Jamais sans ma porn !

Gros plans - et va-et-vient - sur la censure pornographique et ce qui se cache derrière ses poils.

Citoyens, il est temps de confectionner de nouvelles pancartes et de composer d’autres chants rassembleurs. Humez-vous cet arôme de draps qui sentent la fin de soirée coquine et/ou la grasse matinée bien méritée? Ouvrez les fenêtres. Entendez-vous le tintamarre des hanches qui s’entrechoquent? La rumeur des soupirs? Ô peuple! Le Printemps pubien (TM) cogne à nos portes et nous invite à reprendre la rue… plus vite et, surtout, plus fort.

Plus sérieusement, le projet du Premier ministre britannique David Cameron de «bloquer» la pornographie sur Internet soulève passions et questions, autant à l’internationale que chez nous.

Tout d’abord, les fleurs :

L’objectif de protéger la jeunesse britannique des affres du Web est noble et a également le bénéfice de remettre la lutte contre la pornographie pédophile sous les projecteurs par le fait même. Mieux encore, la démarche de Cameron a rappelé au public qu’un dialogue est bel et bien en cours entre le gouvernement britannique et les bonzes du Web. Pas plus tard que le mois dernier, la ministre de la Culture Maria Miller a tenu un sommet à ce sujet. Le géant Google a non seulement annoncé qu’il investira plus de 4 M$ dans cette guerre, mais qu’il perfectionnera le «marquage» de fichiers du genre afin de les éliminer plus facilement tout en retraçant leurs auteurs.

Puis les pots :

L’idée est noble, certes, mais foutrement mal appliquée!

L’auteur et journaliste Cory Doctorow rapporte qu’en plus de bloquer du matériel pornographique – illicite ou pas -, d’autres termes sont implantés dans le programme envisagé par Cameron, dont «alcohol», «terrorist», «smoking», «web forums» et j’en passe. Une information également confirmée par plusieurs fournisseurs Internet de Sa Majesté.

Déjà là, on constate que la marge d’erreur est aussi large qu’un tarmac.

L’exemple est un peu gros, certes, mais quand même : comment cet algorithme différenciera-t-il les pages web abordant, par exemple, l’actualité entourant les actes terroristes ou extrémistes (comme la «boucherie» du 22 mai) et les sites qui encouragent ces débordements? Bien sûr, ce pare-feu imposé viendra avec son lot d’options qu’on pourra activer ou non, mais on s’entend que si personne ne lit vraiment les avis légaux lorsqu’on installe un nouveau logiciel, la majorité des internautes ne se prendront pas la tête et choisiront la configuration «classique» qui, par le fait même, censurera du contenu jugé «néfaste» sans vraiment l’être.

De plus, c’est plate à dire, mais la guerre de Cameron est vouée à l’échec.

Samedi dernier, le Guardian rapportait que le politicien voulait également que les moteurs de recherche bloquent les résultats provenant de termes liés à la pédophilie, notamment. «I have a very clear message for Google, Bing, Yahoo! and the rest», a-t-il lancé aux médias britanniques. «You have a duty to act on this and it is a moral duty.» Un ultimatum qui démontre bien toute la méconnaissance de la Toile de Cameron.

Primo, personne n’utilise Bing!

Secundo, le Web est une bête imprévisible (plutôt cette année, on s’est emballé quelques secondes pour les Harlem Shake. Comment expliquez-vous ça!?). L’Internet est, en fait, un caméléon.

Censurer ces «mots clés» fera seulement en sorte que les pourritures bandant sur ce genre d’imagerie opteront pour un vernaculaire plus élaboré ou des subterfuges plus voilés qui leur permettront d’échanger ou, pire encore, produire leur matériel dans l’anonymat pendant quelque temps… ce qu’ils font déjà, malheureusement à en croire le peu d’avancées dans cette lutte.

D’où le fait que de plus en plus de critiques répliquent et accusent, notamment, Cameron de se monter un certain capital avec une campagne chevaleresque, bien sûr, mais qu’on devine également vaine.

Comme la chroniqueuse Lucy Mangan l’a glissé dans un billet mordant : le type est Premier ministre d’un pays et plutôt que de recruter une équipe d’experts du côté (très) sombre du Web, il invite des moteurs de recherche à bloquer des mots! Et moi d’ajouter : nous niaisez-vous, M. Cameron? Pensez-vous vraiment que ce trafic se combat sur Google ou, pire encore, Bing!?

Comme si ce n’était pas assez, non seulement le coup de massue que Cameron veut balancer manquera essentiellement sa cible, mais celui-ci sera dévastateur pour plusieurs. Comme le rapporte un éditorial du Guardian, bon nombre de Britanniques – et, par extension, de personnes à travers le monde – ne s’entendent pas sur ce qui devrait être qualifié de «pornographique». «What’s pornography? The days since Mr Cameron launched his crusade at the NSPCC have seen it include Page 3, Straw Dogs and the “adult” channels of Sky», y note-t-on. Plus près de chez nous, une séance photo «burlesque» qui s’est tenue à Sorel-Tracy a également été associée à la pornographie plus tôt cette année.

Plus que jamais, la pornographie a un sens large (et protubérant, et veineux) alors qu’elle pénètre (OK, j’arrête) la culture populaire comme jamais. Quand ce n’est pas la «porn star» Sasha Grey qui participe à un film de Soderbegh, ABC consacre un court documentaire à l’étalon James Deen (le type sur la photo, en effet) qu’on surnomme aussi «le Ryan Gosling de la porno». Sur Reddit, notamment, l’abréviation «porn» a été déclinée à toutes les sauces, souvent pour souligner la passion ou la démesure. Amateurs de trouvailles techno? Rendez-vous sur la section GeekPorn. Vous adorez scotcher des images de citations fleurs bleues sur votre Facebook? Faites le plein sur QuotesPorn!

Cameron, la «porn» n’est pas isolée dans un coin du Web. La «porn» EST le Web… et des photos de chats, bien sûr.

Cerise sur le sundae : en Angleterre, ce n’est pas un comité transparent formé de spécialistes qui se penche sur ces questions, mais bien un palier du gouvernement ainsi que l’entreprise chargée de monter ce fameux filtre : Huawei, une compagnie de télécommunications qui a été déjà été soupçonnée de fournir des accès illicites à l’Armée populaire de libération de la Chine. Bref, quand ça va mal, ça va vraiment mal!

Mais pourquoi j’vous en parle, en fait? Pourquoi je réclame une petite révolution explosant de la bittt à Tibi pour ensuite s’écouler le long de Cap-Rouge?

Parce que la députée conservatrice Joy Smith trouve que c’est une bonne idée… et dieu sait qu’un projet déjà mal foutu pourrait déconner solidement entre les mains du Gouvernement Harper (TM)! Voulons-nous vraiment laisser la bande derrière le sabotage de l’assurance-emploi et le massacre du registre des armes à feu s’en prendre à notre précieuse porn!?

Bref, à vos mouchoirs, Québécoises et Québécois! Il en va de notre pornographie, bien sûr, mais aussi d’une lutte à venir contre la censure. Et, surtout, manifestez-vous vigoureusement!

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