Je (ne) quitte (pas) Instagram

C’est partout aujourd’hui : une mannequin de 18 ans quitte le réseau social Instagram, le taxant de “superficiel, addictif et irréel”.

La nouvelle a été reprise par les Huffington Posts de ce monde. À croire que certaines personnes ne se doutent toujours pas, en 2015, que les blogueurs sont payés pour faire la promotion de produits et de marques.

Dans l’épisode d’America’s Next Top Model de la semaine dernière (oui, j’ai le vice de la téléréalité en plus d’avoir le vice des réseaux sociaux, personne affreuse que je suis), Tyra Banks lançait un défi à ses 6 finalistes. Ces derniers devaient prendre une photo dans un environnement sens dessus dessous, alors que leur visage devait rester calme.

Le tout pour soi-disant illustrer la frénésie des médias sociaux de ne vouloir montrer que la surface bien polie de choses. Une petite photo du visage du ou de la participant(e) s’affichait à l’écran, et on zoomait ensuite pour nous montrer le chaos entourant le ou la mannequin.

Ce qui n’est pas sans rappeler cette célèbre image.

Ouf. Pardonnez-moi.

J’avais déjà déclaré mon amour infini pour Instagram, alors je crois être la personne toute désignée pour vous parler des dessous de ma vie pas-si-glam de ‘grammeuse aux 840 followers.

Je me lève le matin et je pense déjà à ce que je vais Instagrammer aujourd’hui. Oui, j’essaye de m’en tenir à une image par jour, tous les jours. J’ai ce feeling weird que ce serait un manque à l’étiquette de poster plus qu’une fois par jour, sauf pour exceptions. Par exemple, si je rencontrais Mitsou et que j’avais déjà mis en ligne ma photo du jour (une plante verte dans un coin de mur blanc ensoleillé) EH BIEN croyez-moi que je mettrais mon selfie avec Mitsou en ligne sans hésitation. Quand même.

Il faut savoir reconnaître une opportunité lorsqu’elle se présente à nous.

Donc, je me lève et je pense à ce que je pourrais photographier aujourd’hui. Un #flatlay de mon déjeuner? Nah, je ne post pas de photos de bouffe. Un #flatlay de tous les produits de beauté roses que contient ma sacoche? C’est déjà mieux. Je mets en scène les objets sur un fond blanc que je blanchirai encore plus tantôt à l’aide de mon application préférée, VSCOcam, afin de pouvoir me gréer du hashtag #pale.

Une fois la photo mise en ligne, le calvaire commence. Sueurs froides, tremblement de paupière, taponnage du bouton “refresh”. Je reçois ma validation en forme de cœur pendant que les likes montent. Fiou, un autre succès.

Dès que les likes commencent à s’espacer tel l’éclatement des derniers grains du sac de popcorn au micro-ondes, je sens la nostalgie m’envahir. Je rêve d’une vie où les likes seraient constants, où je pourrais regarder les chiffres monter à longueur de journée.

Mon rêve sera peut-être un jour réalité. Quand je rencontre des nouvelles personnes, je leur parle de mon compte Instagram. #Objectif1000Followers. Je me sentirai toujours vide, tant que je n’aurai pas atteint le chiffre magique. Ce chiffre, il sera toujours trop loin. Je travaille fort pour acquérir le plus de followers possibles.

J’efface toutes les photos qui ont en bas de 100 likes : symbole de mon échec cuisant, je ne pourrais pas supporter de les regarder en face. Je me dois de garder un feed exempt de faux pas. Je vous imagine me regarder, me juger. Look at you, looking at me, comme une Lana Del Rey dégonflée.

La voyeuse dans l’objectif de la caméra, c’est moi.

Un jour, si une compagnie devait m’offrir de faire la promotion de ses produits, je serais plus qu’enchantée. À la lumière de ma salle de bain, je tâcherais de montrer mon meilleur angle, mon profil qui me donne le plus l’air d’être Angelina Jolie. Comme je l’ai mentionné, je suis fan d’ANTM, je sais donc comment ça marche, le monde de la mode. Je sais comment mettre les produits en valeur, parole de Tyra.

C’est partout aujourd’hui : une mannequin de 18 ans quitte le réseau social Instagram, le taxant de “superficiel, addictif et irréel”.

Moi, je suis toujours dans ma chambre rose et je regarde les likes monter sur ma plus récente photo. Dans 3 likes, je passerai le cap du 100, je pourrai ainsi garder la photo. Je connaitrai enfin le bonheur, le vrai.

i’m an important person who wants to show you the content of her purse

Une photo publiée par ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀marie (@mariemagiemagiemagie) le 3 Nov. 2015 à 7h22 PST

#Objectif1000Followers

Pour lire un autre texte sur Instagram: Lâche Instagram quand t’es en train de souper d’Olivier Morneau. 

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