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« Il n’est jamais trop tard pour se reprendre »

Les Allié.e.s du Village, une brigade de propreté où naissent des deuxièmes chances.

Par
Salomé Maari
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Ça a commencé avec des fleurs qui avaient besoin que l’on prenne soin d’elles. L’été dernier, sur une rue Sainte-Catherine piétonne, en plein cœur du Village, elles attendaient qu’on les arrose et les regarde grandir. Pas trop loin de là, dans le Pavillon Robert-Lemaire de la Maison du Père, des messieurs étaient prêts à s’en occuper.

C’est ainsi que Martin, un quinquagénaire au sourire apaisant, a commencé à travailler pour l’escouade estivale de la Société de développement commercial (SDC) du Village. Un projet qui n’en était alors qu’à ses balbutiements.

« Ça m’a donné le goût de retourner sur le marché du travail. Ça m’a donné un coup de pied dans le derrière pour foncer. […] Là, tout est possible », confie Martin, fier.

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Grâce au soutien financier de l’arrondissement, le projet a officiellement pris son envol en octobre dernier, devenant les Allié.e.s du Village, une brigade de propreté composée d’hommes en réinsertion sociale affiliés à la Maison du Père et de superviseurs de la SDC du quartier. La mission de sa dizaine d’employés : garder le secteur accueillant, propre et sécuritaire, sept jours sur sept.

Martin, participant des Allié.e.s du Village
Photo : Salomé Maari
Martin, participant des Allié.e.s du Village

UN NOUVEL ÉLAN

Avant que ses problèmes de consommation ne prennent le dessus sur sa vie, Martin était un homme comme les autres. Puis, il a perdu son emploi et son logement. « Ça peut arriver à n’importe qui, tu sais. Je ne viens pas nécessairement d’un milieu défavorisé, mais c’est moi qui ai pris ce chemin-là », explique-t-il.

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Après avoir tout perdu, c’est à la Maison du Père qu’il a atterri, où il est passé par différentes étapes de transition. Aujourd’hui sobre, il occupe depuis maintenant cinq ans un logement subventionné par l’Office municipal d’habitation de Montréal, grâce au programme de maintien au logement l’Envolée de la Maison du Père.

« Il n’est jamais trop tard pour se reprendre », dit-il avec sagesse. Du haut de ses 59 ans, Martin est fier de son nouveau départ.

Intégrer les Allié.e.s du Village lui a donné l’élan dont il avait besoin pour continuer. Depuis, il a suivi une formation de signaleur routier, et grâce au soutien financier de la SDC, il s’apprête à en commencer une autre comme signaleur de chantier.

Pour ce qui est des projets qui l’attendent, il se dit excité. « Mais je ne veux pas partir d’ici. C’est ça qui arrive! », lâche-t-il en riant. C’est qu’il aime trop son emploi actuel.

Romain, superviseur·euse des Allié.e.s du Village, et Martin.
Photo : Salomé Maari
Romain, superviseur·euse des Allié.e.s du Village, et Martin.
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DES RIRES À PROFUSION

Si Martin aime autant son travail, c’est surtout pour la camaraderie qui y règne.

Les membres de la brigade travaillent toujours en duos constitués d’un participant et d’un superviseur. Quand Martin et Romain travaillent ensemble, des éclats de rire résonnent sur la rue Sainte-Catherine.

« Quand je me lève le matin, je suis content d’aller travailler. Surtout quand je travaille avec Romain », dit Martin, en lui lançant un regard complice.

Romain partage cet enthousiasme. « Cette semaine, j’ai écrit à une amie pour lui dire : “Tu sais quoi? J’ai hâte de retourner ramasser mes cacas dehors parce que je vais retrouver Martin.” Et ça, c’est quand même hyper précieux. », dit-iel, un sourire en coin.

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« Rapidement, il y a un super beau lien de confiance qui s’est établi entre chaque participant et superviseur. Ils se racontent des bouts de leur vie, puis il y a vraiment un bel échange. Je pense que le projet a contribué à briser des tabous des deux côtés », souligne Gabrielle Rondy, directrice générale de la SDC du Village et instigatrice du projet. Elle note que plusieurs superviseurs font partie de la communauté LGBTQ+, ce qui crée de riches discussions avec les participants.

Gabrielle Rondy, directrice générale de la Société de développement commercial du Village
Photo : Salomé Maari
Gabrielle Rondy, directrice générale de la Société de développement commercial du Village

UN LIEN FORT AVEC LE QUARTIER

Mais ce n’est pas qu’entre eux que les membres de la brigade tissent des liens. C’est aussi avec la communauté du quartier.

« Le fait de travailler dans le Village, ça fait en sorte que je n’oublie pas d’où je viens. De ne jamais oublier, c’est bien important », confie Martin, qui côtoie de près l’itinérance à tous ses quarts de travail.

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« Il y a des personnes qui m’ont raconté leur parcours de vie qui sont les plus difficiles et en même temps les plus beaux, parce que ce sont des personnes qui ont une force, une résilience hors du commun, relate Romain. Et qu’est-ce que c’est enrichissant de parler 15 minutes avec quelqu’un qui en a besoin et qui ne se rend pas compte à quel point, en te racontant [son histoire], il t’enrichit fois mille. »

Mis à part Martin, qui loge dans un appartement subventionné, les autres participants en réinsertion sociale de la brigade habitent dans le quartier.

« Leur sentiment d’appartenance au projet est bonifié parce que c’est leur maison, ici. C’est leur secteur. Ils prennent soin de leur quartier. […] Ces messieurs-là connaissent les gens marginalisés, les populations vulnérables dans la rue », souligne Gabrielle Rondy.

Photo : Salomé Maari
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UN GRAND SENTIMENT D’ACCOMPLISSEMENT

Reconnaissables par leur tuque rose et tout leur attirail, les membres de la brigade se font accoster quotidiennement par des citoyens reconnaissants. « On voit souvent des résidents qui nous remercient, [qui nous disent] qu’on fait du bon travail, qu’on fait la différence », raconte Martin, l’air fier.

Son travail lui apporte un grand sentiment d’accomplissement. Et le quartier n’a jamais été aussi propre, comme le leur font remarquer de nombreux citoyens.

Et puis, il y a eu les fleurs. Celles qu’ils ont arrosées tout l’été. « On les a vues grandir, puis on en prenait soin », raconte Martin. « À la fin de l’été, on voyait les fleurs qui étaient bien garnies. »

Tout comme ces fleurs, Martin et les autres participants de la brigade sont en train d’éclore. Une floraison aux airs de deuxième chance. D’ailleurs, ça sent le printemps.

Photo : Salomé Maari
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