Itinérance : et si ça vous arrivait?

Parce que se retrouver à la rue, c'est pas nécessairement quelque chose qu'on voit venir...

On a constaté l’autre jour pendant notre visite à La rue des Femmes que plusieurs femmes itinérantes avaient vécu des traumatismes dans leur enfance. Lors de notre passage à l’organisme Le Chaînon quelques jours plus tard, on a vu d’autres cas de figure, qui nous ont fait réaliser que se retrouver à la rue, c’est pas nécessairement quelque chose qu’on voit venir…

Un soir, une femme s’est présentée au Chaînon car elle n’avait pas d’endroit où dormir. Son emploi? Directrice dans une banque.

Décidément, la vie peut parfois prendre des tournures inattendues, constate-t-on en écoutant parler Véronique Closset, coordonnatrice pour l’organisme, qui accueille des femmes en difficulté.

C’est ainsi qu’on peut avoir 40 ans, un bon salaire, un mari et des enfants, l’esprit en paix. Puis, à 41 ans, se faire quitter. Réaliser le contrôle, la mainmise sur les finances, la trahison.

« Quand j’ai commencé à travailler en itinérance, ce qui m’a frappée, c’est de m’apercevoir à quel point la ligne est mince quand on parle de santé mentale. On est toujours en train de marcher sur un fil de fer, et des fois, un événement survient et tout s’enchaîne », souligne-t-elle.

Oui, il peut s’agir de problématiques de santé mentale claires comme la schizophrénie, qui apparaît souvent au début de la vingtaine. Mais parfois, c’est aussi un ensemble de facteurs qui s’assemblent insidieusement, à l’insu de la personne concernée.

« Des femmes arrivent et sont issues d’une relation de couple abusive. Il ne s’agit pas nécessairement de violence physique, ça peut être du contrôle psychologique. Souvent, elles n’ont pas accès à l’argent du ménage, c’est tout contrôlé par le conjoint. C’est comme si elles n’avaient pas vu cette situation arriver, c’était fait par en dessous, par la manipulation », relève Véronique Closset.

C’est ainsi qu’on peut avoir 40 ans, un bon salaire, un mari et des enfants, l’esprit en paix.

Puis, à 41 ans, se faire quitter. Réaliser le contrôle, la mainmise sur les finances, la trahison. Commencer à boire pour oublier tout ça. Rentrer au travail avec quelques verres dans le nez. Perdre son emploi, payer son loyer en retard, perdre son logement… et se retrouver à la rue.

Un pied-à-terre pour se remettre

Le Chaînon est l’un des organismes qui aident les femmes qui se retrouvent à la rue à réintégrer le tissu social.

Son (superbe) bâtiment sur l’avenue de l’Esplanade sert entre autres à accueillir des femmes en mode « urgence » : celles-ci doivent appeler à une heure bien précise pour réserver leur place, comme on le fait pour aller à la clinique. « On est pleins à peu près en 5 minutes, surtout quand il fait froid », souligne Mme Closset.

Mais il y a aussi deux types de séjours que les femmes peuvent obtenir. Dans ces cas, Le Chaînon devient comme leur pied-à-terre le temps qu’elles se remettent.

Le séjour à court terme (qui dure de 6 à 8 semaines) permet aux femmes d’avoir un endroit où loger pendant qu’elles font les démarches pour obtenir des versements d’aide sociale, ou encore un suivi psychologique. « Ça permet entre autres aux femmes de pouvoir avoir des retours d’appel », note la coordonnatrice. « On offre aussi un service de répit qui dure 2 semaines, aux femmes qui sont brûlées mentalement ou physiquement, et qui ont surtout besoin de dormir. Ça peut être pour une personne qui a une pneumonie, par exemple, et qui doit être tranquille à l’intérieur pour guérir. »

« Beaucoup de femmes arrivent d’Ontario et n’ont pas de famille ici, rien du tout. »

Le séjour à long terme, lui, dure de 3 à 12 mois, et les femmes paient un montant correspondant à environ 45 % de leurs revenus pour habiter au Chaînon. Elles sont plus autonomes : elles se procurent leurs propres produits d’hygiène, font du bénévolat, se cherchent un logement, un emploi…

Ces « résidences temporaires » peuvent être utiles non seulement à des femmes se remettant d’une séparation ou d’un épisode difficile de leur vie, mais aussi à d’autres qui arrivent à Montréal avec pas grand-chose.

« Beaucoup de femmes arrivent d’Ontario et n’ont pas de famille ici, rien du tout. Il y a aussi une certaine vague d’immigration, par exemple des Mexicaines qui ne parlent ni anglais ni français. Nous avons aussi reçu une femme de l’Ouganda, qui a tout laissé derrière elle », souligne Mme Closset.

Et une fois que les femmes se trouvent un logement, Le Chaînon fait un suivi, afin de vérifier si la transition se passe bien.

« Certaines femmes qui arrivent ici n’ont jamais connu l’itinérance, et ne se définiront jamais comme itinérantes — même si selon la définition que l’on emploie couramment (quelqu’un qui n’a pas de domicile), c’est leur cas. Ce serait mentir de dire que ces femmes ont toutes eu des enfances roses, mais personne n’a le même genre de bagage, je n’ai jamais vu deux histoires pareilles », témoigne Véronique Cosset.

La Fondation Le Chaînon est en pleine campagne de financement. Si vous voulez faire un don, ça fait un beau cadeau de Noël à donner au suivant… Un suivant que vous pouvez peut-être connaître sans le savoir, mine de rien.

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