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Hood’s Talk: un peu de soleil à travers les nuages

Entretien avec l’intervenante jeunesse et animatrice Stéphanie Germain. 

Par
Hugo Meunier
Hugo Meunier
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« Un rayon de soleil à travers ces grands nuages ».

C’est ainsi que l’intervenante jeunesse et membre du collectif Hoodstock Stéphanie Germain décrit la nouvelle série Hood’s Talk qu’elle anime, et dont les deux premières capsules sont déjà en ligne.

«Avec Will (Prosper, le réalisateur), on a eu l’idée de prendre des artistes et les mettre dans des situations déjantées. On voulait sortir des carcans des live sur les réseaux sociaux et les voir sous de nouveaux jours.»

Un show créé presque à 100% par des artisans issus de la diversité, dont le résultat est jusqu’ici franchement rafraîchissant. « Avec Will (Prosper, le réalisateur), on a eu l’idée de prendre des artistes et les mettre dans des situations déjantées. On voulait sortir des carcans des live sur les réseaux sociaux et les voir sous de nouveaux jours », raconte Stéphanie Germain au sujet des quatre premières capsules déjà tournées, dont les deux prochaines seront mises en ligne prochainement sur la page Facebook d’Hoodstock.

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Les captations se sont déroulées « en présentiel » sur un plateau joliment aménagé au centre Phi. La façon de présenter les invité(e)s pourrait difficilement être plus originale: ils/elles sont assis dans des fauteuils dos à dos et doivent deviner qui est l’autre artiste en se posant des questions sous l’effet de l’hélium.

L’entrepreneur social Fabrice Vil et le chanteur Émile Bilodeau sont les participants de la première capsule. À part eux, qui vivent une bromance (ou une fraternamour) dans la vraie vie, les autres rencontres sont organisées entre des artistes qui ne se connaissent pas.

Ces derniers doivent ensuite se soumettre à quelques défis loufoques, tels qu’une sorte de vérité ou conséquence avec des ailes de poulet à la sauce extra-piquante (ou des shooters), une leçon spontanée de kompa à deux mètres de distance (très drôle), une séance de pole dancing et même une épreuve de tricycle.

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À l’animation, Stéphanie Germain ne manque pas de répartie et prend un plaisir sadique à plonger les invités dans l’eau chaude avec des questions irrévérencieuses. Elle souhaite (exige) d’ailleurs d’eux des réponses directes, sans flafla.

Elle demande par exemple à Émile Bilodeau de nommer quel festival auquel il a pris part « ne lui a rien donné dans sa carrière » ou encore quel est le pire défaut de son ami Fabrice. « Assume Émile! Dis-lui que tu trouves que c’est un très mauvais comédien », tranche avec aplomb l’animatrice, pendant que le chanteur patine une réponse polie sur le piètre jeu de son ami observé lors d’une activité théâtrale en sa compagnie.

«Fabrice, depuis le Black Lives Matter, je sais que t’es devenu une référence. Si un noir se blesse dans la rue, on t’appelle pour savoir quoi faire avant l’ambulance», raille l’animatrice.

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L’influent fondateur de l’organisme Pour3points non plus n’échappe pas aux questions baveuses de Stéphanie. « Fabrice, depuis le Black Lives Matter, je sais que t’es devenu une référence. Si un noir se blesse dans la rue, on t’appelle pour savoir quoi faire avant l’ambulance », raille l’animatrice avant de lui demander pour quel parti politique il se présenterait. Plutôt que de répondre, le principal intéressé préfère manger une aile de poulet 911 « ou brutalité policière », illustre l’animatrice.

L’épisode suivant réunit la comédienne Schelby Jean-Baptiste (Trauma, Unité 9, L’Heure bleue, Antigone) et l’ex-candidate d’OD Afrique du sud Kayshia. « Schelby, sur quel plateau t’as vécu ta pire expérience? », demande l’animatrice à la comédienne qui préfère se taper un shooter plutôt que de répondre. « Je ne suis pas encore où je veux pour dire ça », plaide la jeune actrice embêtée en créole, entre deux fous rires.

