J’ai passé mon samedi soir dans un gros rassemblement du Parti de Maxime Bernier

Là où liberté, rock chrétien et déception font bon ménage

Il tombe des cordes lorsque je gare ma Matrix dans le stationnement du centre communautaire Léonard de Vinci, à Saint-Léonard.

En courant vers l’entrée, j’ai une pensée pour Greta Thunberg. Mon cerveau doit faire des liens audacieux avec les retailles de l’ouragan Dorian et le fait que je me prépare à assister à un gros rassemblement du PPC (Parti Populaire du Canada), la formation politique créée il y a un an par Maxime Bernier en vue de l’imminente campagne fédérale.

La liberté, ça parle deux tiers français, un tier anglais.

«Concert Liberté, Répandons la flamme de la liberté», claironne l’affiche promouvant l’événement organisé par le PPC, incluant une photo du chef en mortaise. Une dizaine d’artistes sont présents, sans oublier une vingtaine de candidats de la grande région de Montréal.

Le billet d’admission générale coûte 20$. Le VIP coûtait plus que le double, mais incluait une rencontre avec Maxime Bernier avant le début du show.

 Le billet d’admission générale coûte 20$. Le VIP coûtait plus que le double, mais incluait une rencontre avec Maxime Bernier avant le début du show.

Quelques minutes avant le concert, des grappes de gens discutent en bordure d’un comptoir où l’on vend des paninis et de la salade de pâtes. Des candidats, des artistes invités et leurs proches pour la plupart. Plusieurs portent des casquettes et macarons aux couleurs du Parti. J’ai même aperçu un enfant. 

La dame à l’accueil trouve ça formidable de voir un citoyen ordinaire se pointer. C’est moi ça. «Je suis venu en curieux», que je lui explique. Je ne mens même pas. Je me garde quand même de préciser que je suis LE chasseur d’histoires dépêché par URBANIA.

Le temps de crier «Climatosceptique!» et le candidat de mon comté, celui de Rosemont, se dresse devant moi. Un informaticien, qui fait ses premières armes en politique.

En cinq minutes seront prononcés les mots «fasciste», « socialiste», «Mussolini», «Cuba» et «équilibre budgétaire».

Du même souffle, le candidat décrie le snobisme des médias à l’égard de son Parti, qui ne récolte que des miettes d’attention et ne cache pas avoir bon espoir de défaire Alexandre Boulerice, l’actuel député du NPD, «qui en a reperdu».

L’échange est cordial et le bonhomme est pas mal sympathique. Il a mon vote certain.

Ça suffit le NPD avec un chef qui porte un FUCKING TURBAN. C’est quoi la prochaine étape? Poser des bombes au Funtropolis? Imposer la Charia à la maternelle quatre ans?!? Le PPCiste en moi se délie les jambes. 

Anyway.

Le candidat me donne sa carte. Je peux le rejoindre en tout temps. C’est son numéro de cell personnel sur le carton en plus. Dans ta face, Alexandre Boulerice.

L’employé au comptoir de paninis ne fournit pas. La file est interminable. Le gars devant moi lâche un pet aussi subtil que nauséabond. Comme j’ai l’air d’un gigon, c’est clair que je suis le suspect numéro un.

Je me prends une bière italienne, une Moretti. C’est samedi soir et c’est la fête après tout.

Un autre jeune homme avec de beaux cheveux vient se présenter. «C’est toi le gars de Rosemont», me demande-t-il.

Les nouvelles vont vite.

Il m’explique être responsable de l’organisation dans ma circonscription. Lui ne se berce pas d’illusions dans Rosemont, où le NPD est bien en selle. «C’est déjà bon de lancer un Parti avec des candidats dans toutes les circonscriptions», s’enthousiasme-t-il, espérant que le PPC en fera élire «une couple».

Derrière lui, plusieurs candidats prennent la pose devant une photographe officielle juchée sur une chaise. 

Le spectacle commence, les lumières clignotent comme au théâtre. Aucune trace de Maxime Bernier, dont une aura de mystère entoure la présence.

Une chance que j’ai pas payé le billet VIP.

C’est comme si Ricardo m’invitait à manger son couscous royal, avant de me choker à la dernière minute en se faisant remplacer par le cuisinier rebelle. 

En même temps, qu’est-ce que Mad Max a de mieux à faire ce soir qu’être à ce rassemblement d’envergure de son Parti, où l’on parade plusieurs de ses nouveaux candidats? Je pose la question à l’organisateur, d’avis que Maxime est peut-être dans l’Ouest canadien où il a, selon lui, des chances et où il consacre beaucoup d’énergie. Bref, il n’a pas l’air trop déçu de l’absence de son chef. Moi par contre, je suis un peu en maudit. C’est comme si Ricardo m’invitait à manger son couscous royal, avant de me choker à la dernière minute en se faisant remplacer par le cuisinier rebelle. 

Bref, je suis déçu, mais the show must go on.

«On est ici pour encourager la liberté et le seigneur!», souligne une des chanteuses, avant de pousser un premier hymne à la gloire à Dieu.

Environ 150 personnes prennent place dans la salle de spectacle. La frimousse des candidats défile sur un écran géant derrière la scène. Une demi-douzaine de personnes sont assises dans la section VIP sur le côté.

La soirée s’ouvre avec un homme s’exprimant en langue autochtone, qui honore son créateur et la terre où il marche, un territoire Mohawk non cédé.

Le duo gospel Fitzpatrick sisters lance ensuite les hostilités. «On est ici pour encourager la liberté et le seigneur!», souligne une des chanteuses, avant de pousser un premier hymne à la gloire à Dieu (et il y en aura beaucoup beaucoup).

