Irène : retraitée et tueuse d’herbe à poux

Elle en avait assez d'en prendre pour son rhume… des foins.

Chapeau atchoum.ca, t-shirt atchoum.ca, chariot atchoum.ca : quand elle décide de mettre son kit, difficile de rater Irène Mayer! L’adresse qu’elle arbore fièrement nous mène vers le site web qu’elle a créé pour sensibiliser les gens à la lutte à l’herbe à poux. C’est que la retraitée est en mission : elle veut éradiquer son « herbe chérie » de l’île de Montréal, et elle invite ses concitoyens à la rejoindre dans l’aventure!

Tâche impossible, me direz-vous? Impossible n’est pas Irène. Surtout quand on est en pleine saison des allergies et que le pollen de la plante s’amuse à ruiner des vies (et des sinus).

Alors que je la rejoins au métro Joliette, dans Hochelaga, elle est déjà à l’ouvrage. Nos échanges sont ponctués de moments d’arrêt, le temps d’attraper les quelques plans d’herbe à poux ayant eu l’audace de pousser sur notre chemin.

« Je ne pense pas que je vais pouvoir tout arracher moi-même! Mais parfois, je rencontre des gens, et ils me demandent ce que je fais. » Sur sa route, par exemple, elle a croisé une femme qui l’a félicité. « Je lui ai dit que je cherchais des gens pour militer dans Hochelaga! »

Et même lorsqu’elle ne croise personne, elle traine toujours avec elles ses valeureux flyers informatifs, qu’elle laisse à la porte des voisins infestés.

Le message identifie la plante et invite le lecteur à arracher les plants sur son terrain

La genèse d’un combat

L’herbe à poux, l’herbe à poux. Je comprends que ce n’est pas la première cause qui nous vient en tête lorsqu’on songe à changer le monde. Mais la plante est à l’origine de 75% de toutes les allergiques saisonnières, et coûte jusqu’à 240 millions de dollars annuellement au réseau de la santé au Québec.

L’ancienne enseignante en art plastique en est elle-même victime. À chaque début d’année scolaire, me confie-t-elle, c’était le retour des allergies. Mais ce qui l’a véritablement lancé dans sa lutte, c’est son cœur de grand-mère.

Elle a même développé sa propre technique : 3×3 OUT! Trois arrachages par année, trois années de suite, et puis basta! 

« J’ai commencé à militer activement quand je me suis rendue compte que mon petit fils était allergique », raconte la retraitée. Au début, en allant chercher ses petits enfants à l’école, elle en profitait pour arracher l’herbe qu’elle voyait sur son chemin. Puis, quand une rue était « faite », c’était le temps de modifier un peu son trajet, afin de poursuivre sa besogne ailleurs.

Même chose dans son quartier, qui était alors Ville-Marie. « J’observais qu’en l’arrachant dans mon environnement, à moment donné, il n’y en avait plus », dit-elle. Son secret? Passer plusieurs fois à la même place. Elle a même développé sa propre technique : 3×3 OUT!

Trois arrachages par année, trois années de suite, et puis basta! 

Established in 2016

Après 10 ans d’arrachage anonyme, elle a décidé fin 2016 de se rendre visible en établissant son propre branding : atchoum.ca. « Mon art, c’est devenu mon site web! », raconte l’artiste, souriante. Sa démarche créative l’a même mené à concevoir une robe en herbe à poux pour la Parade Phénoménale en 2017. Rien ne l’arrête.

C’est que des plans d’herbe à poux, elle en avait en masse. Cette année-là, elle avait arraché 28 000 plants à elle seule! « 1, 2, 3, 4, 5… tant qu’à les compter, je me suis dit… je vais calculer le grand total! », laisse tomber Mme Mayer.

Sa démarche créative l’a même mené à concevoir une robe en herbe à poux pour la Parade Phénoménale en 2017. Rien ne l’arrête.

Elle s’attelle à la tâche seule, avec ses amies, ou lors de corvées collectives. La veille de l’entrevue, d’ailleurs, elle était près du canal Lachine, avec Pro-Vert. Le 7 août, c’était le Champ des Possibles, une prairie urbaine qui laisse toute espèce proliférer, sauf l’herbe à poux, dans la mesure du… possible.

En femme dans l’air du temps, un air sans allergène idéalement, elle manie aussi l’ironie sur internet, n’hésitant pas à laisser des commentaires sur le groupe Facebook Herbe à poux Montréal, « On fait semblant d’aimer l’herbe à poux. On l’appelle notre herbe chérie », blague-t-elle. Mme Mayer insiste d’ailleurs : elle n’est pas seule dans son combat, comme en témoigne la centaine de membres de la bande.

Amener l’herbe à poux sur l’échiquier politique

Mme Mayer espère que si toutes et tous se mettent à l’ouvrage dans leur quartier, on pourra mieux respirer. Mais selon elle, le fardeau ne doit pas incomber qu’aux citoyens. La Ville et le gouvernement doivent aussi faire leur part.

Alors que nous nous trouvons dans la ruelle verte Sansregret, la militante me prévient : « Je vais essayer d’écrire aux éco-quartiers, et je vais trouver le conseiller municipal de cette section de l’arrondissement. Je vais lui écrire une lettre aussi, pour dénoncer ce que je trouve inacceptable ici », relate-t-elle, bouquet d’ambrosia artemisiifolia à la main.

Dans la ruelle, Irène a retrouvé de l’herbe à poux jusque dans les bacs à fleurs

Irène est convaincue que sa démarche donne des résultats. Dans certains arrondissements, des étudiants sont engagés pour travailler à éradiquer l’herbe à poux. « Ça prend une volonté, ça prend de l’argent ». Pour aller débloquer ces sommes, elle invite d’autres citoyens à se présenter aux conseils d’arrondissement pour « questionner les élus ».

Mme Mayer affirme même être connue de la mairesse Valérie Plante, et que sa ténacité lui a permis de rencontrer « des fonctionnaires » de l’administration pour faire progresser sa lutte. Et elle n’a pas la langue dans sa poche!

Herbe à poux 101 pour les URBANIENs et URBANIENNEs atchoumeurs

L’histoire d’Irène vous inspire? Sans nécessairement vous faire un chariot swaggé atchoum.ca, vous pouvez participer. Après tout, un citoyen a réussi à éradiquer l’herbe à poux en Gaspésie en 1930. Voici ses conseils. Ceux d’Irène évidemment, parce que le dude qui a réussi à éradiquer l’herbe à poux en Gaspésie en 1930 est décédé, malheureusement. 

1. Prenez l’habitude d’arracher les plants près de chez vous quelquefois par année.

2. Ne la tondez pas! Vous risquez de créer des « bonzaïs » qui, malgré leur petite taille, portent toujours du pollen.

3. Assurez-vous de garder les racines et la terre l’avoisinant, puis jetez le tout. Il s’y cache parfois des graines!

4. Lorsque vous trouvez des talles particulièrement grosses, vous pouvez en faire part à la ville.

Bonne récolte gang!

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