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In Guns We Trust: Immersion dans les champs de tir de machine guns

Jean-François Bouchard a photographié des armes dignes des plus grands films de guerre.

Par
Jasmine Legendre
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Bien enfoui au fond du désert de l’Arizona, se cache le plus grand champ de tir de machine guns aux États-Unis. Plusieurs centaines de visiteurs, mais aussi de tireurs, s’y rendent deux week-ends par année pour y observer ou utiliser de l’arsenal digne des plus grands films de guerre.

Jean-François Bouchard

Désirant explorer les sous-cultures américaines, l’artiste québécois (mais aussi cofondateur de l’agence Sid Lee) Jean-François Bouchard s’est rendu sur place pour capturer ces scènes surréalistes.

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Bien que l’Arizona soit un des endroits les plus gun-friendly des États-Unis, l’oeuvre du photographe résonne dans le contexte plus large du débat entourant le contrôle des armes à feu.

L’exposition In Guns We Trust comprenant des photos, vidéos et installations, est présentée actuellement à l’Arsenal Contemporary New York jusqu’au 23 juin, mais se déplacera à Montréal en septembre prochain à l’Arsenal. « Un livre est publié simultanément et donne un peu plus de contexte. Mais puisque c’est une exposition d’art contemporain et non pas documentaire, il y a quand même un certain niveau d’abstraction et de conceptualisme qui demeure. »

Jean-François Bouchard

Entretien avec un artiste qui s’est penché sur un sujet fascinant.

Quel a été le processus de création derrière le projet?

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Ça fait quelques années que ma démarche artistique est ancrée autour de l’exploration des sous-cultures. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est d’humaniser les gens dont on juge les comportements.

Je cherche aussi à comprendre comment les sous-cultures nous aident à comprendre la culture de masse, le côté plus mainstream d’une société. Le gun culture est la première exposition d’une série sur des différences sous-culturelles américaines.

Comment s’est passée ton immersion?

J’y suis allé à plusieurs reprises. Il y a deux endroits dans le monde où ce type d’armement est utilisé : au Kentucky et en Arizona [des endroits présentés dans le cadre de l’exposition]. Il faut comprendre qu’ils utilisent des machine guns de calibre 50, comme on voit dans les films de guerre, mais aussi des canons. Certains mesuraient cinq mètres. Ils vont aussi, occasionnellement, mettre des explosifs dans des voitures.

Jean-François Bouchard

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Tout ça est légal. Certaines personnes s’y rendent en hélicoptère Huey, un moyen de transport utilisé pendant la guerre du Vietnam. D’autres viennent aussi en tank.

La première fois que je m’y suis rendu, c’était au Kentucky alors que je commençais mes recherches. Je n’avais pas réussi à rester là parce que j’étais trop submergé par ce que je voyais. Ça m’a pris quelques années avant de comprendre que c’est un sujet qui méritait d’être étudié et qu’il fallait que je surmonte mes appréhensions.

C’est donc quelques années plus tard que je suis retourné dans le désert de l’Arizona pour quelques semaines.

Qu’est-ce que le gun culture t’a fait comprendre sur la société américaine?

Ce que j’ai réalisé, c’est que c’est très facile pour des gens ayant une perspective libérale des choses de mettre tous les amateurs d’armes à feu dans le même panier, de les voir comme des agresseurs ou comme des imbéciles. Mais en me plongeant dans cet univers-là, j’ai constaté que les adeptes sont victimes de la culture dans laquelle ils ont grandi. J’ai d’ailleurs vu beaucoup d’enfants là-bas.

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Si j’avais été élevé dans leur communauté, je partagerais probablement les mêmes croyances. Ça m’a permis de comprendre que la bataille, elle ne doit pas être contre les gens, mais contre une culture qui a des racines historiques extrêmement profondes.

Jean-François Bouchard

J’ai compris que de faire preuve d’un peu d’empathie et de sortir de notre bulle, notre fameuse echo chamber, ça ne fait pas changer nos opinions, mais ça aide à mieux comprendre une autre réalité. Quand on comprend mieux les gens, on est plus susceptibles d’avoir un dialogue constructif.

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Quelle a été la réception des gens là-bas quand tu es arrivé avec ton appareil photo?

Ça n’a pas été simple de m’immiscer dans cet univers-là. C’était important pour moi de le faire d’une façon respectueuse. Le fait que j’étais un artiste et non pas un journaliste ça aidait considérablement.

Est-ce que tu as réussi à créer des liens avec les participants?

Étonnamment, oui. C’est plus facile qu’on pense de créer des liens avec des gens qui ne nous ressemblent pas. Comme être humain, on oublie qu’on est à 99.9% pareils, mais qu’il y a un 0.01% qui peut parfois être choquant (rires).

C’est une communauté, alors je revoyais certaines personnes au fil de mes voyages. Ce n’est vraiment pas une milice. Pour eux, c’est à la fois un mode de pensée, mais aussi un mode de divertissement.

Jean-François Bouchard

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Tu présenteras ton exposition à New York puis à Montréal. À quoi t’attends-tu comme réaction?

Je pense que les gens comprennent que l’objectif n’est pas de célébrer ce mode de divertissement ni de le condamner, que c’est plutôt une invitation à la réflexion. Autant aux États-Unis qu’au Canada, c’est un sujet d’actualité.