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Je suis une corrompue dégueulasse

Chroniques d'un (pas si vieux) « camper van ».

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Au pays des pick ups et de l’essence quasi gratuite, on avait des ben beaux principes : « c’est pas vrai qu’on va se faire embarquer dans la corruption au Mexique. Non madame ! » En chemin vers la frontière, j’avais lu et questionné les pages Facebook des groupes de voyageurs sur les routes mexicaines à m’en griller les rétines sur mon cellulaire. Dans les commentaires, une mise en garde «poppait» plus souvent que les autres : certains policiers sont capables de déployer beaucoup (beaucoup) d’ingéniosité pour extirper quelques dollars, pesos, dineros, name it

J’étais donc prête à toute éventualité, just watch me !

Arrivée aux douanes de McAllen Texas, on est frais et confiants, le sourire dans face.

Vous êtes ici *&#?$

1re étape : la fouille du véhicule. Il est 8h00 un dimanche matin, on est les seuls, ils sont 6 à nous attendre. Deux douaniers viennent vers moi, me demandent où on va, un entre dans le truck 4 secondes, n’ouvre aucune porte, nous souhaite bon voyage. Pendant ce temps, Antoine est dehors avec deux autres douaniers. Ils lui demandent de débarrer le cadenas du coffre arrière. Ils ouvrent le couvercle d’un centimètre, le referment. Tout est sous contrôle. Bon voyage.

2e étape : à l’intérieur, il faut présenter nos passeports, remplir les cartes touristiques qu’on nous remet, sortir du bâtiment et aller faire des photocopies dans un autre bâtiment. Le préposé aux photocopies s’extirpe de devant la télé en nous voyant arriver, fait les photocopies et nous demande 2$ US pour le tout.

3e étape : on retourne à l’intérieur et on doit passer à la banque pour payer nos cartes touristiques (37 $ CA chacune) et payer le permis d’importation temporaire du véhicule (210 $ US). C’est là que ça se complique.

«ES UN VEHICULO!»

La banquière ne sait pas comment enregistrer le truck, donc combien nous charger pour le permis temporaire. Mon enregistrement dit que c’est un Dodge Ram, alors dans sa tête, on a un pick-up. Oui, l’enregistrement dit aussi qu’on a un « hambo » pour « habitation mobile », mais ça, ça compte pas.

4e à 1000e étape : la banquière ne sait pas comment enregistrer le truck, donc combien nous charger pour le permis temporaire. Mon enregistrement dit que c’est un Dodge Ram, alors dans sa tête, on a un pick-up. Oui, l’enregistrement dit aussi qu’on a un « hambo » pour « habitation mobile », mais ça, ça compte pas. Elle demande à une douanière, coiffée d’un petit chapeau de douanière, d’aller vérifier. Celle-ci vient vérifier avec nous, regarde les specs du truck et le poids. Le poids est plus élevé que celui d’un pick up (non ??? Pour vrai ?? Heille, je me demande ben pourquoi, peut-être parce que C’EST PAS UN PICK UP ?). Surprise, elle constate qu’on a une « casa rondante » (une maison roulante), donc ce n’est pas un pick up. Bravo championne. Mais les papiers d’enregistrement disent que c’est un Dodge Ram, donc pick up, donc un véhicule, pas une maison roulante « es un vehiculo, no casa rondante ».

Je ressors prendre des photos, cette fois avec un douanier qui m’attend à l’extérieur. Il envoie ça sur le cellulaire de la banquière pour l’aider à se décider de quel permis elle doit nous faire. Mais elle n’est pas sûre, la pauvre banquière. Elle redemande des photos, mais à la 1re douanière.

Re re ressors pour prendre des photos de l’intérieur du truck. « Il y a un lit ? » Oui. « Une cuisinière » oui. « Une toilette ? » oui. « Es une casa rondante, no  pick up ». Je vais virer folle, j’ai des envies de violence. MADAME, JE LE SAIS QUE C’EST UNE CASA RONDANTE, C’EST MOI LA PROPRIÉTAIRE. Mais je garde le sourire et je négocie dans mon approximatif espagnol. Je mâche ma gomme sur un moyen temps. Des km sur cette pauvre Excel pu fraîche fraîche.

Re re re rentre dans le bâtiment. Tout le monde se texte entre eux. Tout le monde a l’air désemparé. Tout le monde est en train de nous traiter de pauvres caves, mais ça, on le réalise bien plus tard, évidemment.

Étape 1001 : la douanière au petit casque me remontre mon papier d’enregistrement en m’apprenant une grande nouvelle : je n’ai pas un pick up, j’ai une casa rondante. Mais mon enregistrement dit que j’ai un pick up. Ça fait 2h30 que je souris. J’ai mal aux joues à force de lui dire que mon enregistrement est parfait. Que j’ai passé aux USA et partout au Canada. Que mon papier DIT LA VÉRITÉ. Bref, elle nous refuse l’accès.

Étape 1002 : on est à boutte, on est tannés, il fait froid. Je regarde Antoine qui ne comprend pas la discussion et je lui dis : « elle nous refuse l’entrée ». Les jambes nous lâchent, on regarde notre beau rêve des six prochains mois prendre ses jambes à son cou pour aller s’auto-flusher dans la toilette de ma « casa rondante ».

Étape 1003 : il n’y a aucune solution? que je demande à la maudite douanière. 

Étape 1004 : elle retexte. Fait un appel, prend des notes, repart. Revient.

Étape 1005 : elle et son petit ?*&%$ de casque laitte ont parlé à son boss et il y aurait une solution. Mais pour ça, il faut aller dans un petit bureau, à l’abri des regards.

Étape 1006 : criss. Je suis en train de comprendre. Ça fait 3 heures qu’ils nous niaisent. Elle nous demande 200$ US pour rentrer au Mexique. On n’a pas les 200$. On a « juste » 75$ US. Tout d’un coup, tout devient possible. Elle arrive même à trouver un sourire et quelques mots d’anglais. MAGIE.

Étape 1007 : cette sale douanière nous fait une permission spéciale. Tout à coup, la banquière sait combien nous charger. POUF. C’est si facile la magie.

Étape 1008 : on rentre dans le pays en enfilant tous les sacres les uns après les autres.

Coucher de soleil corrompu.

Faque c’est ça. Je suis une corrompue de la première espèce. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Ils avaient mon passeport en main (ben oui, je suis comme ça moi, quand on me demande mon passeport, aux douanes, je le donne) et assurément le pouvoir de ne pas me laisser entrer dans leur pays. Pis on est tannés du froid et de la pluie. Pis on veut pas rester au pays du monsieur à la face couleur Cheetos plus longtemps On peux-tu vivre et aller à la plage ? On peux-tu mettre nos camisoles ? Please please please, super please ?

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