William Arcand

HUGUETTE ROBERT : POUR L’AMOUR DE NOS AÎNÉ.E.S

Certains croient que nos aîné-e-s ne méritent pas plus qu’un bain par mois. D’autres, heureusement, croient que leur bien-être doit être au centre des préoccupations collectives. C’est le cas d’Huguette Robert, directrice générale de l’organisme Présâges, engagé dans la cause des ainé.e.s à travers l’entrepreneuriat social,le développement communautaire et, bientôt, le coworking. Portrait de celle qui veut qu’on renoue avec nos vieux.

Cet article est tiré du magazine Spécial Extraordinaire 2018, disponible sur notre boutique en ligne.

Bonjour Huguette! Merci infiniment de nous faire un peu de place dans votre horaire si chargé. D’entrée de jeu, j’aimerais prendre quelques minutes pour bien saisir ce que Présâges offre aux aînés.

Merci à vous pour votre confiance! Avant de venir, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir vous raconter pour que vous ne regrettiez pas votre choix! [Rires timides] Présâges est une branche de la Fondation Berthiaume-du Tremblay, une organisation pour le « bien vieillir au Québec ». Depuis plus de 40 ans, la Fondation aide les petits organismes communautaires, qui ont à cœur le bien-être de nos aîné.e.s, à se développer et à se faire une place dans notre société. Présâges,c’est le visage entrepreneurial de la Fondation.

Entrepreneurial?

Nous travaillons dans un contexte où la retraite est à réinventer, tout comme les formes d’engagement citoyen et de participation sociale, et où le vieillissement comprend des âges et des réalités multiples. Présâges offre donc un service d’accompagnement et de conseils à des organismes existants afin de leur donner un souffle neuf adapté à la réalité des aîné.e.s d’aujourd’hui. Il peut s’agir autant d’organismes qui œuvrent à favoriser le maintien des aînés dans leur communauté, qui promeuvent l’engagement bénévole, qui offrent des activités sociales aux aîné.e.s, etc. Chez Présâges, on adopte une vision humaniste et bienveillante qui n’a pas nécessairement pour but des chiffres, mais bien des changements sociaux innovants. Nous croyons aux méthodes d’intelligence collective : nous aidons les organismes en leur proposant notre regard extérieur, une critique bienveillante, des questions pertinentes pour les inciter à préciser leurs intentions et à passer à l’action.

Vous parlez d’adapter les interventions communautaires à la nouvelle réalité de nos aîné.e.s. Selon vous, les besoins des retraités d’aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux d’il y a 20 ans?

Exactement!Il faut se questionner sur la pertinence des organismes actuels. Ça va au-delà des parties de backgammon et des ateliers de tricot! Aujourd’hui, une personne à la retraite a encore plusieurs belles années devant elle. Elle a moins d’obligations,mais toujours autant de rêves et d’ambitions. Ce n’est pas parce qu’une personne se retire du milieu du travail qu’elle n’a plus rien à offrir à sa collectivité. Au contraire! Par exemple, un homme de 67 ans qui prend sa retraite et qui a une quarantaine d’années d’expérience en gestion veut voir cette expertise mise à profit socialement. C’est pour ça que Présâges a développé le projet Mûr.e pour entreprendre, une initiative d’entrepreneuriat social. Car être retraité n’est pas une fin absolue, mais bien le commencement d’une autre étape tout aussi gratifiante que le marché du travail.Lancé lors d’un événement de réflexion le 1er juin dernier, ce nouveau projet a réuni une trentaine de personnes de divers milieux dans le but d’explorer le potentiel de l’entrepreneuriat social chez les retraités comme vecteur de solutions nouvelles. Nous amorçons l’accompagnement d’une première cohorte d’entrepreneurs sociaux. Nous pourrons en dire bientôt!

J’ai aussi vu que vous travaillez à la création d’un espace de travail collaboratif. C’est de plus en plus à la mode, le coworking. Est-ce que vous essayez de donner un air de jeunesse à la retraite?

L’espace Le Collaboratif s’adresse à tous. Je ne crois pas aux cloisons, aux divisions. Je suis pour la fluidité e genres, d’idées et d’âges. Cet espace se veut plurigénérationnel, en accueillant des organisations du milieu communautaire, mais aussi des entreprises du design, de la publicité, du génie… On veut créer un environnement d’échanges,où les jeunes seront mentors auprès de leurs aînés et où les différentes pensées alimenteront des dialogues et des idées innovantes. À partir d’octobre,notre local offrira, à deux pas du métro Rosemont, des bureaux, des espaces de travail ouverts et des salles de conférence. Les entreprises et organismes pourront louer un espace au mois et on travaille sur la possibilité d’un membership pour l’utilisation de nos espaces de façon ponctuelle, à la carte. Ce qu’on veut, c’est provoquer des discussions autour de la machine à café pour des organisations et des générations qui, autrement, n’auraient peut-être jamais eu l’occasion d’échanger.

La situation des aîné.e.s vous a toujours interpellée?

Au départ, j’ai travaillé auprès de jeunes en difficulté dans différents CLSC. Quand la directrice de la Fondation Berthiaume-du Tremblay m’a approchée, j’ai accepté de me joindre à son équipe. Je suis fidèle à la Fondation depuis 26 ans, maintenant. Il faut dire qu’elle me soutient beaucoup dans mes décisions et quej’ai la possibilité de penser à l’extérieur de la boîte conventionnelle des services communautaires. Nous sommes toujours en quête d’idées nouvelles pour répondre aux besoins et aux aspirations des aînés d’aujourd’hui et de demain.

Toute cette quête d’actualisation et de pertinence dans votre travail, qu’est-ce que ça vous a apporté? Comment Huguette début cinquantaine se perçoit?

Aujourd’hui, j’ai plus d’assurance, plus d’audace. Je suis toujours aussi ouverte, mais dison sque je refuse de travestir mes idées. Je crois en ce projet et je m’investis à 100 %.J’ai la ferme conviction qu’ensemble, on peut faire partie du changement, de cette évolution, qu’on ne fait pas seulement la subir. J’estime que la plupart du temps, on se complique beaucoup trop la vie alors que les réponses sont souvent là, devant nos yeux. Je crois qu’aujourd’hui, je fais beaucoup plus de place à la spontanéité.

Cette façon de voir innovante, est-elle celle que vous aimeriez qu’on adopte à votre retraite à vous?

Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je n’ai pas de plan de retraite non plus. Une chose est certaine, par contre, j’ai dédié ma vie, et je continuerai très certainement de le faire pour les prochaines années, au bien-être de ma collectivité. Et à ma retraite, je prendrai du temps pour moi!

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