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Parfois, on tente de tout planifier d’avance, mais finalement, c’est ce qui ne devait pas arriver qui est le plus fou.
On aurait voulu créer la situation que ça n’aurait pas marché. On se serait trompé de sortie, le monsieur n’aurait pas été là, la roulotte aurait brûlé la semaine dernière. Mais c’est arrivé.
Après avoir dépassé Québec et s’être dit que, finalement, si on passe jamais par la rive sud, c’est parce que c’est pas mal plate, Max et moi avions faim, et on était à la recherche d’un endroit «magique» pour casser notre première croûte de la tournée. On a décidé de prendre la 132. C’est alors qu’on est tombé sur le casse-croûte Chez Oscar.
Déjà, on le trouvait beau. En soit. Mais c’est en pénétrant chez Oscar qu’on a réalisé que la roulotte avait eu droit à une
pleine page dans le numéro d’Urbania sur le Québec. Une revue toute déchirée traînait sur le comptoir, avec une pince à la page du reportage sur la Route des guedilles, de Mélissa Verreault.
Bon, quand on a fièrement dit à Oscar qu’on était du magazine Urbania, on a eu droit à un accueil ambigu. Il avait l’air un peu fru de ne jamais avoir reçu le cliché que le photographe lui avait promis. Mais on lui a remis une belle copie pas déchirée du mag et il avait l’air content. J’ai mangé mon premier mono, un hotdog avec de la salade et des frites dedans, mais pas de saucisse.
Arrivés à Trois-Pistoles, on avait du temps à tuer. On s’est donc laissé tenter par une affiche de marché aux puces qui annonçait en fait ni plus ni moins qu’une vente de garage permanente. On y a rencontré Rita Rioux, qui tient son «marché aux puces» depuis 28 ans. C’est du sérieux : elle a son permis de la ville, et un timbre sonore retentit quand on entre dans son garage. «Au début, c’était pas gros de même, c’était juste dans mon garage», raconte Rita.
– C’est plus gros maintenant?
– Ben oui ça fait tout mon sous-sol.
En effet, le sous-sol de madame Rioux, c’est une vraie caverne d’Ali Baba. Et madame Rioux, une vraie pro. Elle a réussi à me faire acheter une paire de bas et une petite broche. Total des ventes : 11$! Des bas dont j’avais même pas besoin!
On s’était fait dire qu’il y avait une maison hantée à Trois-Pistoles, alors on a sorti nos iPhones et on a trouvé une carte aussi claire qu’une carte de chasse aux trésors dans les films. On a fait une couple de tours sur nous-mêmes pour finalement aboutir à l’endroit le plus épeurant du Québec.
On s’est pris pour Tom et Julie, et on a décidé de pénétrer dans la maison, même si c’est clair que notre démarche n’aurait pas été approuvée par la CSST. On a grimpé. Au début, on avait vraiment peur. Pas des fantômes, mais du plancher tout gondolé et menaçant de céder à tout moment. Moi, j’ouvrais les portes avec mes pieds en craignant de tomber sur a) un vieux robineux b) un cadavre pendu depuis plusieurs semaines c) quelque chose qui fait encore plus peur.
Max a pris des centaines de photos. La lumière était parfaite. Le lieu, délabré, était magnifique. Les murs déformés, la tapisserie déchirée, les excréments sur le sol et les vieux souliers abandonnés. Puis, juste au moment où on commençait presque à se sentir à l’aise, Max a remarqué qu’une voiture était stationnée derrière la nôtre, et attendait.
C’était le propriétaire, Adrien Beaulieu. Et il était fru. Fallait voir son visage quand on lui a dit : «C’est pas la maison hantée de Trois-Pistoles ici?»
– Hantée?! Qui vous a dit que c’était une maison hantée?
– Ben, le tourisme de Trois-Pistoles…
Je lui ai montré la carte, sur mon iPhone. Je lui ai expliqué que c’était un quiproquo, que la carte était mal foutue, qu’on
ne voulait pas dire que sa maison était «hantée». Il nous a alors raconté toute l’histoire. Une histoire de terrain familial, puis de maison abandonnée, de «bien-être-sociaux qui fumaient pis qui rentraient des caisses de 24 pis qui payaient pas le loyer».
Max a tout filmé.
***
Finalement, on a trouvé la vraie maison hantée de Trois-Pistoles, puis on s’est rappelé pourquoi on avait décidé de ne pas tourner une capsule là. C’était vraiment rien que des gros murs de briques. La maison qui «fut jadis un poste de transfert de pilotes où les marins organisaient assez souvent des beuveries», selon le site déficient en cartographie, c’était mignon à côté de la maison d’Adrien.