célibataires, combien en pourcentage sont des femmes? 50? 60? « Sur les 365 510 des familles monoparentales, on en compte 76% étant dirigées par une femme. Cela représente, au bas mot, plus de 277 780 femmes Québécoises qui se battent becs et ongles pour assurer leur propre survie ainsi que celle de leurs enfants (2011). » [source: Conseil du Statut de la Femme]  On parle de parents qui se débrouillent seuls, sans l’aide de l’autre parent.

Avoir un enfant malgré l’avis du géniteur – que ce soit planifié ou non – n’est pas une condamnation de celui-ci à la parentalité malgré sa volonté, c’est à peu près le geste le plus périlleux qu’une future mère puisse commettre. Les mères célibataires sont parmi les citoyens les plus vulnérables à la pauvreté, bien en deçà des pères célibataires, qui, malgré leur condition précaire, gagnent en moyenne plus que les femmes, toutes situations familiales confondues.

Mais là, tsais, la méchante juge féministe! Quel pourcentage de familles monoparentales est dirigé par la mère plutôt que le père simplement à cause du juge et combien d’enfants seraient mieux avec le père?

Un pourcentage infinitésimal. La méchante juge féministe qui empêche le gentil papa de voir ses enfants est un mythe masculiniste facilement démontable si on prend la peine de s’informer. Pour parvenir à ce que les deux parents assument équitablement les responsabilités parentales, la garde partagée doit être un choix fait par les deux parents, et non imposée.

Dans les faits, « une très grande majorité de dossiers (autour de 78%) ne sont qu’homologués par les juges, c’est-à-dire que dans la plupart des dossiers, les parents en arrivent à une entente avant l’ouverture de l’audience au tribunal »  Le juge n’a que le pouvoir d’entériner la décision consensuelle des deux parents. Il ne peut pas passer par-dessus l’entente pis décider d’imposée la garde partagée pareil. Ça marche juste pas comme ça.

La seule affaire qui est prise en compte, c’est le kid. C’est gravé dans nos lois. Par exemple, une femme pourrait invoquer la violence conjugale lors d’une bataille judiciaire pour la garde des enfants, mais ça ne veut pas forcément dire que le juge se baserait là-dessus pour prendre sa décision. Il arrive que cet argument soit rejeté parce que les enfants, eux, n’ont jamais subi de violences, selon l’article 16 de la Loi sur le divorce :

(8) Le tribunal ne tient compte que de l’intérêt de l’enfant à charge, défini en fonction de ses ressources, de ses besoins et, d’une façon générale, de sa situation.

(9) En rendant une ordonnance conformément au présent article, le tribunal ne tient pas compte de la conduite antérieure d’une personne, sauf si cette conduite est liée à l’aptitude de la personne à agir à titre de père ou de mère.

Pis à part de t’ça, les féministes sont violentes, elles parlent de « culture du viol » (avec guillemets), c’est un terme qui est péjoratif envers les hommes qu’elles transforment massivement en agresseurs et les femmes en victimes!

Ah, ouais, parce que le viol n’est pas péjoratif envers les victimes de viol, d’abord. Ce n’est pas violent.

Les jokes de viol partout sur Internet (go Mariloup!) ne sont pas péjoratives envers les femmes, d’abord. Ce n’est pas violent.

Les jokes de prison qui verraient leurs occupants servir de fleshlight de service pour un gros toff ne sont pas péjoratives envers les hommes victimes de viol et les hommes homosexuels, d’abord. Ce n’est pas violent.

L’humiliation qu’on fait sentir aux victimes de viol ne leur est pas péjorative, d’abord. Ce n’est pas violent.

Le slut-shaming n’est pas péjoratif. La chosification de la sexualité féminine n’est pas péjorative. La dualité vierge ou salope n’est pas péjorative. Les pratiques visant à relativiser, voire tolérer ou approuver le viol ne sont pas péjoratives. L’effacement du consentement n’est pas péjoratif. Les obstacles à la dénonciation du viol ne sont pas péjoratifs. Tout ceci n’est pas violent.

BEN OUI TSÉ.

Ben là, si vous avez une journée pour vos droits, pourquoi pas nous?

De un, vous en avez une : c’est le 19 novembre de chaque année depuis 1999 pis à peu près personne la célèbre. Pourquoi? La réponse est assez simple mais je vais me contenter d’une petite vulgarisation.

Mettons que les droits sont des plombs et qu’on décide de les mettre dans une balance. D’un côté, les hommes. De l’autre côté, les autres. J’y inclus femmes, LGBT, et tout autre genre qui ne bénéficie pas des privilèges traditionnellement masculins.

Bon. Globalement, la balance penche rudement du côté des hommes. Tu me suis, right? Mais mettons, que là, l’idée de la journée internationale des droits des femmes, c’est pour rajouter un plomb – un droit – du côté opposé, chez les femmes et les « autres », histoire de ramener la balance un brin plus près de l’équité.

Sauf que là, toi, le masculiniste qui réclame une journée pour vous autres – qui réclame une lutte égale à la nôtre pour vos droits en tant qu’hommes genrés, ce que tu nous demandes, c’est de rajouter un plomb de ton bord, aussi, pour faire égal. Sauf que ça ne fera jamais égal, et tu le sais, parce que si on garde le déséquilibre initial pis qu’on fait juste rajouter la même affaire de chaque côté, la balance va toujours pencher de ton bord. Toujours.

Et quelque chose me dit que ça ferait ben ton affaire.

L’an prochain, le 8 mars, je me débranche d’Internet, et je ne sors pas de chez moi, estiche. Des plans pour que je me facepalm à m’en fracturer le crâne.

Je milite pour la justice sociale, l’égalité et le féminisme – des synonymes à mes yeux. Ayant suivi une formation en arts visuels, je poursuis mes démarches en recherche sociologique et j’écris présentement un livre sur l’itinérance qui sera publié prochainement chez VLB.

Pour me suivre : c’est Sarah Labarre sur Facebook et @leKiwiDelamour sur Twitter.

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