Hubert Fielden, responsable du doublage de Slap Shot

Film-culte qui a notamment popularisé le « foil » et démonisé « l’ostie de root beer » auprès de plusieurs générations de cinéphiles de la province, Slap Shot demeure, à la base, une comédie sportive américaine.

Son doublage typiquement québécois est l’œuvre de Hubert Fielden, acteur, doubleur, enseignant… et Français d’origine.

Ce texte est extrait du Spécial ANGLOSdisponible sur notre boutique en ligne

Vous avez étudié le théâtre à Paris, puis le mime avec l’illustre Marcel Marceau. Comment vous êtes-vous retrouvé au sein de l’équipe de doublage de Slap Shot?
J’ai commencé à faire du doublage au Québec à la fin des années 1960. Les gens d’Universal Pictures m’ont invité à une projection du doublage « français de France » de Slap Shot, car ils voulaient savoir si ça avait une chance de fonctionner au Québec.

Et comment c’était?

À la projection, tous les invités s’écroulaient de rire, car on y utilisait les termes de hockey français: le palet, la crosse, j’vais te foutre un coup de tatane dans les roubignoles, etc.

On est très loin des « Trade me right fucking now », « Dave y est magané » et du « jackstrap plein de marde » ! Qu’avez-vous donc fait?
Je leur ai dit que ça fonctionnerait mieux en « québécois » ! Ils m’ont demandé si je pouvais adapter le doublage en conséquence. Je leur ai dit: « Oui, je peux le faire! » C’était la première fois qu’on doublait un film en « québécois » ici.

Est-ce difficile, doubler… quand on commence dans le domaine, j’veux dire?
Ce n’est pas tout le monde qui a les aptitudes pour devenir un bon doubleur. L’art du doublage est un art de mimétisme. L’acteur ou l’actrice doit reproduire ce que l’acteur à l’écran fait avec son énergie, ses émotions. Autrement dit, il doit oublier sa façon personnelle  d’interpréter et copier ce qu’il fait. Plusieurs de nos très bons acteurs et actrices ont de la difficulté à s’effacer ainsi.

Alors, comment était l’ambiance sur le plateau?
C’était très drôle ! Les doubleurs québécois étaient habitués de doubler en français international, alors au début, c’était plus difficile. Benoit Marleau a déjà dit en entrevue: « Quand je suis arrivé en studio, un petit Français m’a dit que je ne parlais pas assez québécois… »

Justement, d’autres grands noms du théâtre québécois, comme Denise Filiatrault et Monique Miller, ont participé au doublage. Comment ont-ils abordé la vulgarité du film?
Denise, tout particulièrement, n’a pas vraiment été choquée de travailler dans sa propre langue, car elle avait fait peu de doublage. D’autres doubleurs plus expérimentés, par contre, ont eu un peu plus de difficulté ! Mais une fois cet ajustement fait, ils n’avaient aucun problème avec les références sexuelles ou les jurons…

Et comment expliquer, selon vous, le culte entourant votre adaptation de Slap Shot?
Je pense que c’est parce que c’était la première fois que le public québécois pouvait s’identifier à une langue et à un univers qui fait partie de son folklore – le hockey – dans un film américain doublé en français. Mais en vérité, je ne saurais vraiment l’expliquer.

Pour lire un autre texte sur le film culte Slap SHot: «Ma première fois : Slap Shot».

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