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J’aimerais faire une plainte

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Qui n’a jamais pogné les nerfs contre l’attitude prétentieuse d’un téléphoniste? Tu sais, celui qui te parle comme de la marde?

Tu sais, ce moment où tu as l’impression d’être au paroxysme de la frustration et qu’un baveux te “cockslap” en riant au bout du fil, à des bornes de chez vous? Combien de fois en raccrochant vous avez dit à votre blonde : “Si y’avait été devant moi, j’y aurais sacré mon poing su’a yeule!”

Bullshit!

Nous revenions d’un brunch du Jour de l’an dans la famille italienne de ma douce. Comme à l’habitude, nous avions mangé comme des rois. Que dis-je? Nous avions été gavés comme des oies! Nous nous étions assis vers 10h AM et on s’était relevés 30 lbs plus tard. Notre plan initial était de bruncher et d’aller descendre quelques pistes à Bromont en fin de journée, question de brûler nos calories absorbées en matinée. Dans mon cas, je suis le Costco des calories à brûler!

Comme nous étions en chemin pour aller faire du snow, ma jauge à essence s’est mise à clignoter. Dans la tête de ma femme, quand ça flash, IL FAUT GAZER MAINTENANT. Sinon tous les orphelinats du monde vont prendre en feu simultanément pis toute la population va pogner le sida du même coup. Si elle pouvait, elle immobiliserait le camion sur le bord de la route et elle puncherait le sol à mains nues jusqu’à en extraire du pétrole. Elle effectuerait elle-même les procédés de raffinage sur le bord de la 20 pour être certaine que notre réservoir ne soit jamais vide!

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Comme elle angoissait sur la quantité d’essence qui nous restait et que moi, je réfléchissais sur le fait que le brunch de sa tante commençait à me rappeler que je devais aller à la toilette avant d’aller faire du snow, je me suis arrêté dans un garage, dont je vais modifier le nom, par respect…

LE RÉTRO PANAMA (Mettez de l’écho quand vous le lisez, ça fait plus big.)

Pendant que je faisais le plein en grelottant, parce que ma tuque et mes gants étaient comme à l’habitude restés dans le truck, une file d’attente de voitures se formait à ma pompe. Ma tendre darling, elle, mettait son habit de neige dans les toilettes, devait ensuite payer l’essence et nous rapporterait “d’excellents cafés” du RÉTRO PANAMA.

Une fois mon Jeep rassasié, question de ne pas faire attendre tout le monde, j’ai décidé de me stationner directement devant la vitrine où le commis pitonne sur sa caisse pour qu’il puisse me voir. Il m’a alors pointé une affiche indiquant que les camions ne pouvaient se garer à cet endroit (car ils bloquaient la vue du commis qui devait surveiller le vol aux pompes). Ce qui est logique en soit. Ma copine, devant lui, m’a pointé du doigt pour lui indiquer qu’elle payait aussi pour mon plein.

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J’ai fait marche arrière et me suis stationné dix pieds vers ma gauche, de l’autre côté de la porte, toujours face au commerce. Comme je sortais du véhicule, ma blonde sortait du RÉTRO PANAMA et me dit:

“Je ne sais pas c’est quoi son problème à ce commis-là, mais c’t’un méchant cave! Il m’a parlé comme de la marde, il veut appeler la police parce que tu as fait une tentative de vol.”

Moi : “De quoi? Il t’a parlée comme de la marde? UNE TENTATIVE DE VOL…?”

Copine : “Tu as bougé ton camion de la pompe avant que j’aie payé et il m’a gueulée après…”

Il y a deux choses que tu ne peux pas faire dans la vie contre moi: faire une scratch sur ma collection de films d’extraterrestres pis lever le ton sur quelqu’un que j’aime.

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Je suis rentré dans le Rétro Panama, avec mon attitude de cave pis mon brunch qui me travaillait dans le ventre. J’ai demandé des explications au commis. Notre discussion a ressemblé à ça.

Moi : “S’cuse, tu viens de parler à ma femme comme si c’était une conne pis tu menaces d’appeler la police pour tentative de vol?”

Commis arrogant : “Tu as quitté la pompe avant d’avoir payé. C’est du vol mon grand.”

Moi : “J’ai fait ça, oui. Par courtoisie, pour laisser la pompe aux gens. Je comprends que tu as des règles à suivre, mais ma femme payait en même temps que vous me faisiez signe de ne pas me stationner là. Elle vous a indiqué j’étais qui et elle a payé. Et ne m’appelle pas le grand.”

Le commis arrogant m’a fait un sourire de baveux et devant tout le monde m’a dit :

“Bonne année monsieur!”

Moi : “Ok, tu me nargues devant tout le monde pis tu lèves le ton sur ma blonde sans raison valable. Donne-moi le numéro de ton gérant, j’aimerais faire une plainte. Ce n’est pas une façon de parler aux gens.”

Commis arrogant (reste silencieux devant moi quelques secondes):

“Bonjour, je suis le gérant. Est-ce que je peux vous aider?”

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Moi : “Donne-moi le numéro du responsable de la station-service, le propriétaire. Pas le cégépien en powertrip qui place des pintes de lait pis qui remplit une machine à slush dans une station-service.”

Il m’a donné un numéro de téléphone en souriant, le tout devant plein de clients, des gens qui semblaient ne pas apprécier le comportement du jeune homme. Je suis sorti dehors et j’ai appelé.

La personne au bout du fil a répondu en me disant : “Bonjour, vous n’êtes pas content monsieur? Vous allez pleurer, vous voulez faire une plainte?”

Je me suis retourné et j’ai regardé de l’autre côté de la vitrine. C’était le petit commis qui avait répondu au téléphone, il venait de me donner le numéro de la station et me narguait maintenant au téléphone et en me faisant des bye bye à travers la vitre.

Moi : “Je t’ai demandé le numéro des propriétaires.”

Commis arrogant : “Ils sont présentement à l’étranger, est-ce que je peux prendre un message monsieur?”

Je voulais tout arracher dans le parking!

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Une dame s’est alors approchée de moi, elle m’avait reconnu. En me demandant une photo pour elle, car elle aimait beaucoup Fiston et pour son fils qui était un fan de Contrat de gars, elle me dit :

“J’étais à l’intérieur quand le commis a levé le ton sur votre conjointe et ensuite sur vous. Laissez-le faire, j’habite le quartier et il est toujours comme ça. La station-service est à ses parents. Ils ne sont jamais là. Ils sont toujours à Los Angeles. Il se croit tout permis et fait chier tout le monde.”

J’ai soudainement eu pitié de lui. Passer le temps des fêtes à s’occuper de la business de ses parents. Qui, eux, partent au gros soleil pendant que, lui, a plein de règles connes à gérer. À 16 ans, c’est beaucoup trop. Combien de parents se contre-foutent de l’éducation de leurs enfants…

Je suis entré à l’intérieur. Et très calme, je suis allé à la salle de bain. En sortant je lui ai dit :

“Tu iras voir dans la salle de bain, y’a un cadeau…”

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Il s’est précipité en courant, croyant que j’avais fait de quoi de mal. À sa grande surprise, il y avait seulement une draft de mon brunch du matin et un 10$ sur lequel j’avais écrit : “PAPA T’AIME FORT! Ton sourire est aussi beau que le soleil de L.A.! Bonne année monsieur!”

Je suis un connard.

***

Pour lire un autre texte de Jonathan Roberge: Témoignage d’un enfant cave.

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