Je t’aime peut-être

Bon, je t’avertis d’avance : j’ai écrit ce texte un dimanche pluvieux. Je portais mes pantoufles en phentex et buvais des lattés à répétition. Je feelais très « introspection-je-me-pose-des-questions-comme-un-ado-qui-écoute-trop-de-City-and-Colour ». Tu auras été averti…

Ça fait 4 ans que je n’ai pas dit « je t’aime » à une fille autre que ma mère ou mes soeurs.

J’ai de la misère à en parler parce que plusieurs personnes m’ont déjà répondu : « Ouais, mais Jay, tu peux pas chialer, tu pourrais être en couple quand tu veux. » Je ne comprends pas les gens qui disent ça. Je ne sais pas c’est quoi un couple pour toi, mais pour moi, ce n’est pas quelqu’un qui choisit quelqu’un d’autre pis that’s it. L’amour, ce n’est pas Pokémon Go.

Quelle folie dire « je t’aime » à quelqu’un. Ce sont des mots qui ne veulent absolument rien dire si tu ne le ressens pas. C’est comme un patronus, tu dois fondamentalement y croire pour que ça fonctionne. (Je vais te le répéter dans chaque texte jusqu’à ce que tu le fasses : lis Harry Potter.)

J’ai peur de l’engagement. Pas peur, maison hantée ou Marilyn Manson quand j’étais jeune, peur. Peur, je suis extrêmement indépendant et ma mère est inquiète que je devienne un vieux garçon.

Quand je suis bien avec quelqu’un, je me dis : « Ok nice. Je pense que je l’ai. On va être bien comme ça le reste de notre vie. On va souper dans le salon le dimanche en écoutant « Tout le monde en parle » avec un chien qui a un nom vintage/hip comme Gaétan ou Monique, et on va être heureux. »

La personne sort de mon appartement et là je suis comme…fuck. On est bien aussi tout seul. Il faudrait que je sois toujours avec elle et que jamais je ne croise Emma Watson.

Je tombe en amour aux 15 minutes. Pour vrai. Mettons que j’écris dans un café parce que je suis un artiste unique.

Une fille est assise seule, à ma gauche et elle est jolie. Dans ma tête, je suis certain qu’elle est gentille, qu’elle écoute de la bonne musique et que sa mère est nice. Je suis certain qu’elle ferait une bonne mère elle-même.

J’ai envie de lui parler, mais je ne sais pas avec quoi commencer la discussion sans avoir l’air d’un gros dégueu qui fait : « Salut, veux tu être la mère de mes enfants? »

Je la regarde souvent. Trop. Ok, je ne la regarde plus. Pas assez. Je lâche mon ordinateur pour écrire à la main parce qu’elle fait ça et je la trouve cool.

Je souhaite qu’elle échappe son crayon par terre pour que je le ramasse et lui dise : « Hey, t’as échappé ton crayon, le voici mademoiselle, je t’aime. » Qu’elle me réponde : « Moi aussi! » Notre enfant aurait un oeil vert et un bleu.

Finalement, elle quitte sans même remarquer ma présence. Je demande son nom au gars du café, et la cherche sur Facebook, Instagram et même LinkedIn (tous en chœur : « Comme un creep ! ») pour finalement me rendre compte qu’elle n’est pas du tout comme je l’imaginais. Elle n’a pas pleuré à la fin de Toy Story 3 et aime les libdubs. Bref, je sais qu’on ne serait même pas amis.

Bienvenue en 2016. La technologie a tout bousillé. (Je voulais dire « les osties de messages textes ont tout chié ! », mais je trouvais que ça passait moins bien. Comprends mon mécontentement.)

Mon ami me parle de sa blonde : « Elle a commencé à moins me texter, je pense qu’il y a quelque chose… » Mon grand père ne s’est jamais dit : « Oh, elle m’envoie moins de lettre, ça ne doit pas aller. » Mon père ne s’est jamais dit : « Elle me faxe moins, je pense qu’il y a quelque chose. » Non! Ils vivaient. Ils s’appelaient. Ils se voyaient. Ils se parlaient. Ils se mariaient. Et avaient des chiens qui s’appellent Gaétan ou Monique. Je veux vraiment un chien.

Avant, si tu voulais dire à quelqu’un qu’il ou elle te plaît, il fallait que tu lui parles. J’ai déjà avoué mon amour à une fille en secondaire 3. Elle ne savait même pas que j’existais. Le cliché. J’étais Rachael Leigh Cook avec lunettes, elle était Freddie Prince Junior. (Référence à Elle a tout pour elle ici. Je suis né en 1991 et j’ai deux sœurs. J’ai découvert les films masculins l’année passée.)

Ça a été un moment horrible, mais le Jay de 25 ans admire celui de 15 parce que lui était game de se mettre à nu et avouer qu’il était amoureux de quelqu’un sans attendre le retour du balancier.

Marc Levy dit : « Aimer ce n’est pas renoncer à sa liberté, c’est lui donner un sens. » City and Colour, lui dit : « We’re all just waiting to die. » Donc, il y a de l’espoir groupe.

Pour lire un autre article de Jay du Temple : « Pour que tu m’aimes encore ».

Fils de Nicole et Yvan, humoriste barbu et toqué. Je suis intolérant au homard, je fais de l'eczéma et je ne sais jamais quoi écrire dans mes bios.

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