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J’ai fait découvrir la réalité virtuelle à mes parents
URBANIA et Phi s’unissent pour vous faire découvrir un hommage immersif dans l’univers et l’oeuvre d’Ed Wood.
Si j’étais aussi enthousiaste à l’idée de vivre une expérience de réalité virtuelle avec mes parents, c’est parce que 1) ça me tentait de les voir s’émerveiller et 2) j’étais curieux de voir comment ma mère allait réagir en enfilant un casque de RV, elle qui est née à une époque où les dispositifs de divertissements étaient plus rudimentaires (genre un bilboquet).
On le sait, la réalité virtuelle peut servir d’outil narratif. Cela dit, jamais n’avais-je assisté à une histoire en RV racontée de manière aussi originale.
THÉÂTRE IMMERSIF
La première chose qui fait de cette expérience un « méchant trip », c’est qu’elle intègre une courte représentation théâtrale qui met en scène un petit groupe de (véritables) acteurs.
Comme chaque séance se passe en très petit groupe, ça donne le courage nécessaire pour lâcher son fou.
Si on dit que c’est du théâtre « immersif », c’est parce que les spectateurs sont fortement encouragés à interrompre les comédiens (quelque chose qui se ferait moins au TNM) et à prendre les rennes de l’action.
Les plus timides, n’ayez crainte : personne n’est obligé de faire quoi que ce soit (suffit de prendre exemple sur ma mère et d’aller choir sur un banc dans un racoin sombre pour éviter de s’impliquer).
Et comme chaque séance se passe en très petit groupe, ça donne le courage nécessaire pour lâcher son fou – ce qui peut expliquer comment mon père, timide notoire, s’est soudainement mis à chantonner la mélodie des aliens dans Rencontre du troisième type pour faire son comique.
« ANDRÉ, C’EST TOI ??? »
Une fois les bases de l’intrigue jetées, c’est le temps de pénétrer dans l’univers virtuel en noir et blanc.
Car une fois le casque de RV enfilé, on constate que les autres participants apparaissent toujours dans notre champ de vision.
Je les voyais se regarder de bas en haut, flabbergastés, comme dans Un vendredi dingue dingue dingue quand Lindsay et sa mère prennent conscience de leurs nouveaux corps.
Devant moi se tenaient mes deux parents, métamorphosés en androïdes rétro-futuristes. Je les voyais se regarder de bas en haut, flabbergastés, comme dans Un vendredi dingue dingue dingue quand Lindsay et sa mère prennent conscience de leurs nouveaux corps.
Ma mère était facilement reconnaissable: c’était l’androïde dont le bras droit ne bougeait pas (elle a récemment glissé dans notre driveway et doit porter une attelle pendant un mois : maudite glace traître).
Mes parents ont beau être raisonnablement techno, rien ne les préparait à la surprise de se voir mutuellement ainsi, avec leurs jupettes en soucoupes volantes et leurs cheveux léchés sur le côté, à la mode de l’époque.
« André, c’tu toi ? » a demandé ma mère qui, pour la première fois de sa vie, dépassait mon père d’une tête.
C’est là que j’ai pris conscience de quelque chose que la réalité virtuelle peut également offrir, au-delà du sentiment d’immersion : une réinvention complète de soi.
NOUVEAU CASQUE DE RV, NOUVEAU MOI
À un moment, un des dix participants s’est mis à toucher l’épaule de ma mère, comme pour tester son nouveau bras virtuel. Peut-être croyait-il poker sa conjointe, mais en tout cas, ma mère lui poliment rendu son toucher, et ils ont ri de bon coeur.
Je crois que ma mère n’avait pas développé une complicité aussi rapidement avec un groupe d’inconnus depuis l’épisode de la panne d’électricité dans le Bureau en Gros, circa 2011.
Sinon, elle était pas mal crampée tout le long. Il est vrai qu’on avait tous le réflexe de ricaner, comme pour renforcer notre mécanisme d’adaptation face à l’expérience qu’on était en train de vivre.
Je crois que ma mère n’avait pas développé une complicité aussi rapidement avec un groupe d’inconnus depuis l’épisode de la panne d’électricité dans le Bureau en Gros, circa 2011.
C’est vraiment la faculté de voir les autres, de pouvoir marcher à notre guise dans le décor et d’interagir physiquement avec les différents objets qui rendent l’immersion aussi saisissante. Je me souviens m’être dit, alors que j’évoluais dans l’environnement : Ayoye, on est rendus là…
JASETTE DE LOBBY
Une fois l’expérience terminée, on a flâné dans le lobby du Centre Phi avec le reste du groupe, comme pour décanter et reprendre nos esprits.
« Ouais, on était ailleurs, a répondu l’inconnue, avant de rajouter : Bientôt, le gouvernement va nous intégrer des puces dans la rétine pis on va vivre dans une simulation. »
Une femme d’un certain âge rôdait autour de ma mère, avec le langage corporel de celles qui sont prêtes à piquer une jasette. Elle avait le genre d’yeux auxquels on fait immédiatement confiance, d’un bleu pétant qui rappelle les plus belles sources d’eau (c’est-à-dire exactement comme ceux de Gilles Duceppe).
Ma mère a initié la conversation:
« C’était flyé, hein ? »
« Ouais, on était ailleurs, a répondu l’inconnue, avant de rajouter : Bientôt, le gouvernement va nous intégrer des puces dans la rétine pis on va vivre dans une simulation. »
Peu réceptive aux théories du complot, ma mère a lâché un rire nerveux, puis s’est tournée vers mon père pour qu’il l’aide à zipper son manteau (bras cassé oblige).
Après ça, on est allés se cacher chez Olive & Gourmando pour fuir l’inquiétante oracle au regard océanique, nos esprits encore imprégnés de l’univers disjoncté qu’on venait de visiter.
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Si vous avez envie vous aussi de vous réinventer, ou si vous voulez faire vivre une expérience de RV à vos parents (ou grands-parents), The Horrifically Real Virtuality est présenté au Centre Phi jusqu’au 28 avril.
C’est une excursion en RV dans un univers inquiétant qui gravite autour d’Ed Wood, cinéaste des années 60 adoré pour ses navets. Notre collaborateur Jeremy Hervieux s’est prêté au jeu avec ses parents : compte-rendu de cet hommage tentaculaire au cinéma d’hier, présenté avec les technologies de demain.
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