« J’ai peur de rentrer au travail »

Lettre d'une employée de la SAQ.

Une employée de la SAQ nous a fait parvenir ce texte où elle exprimait jeudi son inquiétude par rapport à ses conditions de travail et aux comportements des clients en pleine pandémie. Nous publions ici son texte en intégral.

Je suis employée de la SAQ depuis six ans et pour la première fois, bien que je sois une employée plutôt docile et que je me conforme aux directives de l’employeur, j’ai peur de rentrer au travail.

La situation en succursales est alarmante. Les files d’attente à l’extérieur du magasin sont sans fin et les mesures mises en place par notre employeur ne suffisent tout simplement pas. Elles ne nous protègent pas, pas plus qu’elles ne protègent notre clientèle. L’achalandage est parfois si important qu’il nous est impossible de respecter les demandes sanitaires de l’employeur. Le staff est réduit. Les clients se montrent agressifs quand on leur demande de privilégier les paiements par carte et les distances ne sont pas respectées.

Lors de mon dernier quart de travail, on a ri de moi lorsque j’ai demandé de maintenir une certaine distance et lorsque j’ai refusé de prendre le téléphone d’un client entre mes mains. Et plus sérieusement, j’ai dû montrer la porte à des voyageurs tout juste rentrés de voyage qui d’eux-mêmes m’ont avoué devoir être en quarantaine. Cette situation laisse présager qu’il y en a plusieurs prêts à risquer la propagation d’un virus pour un pinot noir.

Je me sens être un maillon faible de transmission et je ne suis pas la seule, tout.e.s mes collègues sont inquiet.e.s.

«J’ai dû montrer la porte à des voyageurs tout juste rentrés de voyage qui d’eux-mêmes m’ont avoué devoir être en quarantaine. Cette situation laisse présager qu’il y en a plusieurs prêts à risquer la propagation d’un virus pour un pinot noir.»

Je cherche à réconcilier l’incohérence des recommandations du gouvernement et le choix de laisser ouvertes les succursales de la SAQ. Idem pour la SQDC, puisqu’on m’a dit que les préoccupations y étaient les mêmes. Dans le contexte actuel où il est essentiel de respecter la distanciation sociale afin de freiner la propagation du virus pour préserver des milliers de vies, il me paraît inconcevable que les employé.e.s de l’État risquent à chaque jour leur santé et celle de leurs concitoyen.ne.s pour des produits — je suis navrée de devoir le spécifier — qui ne sont pas essentiels.

La vente d’alcool n’est pas un commerce comme les autres. Certain.e.s client.e.s en situation de dépendance n’ont pas les capacités de respecter les directives faites par l’État, même s’ils ou elles présentent des symptômes. Nous sommes donc ainsi tous et toutes plus à risque.

J’ai envie de pouvoir compter sur mon employeur.

Comment le gouvernement justifie-t-il de maintenir ouverts ses détaillants d’alcool et de cannabis ? Ne peut-il pas montrer l’exemple et faire preuve de courage lui aussi, tout comme le font actuellement tant de commerces, de restaurateurs et d’entrepreneur.e.s québécois.e.s ?

J’imagine que je vais me fatiguer et cesser d’écrire là-dessus, mais d’ici-là, si vous me voyez à la SAQ aujourd’hui, ne me touchez pas et gardez vos distances. Il en va de même de mes collègues.

J’ai envie de faire des hugs à tout le monde par soutien et amitié, mais je me retiens.

Alors faites pareil, et SVP, restez chez vous.

Et plus impérativement, protégez-nous toutes et tous, fermez la SAQ.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

La fin du monde dure 10 minutes

Dominic Champagne en a fait l’expérience hier.

Dans le même esprit