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Personnellement, j’ai jamais vu un amateur de plein air de mauvaise humeur. J’aimerais beaucoup, beaucoup, être une de ces personnes. Mais la dernière fois que je me suis prise pour une fille de plein air, je me suis retrouvée à faire du splitboard dans les Chic Chocs, une activité beaucoup trop extrême pour moi.
Hier, on a grimpé le Mont St-Pierre avec le maire de la ville, un passionné de deltaplane. Je ne pensais jamais être impressionnée par la falaise. Me semble que, des montagnes, j’en ai vues. Mais quand les gars ont voulu me faire regarder le vide du haut de la piste d’où les gens courent se jeter en bas, j’ai juste crié.
Un couple d’amoureux était là. Des fous de parapente dont le rituel de départ consiste à se donner des bisous avant de le faire. La fille a sauté, sans problème. Puis le gars. À moins une, il a jugé que sa voile n’était pas assez gonflée et, à moins le quart, il a avorté son saut. Il aurait pu juste tomber en bas. «C’est pas grave, on recommence!»
Moi ça m’aurait pris dix thérapies m’en remettre.
Le jeune stagiaire du maire était là. Souriant. Pétant de santé. Enthousiaste. Prêt. Il n’a pas encore volé, mais on le voit brûler d’envie de le faire. Pour l’instant, il apprend, il regarde, juste content de passer l’été à Mont St-Pierre avec le maire deltaplanesque.
Un jeune atteint du cancer attendait sagement de pouvoir exécuter son premier saut à vie. Il était venu de Montréal. Allait-il pouvoir réaliser son rêve? La météo hésitait, mais il continuait de sourire.
Sur la promenade au bord de la plage, des hippies buvaient des Pabst sur les tables en forme de deltaplane en mijotant des plans de jeu médiéval grandeur nature à l’année longue, dans les terres, avec des chevaux, des vrais, pas ceux que tu loues.
Il y avait un optimisme débordant dans cette baie du plein air. Alors que nos plans de tournage foiraient (le deltaplane du maire qui fait du deltaplane était cassé, les nuages brouillaient la montagne, moi j’avais pas d’internet), les gens continuaient à respirer l’air frais.
On n’a jamais pu savoir si le jeune cancéreux a pu voler. On devait quitter pour Murdochville, où, paraît-il, ça fête fort au bar les jeudis de 6 @ 7.
Tsé, Murdochville, la ville «fantôme»? En passant, c’est chien dire ça pour les habitants qui y sont toujours. «On est encore là, on n’est pas morts!» À Murdochville, il y a un CLSC, un bureau de la SAAQ, une école qui va jusqu’au secondaire avec des classes pas surpeuplées, il y a même une société de Tai Chi taoïste.
Ce n’est plus l’âge d’or des années 60, mais c’est pas mort.
On a passé la soirée au bar l’Équinox avec Évelyne, la barmaid, Rick, un anglais qui a grandi à Murdoch et qui «passait par là parce que c’était sur son chemin», Lita, qui a rencontré l’amour à Murdoch il y a une trentaine d’années, Laurent, un ingénieur en environnement qui nettoie la mine, et une poignée de retraités de Noranda, fiers et heureux.
On n’a pas trouvé de fantômes à Murdochville. Juste beaucoup de souvenirs.
Là aussi, même si on n’était pas en plein air, tout le monde était ben content.
(Note aux recherchistes de La petite séduction: «bon spot»).