«I wanna go to heaven,

I wanna go to heaven,

Said I wanna go to heaven

Do you wanna go? »

Ça groove la musique chrétienne.

Dans la rangée en face, une madame se lève d’un bond pour se trémousser.

Après avoir réchauffé la salle, les deux sœurs cèdent les planches à un crooner venu chanter du Michael Bublé, son idole. «Je ne l’ai jamais vu live, il est trop cher», souligne l’interprète, avant d’interpréter Sway sous les applaudissements nourris de la foule.  

Entre les prestations, des gens défilent sur la scène pour livrer des discours. La plupart des présentations se font en anglais, mais sont simultanément traduites en français par une jeune femme et vice-versa.

«On a un visiteur en route», lance alors l’animateur de la soirée, répandant un vent d’espoir au sujet d’un débarquement surprise de Maxime Bernier. Ma voisine de siège en est convaincue.

C’est la moindre des choses après tout. Pendant son oraison, la candidate de Saint-Léonard raconte avoir consacré trois semaines à plein temps à l’organisation de l’événement. Une marche pour la liberté était aussi prévue, mais la pluie a fucké le chien.

«On est ici pour célébrer la vision de Maxime Bernier, basée sur les libertés individuelles, le respect et l’égalité. On n’est pas des politiciens, mais des Canadiens qui partagent cette vision!», clame la candidate locale, ajoutant que tous les artistes invités se produisent bénévolement, au nom de la liberté.

Et là, coup de théâtre, la candidate sort un lapin de son chapeau. «C’est un honneur de vous présenter Maxime Bernier, futur Premier ministre du Canada!»

L’excitation grimpe aussitôt d’un cran, la foule retient son souffle. Je suis au bout de mon banc.

«Vous savez, la liberté est un des fondements principaux de la plateforme du PPC. Ici, nous faisons la politique différemment, autrement», raconte Maxime Bernier.

Soudain l’orgueil de Saint-Georges de Beauce fait son apparition… sur un écran géant en vidéoconférence. Le chef du PPC est assis dans un salon, décontracté, avec un veston blanc et des lunettes à montures noires. «Vous savez, la liberté est un des fondements principaux de la plateforme du PPC. Ici, nous faisons la politique différemment, autrement», raconte Maxime Bernier, lors d’un discours éclair d’à peine une minute.

La foule, facile à contenter, l’acclame bruyamment.

Un autre band enchaine. «Les petits commencements mènent à de grands dénouements. Faut pas lâcher!», déclare, philosophe, le chanteur, avant d’attaquer un morceau entrainant.

Un autre groupe évangéliste plus tard, au tour du candidat d’Honoré-Mercier de venir haranguer les troupes. Les yeux vissés sur son cellulaire, il entreprend un discours décousu sur la vérité, la gravité ou je ne sais trop. Galvanisé par son speech, il s’exclame tellement fort dans son micro qu’il force la pauvre traductrice à soutenir son intensité. «LA LIBERTÉ D’EXPRESSION DOIT ÊTRE DÉFENDUE AVEC LES ARMES DE L’AMOUR SANS QUOI NOUS SERONS VAINCUS PAR LES ARMES DE LA HAINE!»

Non, la célèbre chanson en l’honneur de Maxime Bernier n’a pas été reprise ni adaptée en cantique religieux. 

21h. La soirée tire à sa fin. Les deux organisateurs du PPC au Québec grimpent sur scène pour s’adresser à leur tour aux militants. «En mon nom et celui de Maxime Bernier, merci d’être ici. Le Parti passera à l’histoire, comme ce concert!», ose un des organisateurs, avant d’inviter tous les candidats dans la salle à les rejoindre. Plus d’une vingtaine répondent à l’appel, fiers représentants de Repentigny, Châteauguay, Pierrefonds, Montcalm, NDG, Argenteuil, Laval, Ahuntsic, Blainville, Beloeil, Outremont et plusieurs autres. À peine cinq femmes se faufilent parmi cette virile délégation en complet-cravate.

On encourage ensuite les candidats à demeurer sur scène pendant l’interprétation d’une chanson patriotique.

«Raise your hands, and join the band of Millions Canadian, Millions Canadian

À ceux qui se demandent, non la célèbre chanson en l’honneur de Maxime Bernier n’a pas été reprise ni adaptée en cantique religieux. 

J’ai quitté pendant le tour de piste de la chanteuse gospel Maggie Blanchard, un des clous de la soirée. L’ambiance est alors survoltée. Le public et plusieurs candidats dansent et tapent des mains en louant le seigneur.

«Dieu combat devant nous, il repousse les ténèbres. Il embrasse le royaume qui est immuable. Et au nom de Jésus, l’ennemi est vaincu», entonne la chanteuse, très populaire la salle.

Les gens scandent « alléluia » quand je pousse les portes de l’amphithéâtre.

En sortant, je croise devant la porte un vieil Italien en train de griller une cigarette. Il n’est pas là pour Maxime Bernier, mais pour prendre un café avec ses amis comme il fait chaque jour. «Ça fait 55 ans que j’ai quitté la Sicile, mais je suis retourné 49 fois», raconte le monsieur, qui vient de finir sa corvée de tomates, à l’instar de plusieurs membres de sa communauté.

Par chance, il n’en a pas trainé avec lui, sinon ça aurait été tentant d’en garocher une sur l’écran géant avec Maxime ou, au pire, sur l’imitateur de Michael Bublé.

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