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Je n’ai pas encore vu Moonrise Kingdom

Contrairement à tout le monde, mais surtout à toute attente.

21 juin 2012
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J’avais pourtant marqué le 15 juin solennellement à mon agenda, date sacrée à laquelle le dernier opus de mon maître, Wes Anderson, sortirait en salle au Québec.

Je n’ai pas encore vu Moonrise Kingdom, même si j’en ai regardé la bande-annonce 50 fois. Même si je gosse mon chat depuis 3 mois quand je le pointe en lui demandant : What kind of bird are you ? Même si je fredonne Le temps de l’amour de Françoise Hardy en vélo, dans ma douche, tout le temps.

J’avais toutes les raisons d’y courir, mais étrangement, l’urgence s’est estompée. Est-ce la pléthore de photos de billets de cinéma à l’effigie du film sur Instagram qui m’a refroidie ? Est-ce parce que mon amie, m’en faisant la critique, a conclu en me disant que c’était somme toute « un très, très bon Disney » ?

Je me dis que c’est sûrement l’instinct de survie qui m’enjoint de me le garder pour plus tard, quand le fléau la grande sécheresse estivale touchera les cinémas, afin que je puisse me rabattre sur autre chose qu’une comédie romantique où Cameron Diaz fait le pitre.

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C’est peut-être la chaleur accablante dont on parlera jusqu’à plus soif pour les prochains mois, c’est peut-être ma petite procrastination Moonrise Kingdomienne, c’est peut-être la nostalgie de la fin des classes qui m’envahit chaque mois de juin, mais j’ai des envies de ciné-parc. Je serais curieuse d’aller vérifier s’ils portent de façon perceptible les signes du temps écoulé… Ils viennent me chercher dans ce que j’ai de plus romantique, me ramènent aux films de mon enfance, aux grimaces impayables de Rick Moranis.

La décision d’y aller se prenait toujours un peu spontanément, un peu sur le ton de la blague. Le ciné-parc, c’est avant tout le souvenir du chum m’y conduisant, bien fier et bien endetté au volant de son beau char monté. C’est le coup de l’ami caché dans le coffre arrière. C’est l’immense terrain vague, probablement plus petit en réalité que ce que me renvoie ma mémoire. C’est les bagages dignes de vacances dans le Maine, ce sont les chaises pliantes, les couvertures, la bière tiède dans les gourdes. C’est les frais chier avec leur station wagon à l’envers, les pieds dans le vide, la suspension accusant par des petits bondissements chacun de leur éclat de rire. C’est le film qui se déroule coûte que coûte malgré les conversations, le potinage, et nos propres confidences qui ponctuent doucement les dialogues. C’est le tata qui prend une photo avec un flash.

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Et c’est la nourriture, la profusion de snacks qui se prennent vraiment au sérieux: onion ring, pizza, pogo, poulet frit côtoient le proverbial pop corn. Si on sait que le modèle d’affaires de tout bon cinéma est tributaire de la quantité de nourriture ingérée par ses clients, on dirait qu’au ciné-parc, les friandises prennent des allures de trip de bouffe d’adolescents.

On arrivait au début du fameux programme-double de blockbusters (doublés en français, évidemment) comme on arrive aujourd’hui à un mariage à l’Église : on sait qu’on en a pour longtemps, et qu’on en retiendra surtout ce qui se passe autour, et non pas devant nous. Et immanquablement, on s’endormait devant le deuxième film, le meilleur des deux. Le gros film qui héritait des meilleures conditions de projection, optimisées par la nuit complètement tombée.

J’essayais tant bien que mal de repousser notre arrivée mais je pliais à l’argument de pogner les meilleures places. Quand on a un chum avec un Acura montée, on ne questionne pas. On se dit qu’à l’instar de ses mags, il ne peut avoir que des idées d’excellentes qualités. Mais ne vous méprenez pas, la vie m’a mené ailleurs : si j’ai désavoué l’importance d’un moteur d’au moins 180 chevaux, je garde quand même de bons souvenirs de faire Québec-Montréal en une heure et quart. Depuis, je ne vais plus tant au ciné-parc, j’ai pus de char, mais je me fais voler mes vélos. À chacun sa damnation.

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Et pour Moonrise Kingdom, ça attendra: il paraît qu’Hommes en Noir 3 en vaut vraiment le détour.

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