« Hein Nico ? »

En réagissant trop promptement au texte rétrograde de Guy Fournier concernant l’anecdotique rencontre entre la main de Jean François Mercier et le genou de Pénélope McQuade, force est d’admettre que nous avons négligé d’aborder le vrai sujet dont monsieur Fournier voulait nous parler : l’émasculation de l’homme québécois dans les médias.

Mais un bon débat de société finit toujours par trouver son chemin lorsqu’il touche des cordes sensibles. C’est ainsi qu’il a été abordé ici par Claude André et vendredi dernier dans un texte désormais disparu du site Le Globe, mais dont j’ai gardé copie pour mes archives personnelles. Sur les réseaux sociaux, l’économiste Ianik Marcil s’est fait traiter de tous les noms après avoir appelé les « pauvres mâles qui pleurnichent comme des chiots » à comparer leur situation à celle des femmes et à remettre leurs récriminations cent fois sur le métier. Je n’en ferai pas autant, car je suis plutôt d’avis que l’homme est souvent dépeint comme un vrai con dans la publicité québécoise. Honnêtement, faut que ça cesse.

Un des exemples les plus souvent évoqués récemment pour illustrer le phénomène de l’homme-cornichon, baptisé ainsi par le publicitaire Jean-Jacques Stréliski, est cette publicité de Desjardins à laquelle faisait référence Guy Fournier : “Hein Nico?”, mettant en vedette un Nico sans colonne qui acquiesce à tout ce que dit sa blonde.

Tout sauf, notons-le pour la forme, lorsqu’il est question de choses sérieuses, qui concernent l’argent, telles que le choix du prêt hypothécaire ou de l’assurance habitation. Je dis “pour la forme”, car je ne voudrais pas inscrire l’analyse de cette publicité dans un débat stérile à savoir qui, de l’homme ou de la femme, y est dépeint de la façon la plus débile. Car à ma connaissance, aucune fille ne veut non plus ressembler à la conne de blonde à Nico. Je n’en connais pas une qui veut être cette germaine dont la seule conception du dialogue est d’inviter son chum à prouver par chaque réplique qu’il est cet invertébré qu’elle l’a dompté à être.

Je n’inscrirai pas cette publicité dans une dynamique gars vs fille, mais je ferai remarquer qu’on se moque rigoureusement autant du gars que de la fille dans cette publicité. Comment se fait-il alors que certains ne rient pas? Évidemment, personne ne veut être Nico ou sa blonde, mais tout le monde connaît quelqu’un qui leur ressemble. Et généralement, on rit d’eux. Au mieux, on leur souhaite de se séparer et de se retrouver dans une relation plus saine. Cette publicité n’est qu’un exemple, mais dans presque toutes les publicités où le gars est dépeint comme un concombre, la femme prend le rôle de la mégère contrôlante.

Le problème n’est pas de savoir pourquoi tout le monde est perdant, mais plutôt de savoir pourquoi certains le prennent-ils si personnel. Pourquoi faudrait-il que Nico et sa blonde représentent tout le monde alors qu’il ne s’agit-là que de deux stéréotypes? Nico n’est pas plus une représentation de tous les gars que sa blonde n’est une représentation de toutes les filles, et aucun des deux n’est en train de vous dire que vous devriez être comme eux.

S’il y a une leçon que j’ai tirée de la réaction mitigée qu’avait reçu le numéro Lesbiennes d’Urbania, c’est qu’on n’est pas toujours à l’aise avec les représentations que l’on fait d’un groupe auquel on appartient, et qu’on a la fâcheuse tendance à donner à ces représentations une valeur qu’elles n’ont pas : l’universalité. Comme s’il était possible qu’une représentation reflète de façon juste et objective des concepts qui sont et qui ont toujours été en tout points variés. Il existe plusieurs types d’hommes, comme il existe plusieurs types de femmes, de lesbiennes, de noirs.

« Ouais, mais à force d’enfoncer le clou », vous allez dire. À force d’enfoncer le clou, les femmes continueront d’être les seules à passer la balayeuse (sauf dans de rares exceptions), à faire les achats de fournitures scolaires pour la marmaille, à manger de la salade et à être la contrôlante qui t’empêche d’écouter la game avec tes boys en mangeant des ailes de poulet le samedi soir.

Vrai : l’homme est souvent dépeint comme un abruti, un incapable ou un Sponge Towel en publicité. Le stéréotype de l’homme-cornichon a certainement des effets néfastes sur l’homme québécois et le dépeindre en vrai mâle mangeur de PFK a plus de chance d’augmenter son taux de cholestérol que de lui redonner sa virilité perdue. Mais puisque la femme en prend elle aussi pour son rhume, pourquoi nous obstinons-nous à voir dans la représentation stéréogenrée en publicité un débat opposant les hommes aux femmes?

Les stéréotypes, c’est con. Pour tout le monde. Et si la publicité participe à leur renforcement, ce n’est pas elle qui les crée (pas plus que les méchantes féministes, rassurez-vous). C’est nous, tous les jours, quand on cherche, nous-mêmes, à répondre à ce que l’on croit que la société attend de nous, selon le message qu’elle nous envoie depuis qu’on est haut comme trois pommes. Je ne sais pas qui tient vraiment au maintien de ces rôles, mais ça, c’est un cercle vicieux duquel on est loin d’être sortis.

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