Sara Shakeel

Instagram au service de l’art visuel

Ces artistes qui utilisent les réseaux sociaux comme galerie d’art.

Instagram n’est pas qu’un satanique royaume de selfies et de comparaisons malsaines, il peut aussi parfois faire office de sanctuaire de paix et de plateforme artistique non négligeable.

En effet, de plus en plus d’artistes visuels viennent remplir notre fil Instagram d’œuvres de leur cru qui s’imbriquent parfaitement dans un format numérique.

Souvent, ces œuvres sont issues de photomontages, une technique qui consiste à incorporer dans un même cadre plusieurs images de contextes différents pour donner un effet baroque et surprenant.

Dans les dernières années,  j’ai pu observer deux types de style en émergence : les « trashs » et candides, qui mêlent photos maison et artefacts du quotidien, comme ceux de la Québécoise Gab Bois ainsi que les collages surréalistes et oniriques, par exemple ceux de l’Américaine Beth Hoeckel ou même de la Montréalaise Daphnée Côté-Hallée, artiste multidisciplinaire créatrice du projet «Les Microcosmes ».

Dans les deux cas, ces artistes se servent beaucoup d’Instagram pour se faire connaître, démocratisant l’art visuel et s’inscrivant ainsi dans cette branche d’artistes qu’on pourrait qualifier de « edgys », c’est-à-dire qu’ils se distinguent tant par leur unicité que leur accessibilité.

Les mondes oniriques

Les mondes oniriques, comme j’aime les appeler, vont chercher quelque chose de totalement inexplicable, de surréaliste, parce qu’autant notre cerveau reconnaît chacune des images, autant il ne saisit pas tout à fait ce qu’elles peuvent bien fabriquer ensemble. La créatrice des Microcosmes, Daphnée Côté-Hallée, ajoute quant à elle que ce genre d’image est très réconfortant: « Moi je crée des univers dans lesquels j’aimerais me réfugier, des univers qui sont plus grands que tous mes problèmes du monde! », raconte-t-elle.

En effet, Daphnée invente de magnifiques espaces aériens, de scintillantes escapades dans lesquels on a envie de s’exiler. « Ma démarche est très inconsciente. Je trouve des photos vintages dans de vieux magazines trouvés dans des brocantes, je m’installe ensuite sur mon plancher de cuisine et sans trop m’en rendre compte, je colle ensemble quelques images à la main, jusqu’à ce qu’un microcosme prenne forme. Je numérise ensuite le tout ».

Une tendance qui doit en réconforter plus d’un si on regarde le nombre d’abonnés Instagram que cumulent certains de ces artistes à l’international! Il y a par exemple cette Pakistanaise auparavant dentiste, Sara Shakeel, qui à l’heure où on se parle a dépassé les 300 K. Tout comme Daphnée, elle déniche des images ici et là et pour les réunir avec délicatesse, nous offrant par la suite des compositions poétiques à tendances astrologiques.

Pour ceux qui ont envie de se régaler de ce genre d’onirisme au quotidien, je suggère d’aller suivre à l’instant Beth Hoeckel, Felipe Posada, Karen Lynch, Dan Lean et toutes les suggestions qui suivront!

Plusieurs vendent également leurs oeuvres sur différents artéfacts, comme des tapisseries, des sacs ou même des rideaux de douche!

Les mondes candides (mais pas vraiment)

Dotée d’une formation en arts visuels, Gab Bois s’est donné la mission, armée d’un compte Instagram, qu’un jour les gens considèrent le « bizarre » beau. Une mission qui avance plutôt bien, car même si ses images sont particulièrement tordues et décalées, rares seront les fois dans une vie où on pourra être subjugué par la candeur qui se dégage d’une paupière brochée ou d’un cactus dans une bouche.

Aussi considérés comme photomontages, les mondes que j’appelle candides (mais quand même trash) jouent beaucoup, à l’aide de la photographie et de retouches numériques, avec les dimensions de membres humains et/ou d’objets saugrenus.

Peut-être moins réconfortants que les mondes oniriques, ces compositions très « pop » sont à leur défense particulièrement divertissantes, et rayonnent tout autant à l’international.

Car même si rien ne ressemble vraiment au travail de Gab Bois, d’autres artistes à travers le monde créent des micro-univers un peu biscornus à base d’artefacts du quotidien, comme la Française Cécile Hoodie et son travail provoquant qui peut s’inscrire dans la même branche que celui de Gab Bois, mais avec une petite touche « Sofia Coppola » et « soft-sexu-bonbon » en plus.

Si de plus en plus d’artistes font rayonner leur créativité avec ce type de composition, c’est surtout parce que le processus est assez simple: « J’ai essayé la photographie parce que c’est le médium que je trouve le plus rapide pour concrétiser une idée, mais il reste que je n’ai pas de réelle formation en photo. Je n’ai pas particulièrement de curiosité pour l’aspect technique de la discipline, c’est vraiment l’efficacité de la chose qui m’a attirée! » affirme Gab Bois.

Les nouveaux défis

Selon moi, ces artistes ont toutes les raisons du monde d’utiliser une plateforme comme Instagram comme tremplin. En quelques mois seulement, ils peuvent cibler leur public, les intérêts de celui-ci,  en plus de se faire un nom.

« Même si les gens qui ont une approche plus traditionnelle quant à leur vision de l’art sont parfois un peu sceptiques face à des débuts de parcours comme le mien, il est indéniable que la plateforme aura réussi à me mettre en contact avec plus de clients internationaux que n’importe quelle galerie montréalaise aurait pu le faire », ajoute Gab Bois.

Et ce qui fait peut-être la particularité de toute forme d’art sur Instagram, c’est l’important pouvoir de diffusion dont une oeuvre peut  bénéficier. Par exemple, Gab Bois ne fait pas vraiment partie de la scène artistique montréalaise, mais réussit tout de même à vivre de son art: « Seulement 2% de ma base d’abonnés vient de Montréal et la forte majorité des contrats qui me sont offerts ne viennent pas de compagnies locales. Je suis d’accord que ça ne remplace pas les galeries d’art, mais je pense que ça apporte d’autres choses avec un potentiel tout aussi intéressant! », précise-t-elle.

Toutefois, cette diffusion à large échelle vient avec certains obstacles, dont celui des droits d’auteur. Sara Shakeel en sait quelque chose, elle qui s’est fait voler son oeuvre par une certaine Kendall Jenner en novembre dernier. Heureusement, ses droits ont fini par se faire reconnaître, mais dans ce monde où une publication peut voyager partout en quelques secondes, c’est difficile de garder le contrôle. Gab Bois doit cohabiter avec ce problème au quotidien, puisque plusieurs personnes vont utiliser ses images dans leur mood board, sans en identifier la source: « Là où ça devient plus fâchant, c’est quand des compagnies utilisent mon travail à des fins promotionnelles ou financières sans me payer ou même m’avertir. Il y a quelques cas qui ne sont toujours pas résolus, les droits d’auteurs ne sont pas reconnus de la même manière dans tous les pays. »

Une belle leçon à retenir pour tous les réseauteurs de ce monde qui affichent nonchalamment leurs « états d’âme » par le biais d’une oeuvre sans en indiquer l’auteur! Ces artistes fabriquent de merveilleuses réalités alternatives pour le bon plaisir de notre oeil qui se régale sans rien payer, il est donc toujours utile de se rappeler que la reconnaissance est souvent la plus riche des rémunérations!

Suivez les comptes Instagram des artistes mentionné dans cet article:

Gab Bois

Daphné Côté-Hallé

Cécile Hoodie

Sara Shakeel

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