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Même si la capsule se veut ludique, c’est intéressant d’apprendre que la comédienne a refusé un rôle dans Fugueuse parce qu’elle n’était pas à l’aise avec l’idée de reproduire un stéréotype de la jeune femme noire qui attire l’héroïne blanche dans les filets des gangs de rue.

Les capsules comportent également un volet éducatif pour sensibiliser les jeunes aux mesures à respecter et à leurs responsabilités pendant la pandémie.

Les invités y vont d’ailleurs de messages d’espoir destinés à l’attention du public durant les génériques. La chanteuse Safia Nolin et l’humoriste Adib Alkhalidey feront notamment partie des prochaines capsules.

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L’équipe d’Hood’s Talk aimerait d’ailleurs porter le projet au-delà des quatre épisodes enregistrés. « On est en recherche de fonds, on cherche des boîtes de prod pour chapeauter le projet. Je suis tannée du bénévolat », souligne sans ambages Stéphanie Germain, qui s’intéresse à l’animation et avoue avoir envoyé des démos sans succès dans le passé pour décrocher des contrats. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que le show mette de l’avant des talents de la communauté, des visages qu’on voit selon elle encore trop peu à l’écran.

«Ici on ne reconnaît pas le racisme systémique alors qu’ailleurs on est déjà plus loin, on est dans l’antiracisme», se désole Stéphanie Germain.

Lorsqu’on lui demande si elle sent le vent tourner, elle plaide aussitôt qu’il ne tourne pas assez vite, citant en exemple un récent panel 100% blanc pour débattre de profilage racial à la télévision. « À quand une première famille noire dans leur quotidien dans un téléroman et pas juste comme figurant? Pourquoi, si nous ne sommes pas figurants dans la vie le sommes-nous à l’écran? », demande Stéphanie, déçue d’avoir l’impression d’avoir fait deux pas en avant et quatre en arrière depuis les grands mouvements de solidarité citoyenne en marge du Black Lives Matter. « On se retrouve à devoir retourner dans la rue pour dire que nos vies comptent. Qu’avez-vous retenu de toutes nos revendications », peste-t-elle, écorchant au passage les politiciens qui n’ont mené aucune action concrète.

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Elle accuse le Québec d’être en retard sur le reste du pays dans sa lutte contre le racisme. « Ici on ne reconnaît pas le racisme systémique alors qu’ailleurs on est déjà plus loin, on est dans l’antiracisme », se désole Stéphanie Germain.

Cette dernière est revenue sur une lettre ouverte publiée il y a quelques jours dans La Presse dans laquelle elle écrivait la difficulté pour sa communauté d’avoir présentement le cœur à la fête alors que se déroulent des célébrations entourant le mois de l’histoire des Noirs. Elle cite le profilage racial à l’endroit d’un avocat noir par la police de Montréal, mais surtout celle de Mamadi III Fara Carama, qui a passé six jours en prison pour un crime qu’il n’a pas commis.

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Dans cette même lettre, elle accuse aussi durement les médias d’avoir été complices de ce profilage. « En quelques heures, il est devenu le chou gras des médias. Le visage noir de Camara était partout. Nous connaissons tout sur sa vie. Pourquoi? Parce qu’il rentrait trop bien dans le moule du suspect habituel et réconfortant pour les gens cachés derrière leur télé », écrivait Stéphanie Germain.

Elle ajoute qu’il existe deux poids, deux mesures dans le traitement des criminels dans les médias, citant en exemple les personnes responsables de la mort de Joyce Echaquan, qui n’ont jamais fait les manchettes. « On devrait avoir honte. Qu’est-ce qui est si dur avec le fait de dire que des gens sont pénalisés à cause de la couleur de leur peau? »

La diffusion des amusantes capsules d’Hood’s Talk se déroule certes dans un contexte particulier, mais c’est peut-être une bonne chose, croit enfin Stéphanie Germain. « On a le droit au black joy pendant le mois des noirs. Pour nous donner un peu d’espoir à travers ce chaos et ce moment de désolation », résume-t-elle.

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