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Jackass et son influence sur les cascades

Plus de deux décennies plus tard, le collectif de casse-cous reste aussi influent que jamais.

Par
Victor C.
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URBANIA et Z s’associent pour mettre en valeur les cascades les plus impressionnantes de la province à l’occasion de la sortie de la nouvelle série Peur de rien!

Souvent considérés comme les icônes de la culture du stunt et des grandes cascades, les casse-cous de l’équipe de Jackass, grâce à leurs films et séries, ont fait rêver toute une génération de petits en quête d’adrénaline et de sensations fortes.

Apprécié par certains et considéré comme la quintessence de la stupidité par d’autres, le phénomène Jackass a transformé beaucoup d’ados du début des années 2000 en cascadeurs en herbe… pour le meilleur et pour le pire.

Mais au-delà de l’impact qu’ont eu les films et la série sur la culture populaire, en quoi ces derniers ont-ils influencé les milieux de la cascade et des sports extrêmes au Québec? Pour le savoir, je me suis entretenu avec le skater professionnel Jessy Jean Bart et l’animateur-concepteur-cascadeur Babu.

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Les coulisses du skate

Quand je parle à Jessy de Jackass, ses souvenirs le ramènent en 1999, à ses 12 ans, alors qu’il commençait à faire de la planche à roulettes plus sérieusement, enfilant les kickflips et les ollies. C’est aussi à ce moment que voit le jour la série de vidéos de skate CKY, un événement marquant pour Jessy : « C’était une série de vidéos avec Bam Margera et ses amis, qui entrecoupaient leurs tricks de cascades pis de niaiseries. Ç’a beaucoup influencé ma vision du skate à l’époque, autant à cause de la qualité des tricks que de leur mode de vie. »

Repoussant les limites du skate et du bon goût, le crew de CKY a eu l’effet d’une bombe sur la communauté des skaters. « Ce qui différenciait les vidéos de CKY des autres vidéos de l’époque, c’est qu’elles montraient ce qui se passait dans les coulisses du skate. »

C’est comme ça que les skaters se sont mis à documenter eux aussi leur quotidien avec leurs amis, à se pranker entre eux. Avec sa série, CKY avaient insufflé un vent de créativité et de folie dans le monde de la planche à roulettes, qui inspirait les skaters à penser out of the box eux aussi.

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L’effet Jackass

Les niaiseries de CKY seront ensuite vues du grand public, lorsque certains membres du groupe sont invités à se joindre à l’équipe d’une nouvelle émission qui débute à MTV en 2000, Jackass. Ensemble, la nouvelle équipe produira trois saisons de télé et (bientôt) quatre longs métrages.

Et pendant que les parents découragés regardaient ces jeunes adultes se pisser dessus, les skaters de leur côté s’ouvraient les yeux sur les possibilités créatives cachées de leur discipline.

« Je pense qu’y a une couple de jeunes qui se sont retrouvés dans le trouble après la sortie de ces films-là. En sortant du cinéma, je suis sûr que tout le monde avait envie de faire les mêmes conneries qu’eux! Nous-mêmes, on marchait avec nos amis pis on se pitchait dans des haies de cèdres juste pour qu’on puisse le filmer », raconte Jessy en riant.

L’effet Jackass ira même au-delà de la communauté de skaters et inspirera également d’autres casse-cous. C’est le cas de Babu, lors de son entrée à (feue) MusiquePlus, qui connaissait déjà CKY ainsi que l’univers des sports extrêmes, étant lui-même pilote professionnel depuis 2005. Il pratique notamment le dérapage contrôlé (drift) et l’autocross en compétition, en plus d’être cascadeur lors de tournages. Bref, autant dans son sport qu’à la télé, Babu se décrit comme un « enfant de Jackass ».

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« À l’époque de MusiquePlus, on m’appelait “L’Anti-chroniqueur”, et mon mandat, c’était de déranger pis de faire des folies en ondes : faire sursauter les VJ en direct, préparer des topos irrévérencieux, relever des défis inspirés de Jackass, pour faire rire. En tant que pilotes, Ben Milot et moi, on a aussi réalisé une cascade digne d’eux il y a quelques années. »

Jackass a donc eu l’effet d’une bombe, encourageant les sportifs et les artisans de la télévision à essayer, quitte à se planter, comme l’explique Babu : « Dans mon cas, la Descente pas d’allure dans Babu à planche s’inspirait directement de Jackass. »

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De la valeur artistique d’une claque dans’ face

Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas admettre que les gars de Jackass sont créatifs, voire ingénieux. C’est juste qu’ils utilisent ces aptitudes pour trouver des manières originales de se casser la gueule plutôt que des remèdes au cancer. Babu abonde dans ce sens : « Même si les segments où ils se vomissent dessus me parlent moins, j’ai assez de jugement pour être capable d’apprécier le reste de ce qu’ils font. Il est indéniable que cette émission a repoussé les limites du sport extrême, en mettant l’accent sur la technique derrière les cascades. Cette influence-là se fait sentir même aujourd’hui, sur les réseaux sociaux : on n’a qu’à penser aux compilations de fails et aux gens qui se filment en train de faire des cascades sur TikTok. »

Même son de cloche chez Jessy : « La conception de leurs idées, de A à Z, c’était inspirant, et ça nous donnait le goût nous aussi d’être créatifs et de concrétiser ce qu’on avait en tête. Au fond, cette créativité-là fait que leurs vidéos sont plus que des conneries : elles ont aussi une valeur artistique. C’est comme le skate : c’est plus qu’un sport, c’est un art. »

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Jackass, c’est donc l’équivalent d’une compilation de fails sur YouTube, mais réfléchie et bien faite. Les costumes, les décors, la conceptualisation de chaque stunt : tout est pensé en vue d’ajouter à l’humour. Tant qu’à se faire kicker un ballon de football dans la face, pourquoi ne pas le faire déguisé en poteau de football ? Ce sont tous ces petits détails qui font de Jackass un produit étonnamment… intelligent et influent dans le monde des casse-cous et celui de la production de vidéos de stunts.

Sauf que…

Cela étant dit, on ne peut faire abstraction du fait que la culture valorisée par Jackass apporte son lot de problèmes, dont la glorification d’abus d’alcool et de drogues.

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« À l’époque où j’ai grandi dans le skate, l’abus d’alcool et de drogue était vraiment glorifié. C’était pas juste Jackass, c’était dans la culture en général. Dans mon cas, tout ça m’a amené à boire beaucoup, au point où j’ai dû arrêter l’alcool à cause de mon foie, parce que les médecins m’ont dit que sinon, ça finirait par me tuer bientôt », nous confie Jessy. « Maintenant je suis complètement sobre, et c’est une des meilleures choses qui me soient arrivées parce que sinon, je ne skaterais plus aujourd’hui. »

Bref, comme n’importe quelle œuvre (oui, j’utilise le terme « œuvre » pour parler de Jackass), il faut la consommer en gardant un œil critique. Et selon Jessy, il y a une ligne à ne pas franchir au chapitre des supplices qu’on s’impose : « Tu ne dois pas faire une connerie qui va faire du dommage à ta santé ou à celle des autres, quelque chose qui va te faire perdre un doigt, par exemple, ou accumuler les commotions cérébrales au point d’affecter ton cerveau. »

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Ayant lui-même conceptualisé et animé l’émission de cascades Peur de rien! – qui sera prochainement sur nos écrans et mettra au défi les casse-cous les plus fous de chaque région du Québec –, Babu ajoute une autre nuance importante : « Même si Jackass, ça a l’air redneck, faut pas oublier que les acteurs ont une équipe pour les encadrer durant les cascades. C’est la même chose pour Peur de rien!, et c’est ce qui fait la différence entre une émission comme la nôtre et Jackass, d’autre part, et des gens qui font ça sur TikTok d’autre part. Dans notre cas, le risque est calculé. »

50 nuances de bleus

Alors, maintenant qu’on a jasé des deux côtés de la médaille, qu’est-ce qu’on devrait garder et laisser de Jackass?

« Une chose qu’on devrait garder, c’est l’esprit d’équipe, de groupe, l’inclusivité et la créativité. Si ton crew n’est pas une famille, ton produit final ne sera pas intéressant.

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Les choses qu’on devrait laisser aller, c’est de montrer que tu as besoin d’une substance pour endurer ce que tu fais subir à ton corps. On doit aussi se garder une gêne dans le sensationnalisme et la prise de risques. Quand les gars se ramassent à l’hôpital, entre la vie et la mort, c’est pas correct. »

En gros, même si Jackass continue de polariser l’opinion publique aujourd’hui, on peut remercier le collectif d’avoir insufflé une dose de créativité artistique dans le monde des sports extrêmes et sur nos écrans. Pour Babu, ce qu’on doit retenir, autant de Jackass que de Peur de rien!, c’est l’aspect humain : « Ce qui est beau de ces émissions-là, c’est de voir des gens performer, se dépasser et être fiers d’eux-mêmes. Et ça, c’est trippant pour toute personne qui regarde. »

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​​La série sera aussi accessible sur noovo.ca aux abonnés de la chaîne. Les autres pourront regarder le premier épisode gratuitement dès le 26 août!

Et pour voir la bande-annonce, c’est par ici :