Depuis que j’ai travaillé pour un magazine à potins

Le jet set avec la mort dans l'âme

C’est en menant des fouilles archéologiques dans mon inbox que je me suis rendu compte que ce mois d’août marque le 6e anniversaire d’une démission, la démission d’un de mes emplois les plus glam ever : éditrice-rédactrice d’un magazine à potins. J’emprunte donc la formulation typique URBANIA-esque “Depuis que” pour faire un petit walk down memory lane dans le temps où mes journées étaient passées à faire tirer des serviettes de plage Katy Perry et à critiquer les orteils dépassant des chaussures peep-toe sur le red carpet.

Remise en contexte aux effluves de nostalgie

C’était en 2010 : le Saphir existait encore, American Apparel vendait du lamé silver et gold, le Nightlife avait une publication papier. Moi, diplôme en communications en main, je faisais lentement mon chemin de stagiaire gênée à employée déniaisée. Quand on m’a engagée au sein d’une entreprise possédant plusieurs sites web, ma mission première était d’alimenter un blogue sur le star-système québécois et international. J’ai assisté à des galas, des festivals, des concerts… Armée de mon iPhone3 et utilisant la première version de Hoot Suite, je publiais des photos des stars québécoises avec de courtes descriptions, plus souvent qu’autrement axées sur leur physique ou leur habillement… Une pratique qui me laissait déjà un goût de champagne flat en bouche. À l’époque, les termes “body-shaming” et “image de soi” n’étaient pas super trendy, mais je feelais quand même cheap de m’attarder à des choses si futiles.

Alors que je me creusais la tête pour trouver des synonymes au mot fashionista en écumant les sites web de potins américains, je commençais à mourir un peu plus chaque jour. Mon côté existentialiste prenait le dessus et j’étais bientôt terrassée par des tonnes de réflexions, qui pourraient se résumer en une seule question :

WHAT’S THE POINT?

Bon, d’accord, pas de mensonges : cette question-là, je me la pose encore à chaque jour de ma vie. Je l’avoue.

Disons seulement que le potinage du vedettariat m’a précipité dans les bas-fonds de l’autocritique, me laissant seule devant mon MacBook première génération aluminium à me demander s’il y avait un moyen féministe de critiquer l’actualité hollywoodienne. Je ne suis d’ailleurs pas encore 100% fixée sur la question : Hollywood étant un milieu fondamentalement sexiste, obéissant à des codes patriarcaux aux rouages bien huilés, il est difficile de travailler dans le milieu tout en combattant les valeurs qu’il véhicule. “On ne détruit pas la maison du maître avec les outils du maitre”, comme l’écrivait Audrey Lorde.

Donc, bercée par la douce voix d’Alice Glass (rappel : 2010), je parcourais les galeries photo à la recherche du meilleur angle de Lady Gaga et ses nouvelles prothèses faciales, en me demandant s’il y a une place spéciale en enfer pour les gens dont le gagne-pain consiste à rire d’autres gens.

Je n’étais pas au bout de mes peines. À mes tâches de rapace de l’information glitzy et sparkly allait maintenant s’ajouter une autre corvée : rédaction de pubs pour le magazine. J’ai été rapide à adopter le langage doux-amer de la rédaction publicitaire, un talent qui allait m’être utile plus tard dans ma carrière de rédactrice pigiste (Besoin de descriptions de tasses à café jazzées? D’informations clés sur des manteaux d’hiver pas piqués des vers? Je suis là pour vous!) J’ai gardé quelques photos de mes créations de l’époque, que je ne partagerai pas ici, mais je peux vous dire que 2010 était une bonne année côté pubs sexistes. Tsé, les pubs dans le métro qui se méritent un bel autocollant “sale pub sexiste”?

C’est cela oui. Eh bien, j’y ai participé. Face par en bas.

Back to life, back to reality, back à aujourd’hui

J’ai quitté ma job du jour au lendemain. Oui oui : le mercredi je critiquais le choix de chien de Paris Hilton en buvant mon grande soy latte sans foam et le jeudi j’étais assise sur mon lit à fixer le mur, un beau grand vide dans les mains et dans la tête. Comme mon pire défaut (qualité?) est l’endurance, je me pousse souvent à bout avant de reconnaître un problème. Puis, une fois que ça me frappe, j’agis rapidement, ce qui peut avoir l’air impulsif, mais… Quand j’en ai plein mon cass, j’en ai plein mon cass.

La décision de quitter ma job, par contre, je ne l’ai jamais regrettée une miette.

Vous pourriez dire que je chiale la bouche pleine, que ma job était simple et que j’aurais dû l’apprécier. Certes, une job, c’est mieux que pas de job pantoute. Sauf que je crois fermement qu’il n’y a pas une job au monde, peu importe le salaire, qui vaut la peine de sacrifier sa santé mentale. Quand, chaque jour, tu sens que tu trahis tes valeurs, il est sage de t’écouter et de prendre tes runnings shoes à ton cou.

C’est après 2010 que j’ai découvert l’existence du site web américain de nouvelles à saveur féministe Jezebel. Puis, plus récemment, mon désir d’articles bien pensés a été comblé grâce à la division féministe de Vice, Broadly, qui a vu le jour en août 2015… Il y a donc exactement un an! Disons que j’aime mieux fêter cet anniversaire, plutôt que de fêter mon anniversaire de démission du magazine à potins.

Donc, y’a d’l’espoir, y’a de l’espoir. Il y aura peut-être encore des paparazzis pour photographier des vedettes mal-habillées-pas-lavées-pas-maquillées, mais moi, je suis out de la carrière de potineuse. Kristen Dunst, je m’excuse d’avoir essayé de te prendre en photo avec mon cellulaire pas de flash au Salon Officiel à l’été 2010. Je le referai pu jamais.

Jamais.

Pour lire un autre texte de Marie Darsigny : “Dis-moi quel parfum tu portes, je te dirai qui tu es”

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