J’ai perdu un oeil, pis c’est ça

Une histoire de chance et de dette

Ma meilleure amie m’a toujours dit que j’étais vraiment mardeux. Je ne dis pas chanceux, parce que chanceux c’est trop beau, trop littéraire, trop BCBG. Je dis mardeux parce que j’ai vraiment la marde collée au cul. Lorsque j’étudiais au baccalauréat en Animation et recherche culturelle, j’ai déjà eu une note de A pour un travail que je n’avais même pas rendu. Bon, vous me direz que c’est l’UQAM, ça arrive, vous avez sûrement raison.

Alors en voici une autre: je me suis déjà fait arrêter pour une contravention d’excès de vitesse et lorsque le policier est venu à ma fenêtre, on a réalisé qu’on se connaissait, donc je n’ai a pas eu la contravention.

Vous n’êtes toujours pas convaincus? Je fais des chroniques sur le sport à Entrée principale à Radio-Canada une semaine sur trois. Trois de mes  chroniques ont été précédées par des éléments de l’actualité qui ont grandement facilité ma recherche : Didier Drogba a décidé de ne pas se présenter à un match, deux jours avant ma chronique sur le soccer. Trois semaines plus tard, Jim Popp était congédié par les Alouettes la veille de ma chronique sur le football. Et finalement, Lucian Bute a été blanchi d’accusations de dopage juste avant ma chronique sur la boxe.  

La vie fait drôlement les choses.

C’est vrai que c’est un peu simple et facile. Alors on y va avec le grand coup: une de mes passions dans la vie c’est le sport. Mon autre passion c’est la communication. J’ai toujours voulu faire de la radio et de la télé. Il y a quelques années, j’ai eu la chance de commencer à travailler comme recherchiste à une station de radio montréalaise. Malheureusement, la station n’allant pas chercher les cotes d’écoute espérées, elle a changé de vocation… pour devenir une station à vocation sportive. J’anime donc une émission de sports à la radio et tout ça tient un peu de la chance.

La chance direct dans face

Pourquoi je vous raconte tout ça? C’est parce qu’il y a plus d’un an, j’ai eu un accident. J’ai reçu une balle orange directement dans l’oeil gauche en jouant au Dek hockey. Je vous épargne les détails, mais comme l’a dit mon chirurgien avec beaucoup de tact, et un accent d’Europe de l’Est, en roulant ses “r” : “Il y a beaucoup de choses qui sortaient, il a fallu tout rentrer et recoudre”. Je vous rappelle qu’on parle ici de mon oeil! Toujours est-il qu’après moult suivis et consultations, j’ai appris quatre mois plus tard que je perdais la vue dans mon oeil gauche de manière permanente. Après avoir vécu mon accident avec beaucoup d’humour, cette nouvelle m’a pas mal rentré dedans comme on dit. Ça m’a pris quelques semaines, voire quelques mois à m’en remettre complètement. Encore aujourd’hui j’ai parfois des épisodes de tristesse. Mais, je ne me suis pas apitoyé sur mon sort, dès la première journée de mon accident, j’ai abordé le tout avec humour.  J’en ai même profité pour développer mon amour des jeux de mots et des blagues impliquant la vue et les yeux.

Mon top 3 des meilleures blagues sur les yeux

  1. Mon oeil! (Simple, mais efficace)
  2. Je vise pas mal mieux depuis mon accident, j’ai le compas dans l’oeil
  3. Borgne to be wild  

J’en ai profité pour développer mon amour des jeux de mots et des blagues impliquant la vue et les yeux.

Cependant, cette expérience m’a amené à voir la vie d’un autre oeil (BONUS!). D’abord, avec toute la chance que j’ai eue dans la vie, je me dis des fois que c’est simplement le retour du Karma. Tout finit par s’équilibrer dans la vie et je me dis que perdre la vue dans mon oeil gauche, c’est le prix à payer…ou pas. Je ne sais pas plus. Ce que je sais, c’est que la vie fait drôlement les choses. Je perds mon oeil, mais je finis par avoir ma job de rêve et faire de la télé comme j’ai toujours voulu. Ça m’a donc amené à me poser la question suivante: si ce calcul était vraiment réaliste, aurais-je été prêt à sacrifier mon oeil pour avoir toute cette chance dans ma vie? Si le Comptable de la vie m’avait offert ce deal, l’aurais-je accepté? J’ai beau vouloir répondre non à cette question, je prendrais le temps d’y réfléchir. Pourquoi? Parce que cet accident ne m’a pas empêché d’atteindre mes objectifs. Au contraire, je pense que ça m’a sûrement motivé à les atteindre. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les athlètes handicapés et ceux qui poursuivent leurs objectifs malgré des handicaps et des limitations physiques. Ces gens m’ont inspiré à ne pas m’apitoyer sur mon sort.

Les gens m’ont souvent dit à quel point ils admirent mon attitude face à l’épreuve.

Donc au final, ça change quoi perdre un oeil?

  • Fini les films en 3D
  • Je dois constamment évaluer les distances (je perçois difficilement la profondeur et surtout un angle mort permanent à ma gauche.)
  • Je suis bien entouré. Allô ma famille, je vous aime! (oui, parce qu’il y a aussi eu des bouts tough.)
  • Je peux plus aisément me mettre dans la peau d’un pirate.
  • Augmenter mon répertoire de jokes… de vue.
  • Mais surtout, je focus sur tout ce qui m’arrive de bien.
  • Je ne veux pas me faire le prêcheur du tout ce qui arrive de bad arrive avec de quoi de beau, mais dans mon cas…  je suis vraiment mardeux.

Je n’ai pas le monopole de la résilience, en fait, je n’avais jamais vraiment prêté attention à ce mot avant mon accident. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les gens qui passaient par-dessus des situations difficiles et j’en ai encore beaucoup. Les gens m’ont souvent dit à quel point ils admirent mon attitude face à l’épreuve. Je ne peux pas expliquer pourquoi il en est ainsi. Cependant, je peux remercier les gens qui ont croisé mon chemin et mes parents qui ont fait de moi quelqu’un de positif qui voit toujours le bon côté des choses. C’est peut-être un brin d’insouciance aussi. Mais ça n’a pas toujours été facile. Il  y a eu des moments de questionnement, de découragement et de rage. Dans mon cas, je n’ai jamais hésité à demander de l’aide ou à en parler à mes proches et je crois que c’est ce qui m’a donné le plus gros coup de main. Au-delà de tout ça, il ne reste plus qu’à souhaiter à tout le monde d’être aussi mardeux que moi et surtout de le réaliser.

Pour continuer la lecture : «En 2013, je serai une meilleure personne» de Kim Lizotte

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