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J’ai 25 ans pis 1999 angoisses

15 juillet 2015
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La nouvelle fonction On This Day de Facebook est détestable. Quand elle m’indique, sans que j’aille rien demandé, qu’il y a un an jour pour jour je rédigeais un statut de lamentation post-brosse du style “Mon royaume pour un gatorade et deux advils” – pis que je relis ça aujourd’hui avec l’exacte même gueule de bois, tributaire de la Discosoleil en trop que j’ai bue la veille, c’est-à-dire la deuxième (seigneur je m’en viens vieux).

Comme quoi la vie, c’est un cycle. À l’eau froide.

Je m’en viens vieux pour vrai d’ailleurs. Je frappe le quart de siècle cette semaine pis je réalise que mes angoisses restent à peu près les mêmes qu’à 24 ans. Je suis encore l’immature qui s’écoeure avec des inconnus sur Xbox Live. Je me sens encore mal dans les foules. Je casse encore une coupe de vin par jour.

J’ai jeté ta brosse à dent ce matin. Avec un amer arrière-goût. Avec l’étrange impression de recommencer à zéro. Comme si ma vie avait fait un virage à 360° depuis 365 jours.

Ci-haut, mon âme en action
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Mais c’est pas exactement vrai; il y a une chose qui a changée, pis c’est un peu grâce à toi (pis accessoirement ta brosse à dents). C’est ce que j’expliquais d’ailleurs dans un .doc qui gît quelque part sur mon disque dur qui porte ton nom et qui ne verra jamais le jour.

C’est qu’il fut un temps – pis pas si lointain – où je m’haïssais la carcasse. Où j’étais tourmenté par toutes sortes d’inquiétudes un peu irrationnelles mais très persistantes.

Et au sommet du palmarès de ces angoisses, il y en avait une toute particulière.

Il y a eu cette vieille dame, rencontrée à l’arrêt Berri il y a longtemps, un après-midi d’automne, qui me conseillait d’immédiatement me convertir au christianisme puisque Jésus serait le seul capable de “m’aimer tel que je suis”.

Cette illuminée édentée squattait régulièrement chez moi depuis.

Tu l’as vaincue. Tu l’as traquée comme une magnanime guerrière. Tu as chassée loin cette perverse et dangereuse pensée qui grandissait en moi.

Peu importe comment notre histoire se termine, tu as toute changé dans mes entrailles. C’est encore laid des fois, cicatrisé par boutte, mais t’as rendu ça plus feng-shui j’pense. T’as tassé les meubles un peu, t’as ouvert les stores. T’as mis de la lumière sur mes zones d’ombres – ce que je cachais – pis j’ai trouvé ça beau.

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Tu es détentrice de cette rare qualité que je cherchais désespérément dans la broussaille féminine; cette capacité comme humaine à ne pas jeter un regard spécial sur moi. Ta façon de zieuter ce que j’ai; plutôt que de mal faire semblant d’ignorer ce que je n’ai pas. En presque une année avec toi, tu ne m’as jamais posé l’importune et un peu insipide «Pourquoi hein, si c’est pas indiscret comme question?»

Tu t’en foutais un peu de mon handicap on dirait. Pour toi c’était quelque chose d’aussi génétiquement naturel que, admettons, la couleur de tes (maudits beaux) yeux bleus.

Jamais je t’aurais posé comme question “Pourquoi hein, t’as les yeux bleus? … C’est tu un accident?»

Que je sois en fauteuil roulant, pour toi, c’était normal. À quelque part tu t’en crissais je pense. Mes cicatrices t’intéressaient pas – parce que tu es une curieuse formidable, qui s’intéressait à ce qui était là et non à ce qui ne l’était pas.

J’avais jamais rencontré une fille comme toi avant.

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Une qui faisait fi du handicap – qui l’acceptait, qui le prenait tel quel – tout en étant bien consciente des inconvénients qui venaient avec, pis qui prenait le soin de cartographier les restos et bars accessibles de Montréal.

Si tu savais comme je trouve ça cute une fille qui google resto indien accessible rosemont.

J’ai rencontré une fille que ça y dérange pas d’adapter ses sorties romantiques. Qui en fait pas de cas de mes mains pleines de pouces pis des éraflures de bas de murs. Une que ça y dérange pas de boire du vin dans des tasses.

Ça fait de toi une maudite belle personne. Il y a un an je savais même pas si ça existait quelqu’un comme ça.

Ce matin j’ai jeté ta brosse à dent. Pis la mienne fait maintenant califourchon seul, sur son petit pot taché de fluor séché.

Mais la tienne a laissé dans mon appartement une marque indélébile – encore plus que l’encre figée en mots doux sur mon tableau blanc que tu tentais désespérément d’effacer avant de partir. Un rappel impérissable comme quoi je peux être moi-même pis heureux.

Pis ça, ça me fait une angoisse en moins.

Merci, c’était hot. Bye.

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