Un gros hot-dog moutarde choux tout jaûni et mariné dans son vieux jus d’aisselle, agrémenté de sa patate frite graisseuse mijotée à la sueur de grosse caissière.
Derrière le comptoir d’un casse-croûte de la Promenade Ontario dont nous tairons le nom, les photographies du menu ont tout pour repousser le plus affâmé des clients et pour donner envie d’une overdose de Pepto Bismol au critique culinaire le plus lousse.
Les photographies de menus de restaurants sont un univers en soit, et c’est en tombant sur l’ouvrage « Bad Food Gone Worse » au Musée d’Art Moderne de New York que la chose s’est récemment confirmée.
Rassemblées sur papier glacée dans un beau « coffee-table book » tout propre, les pires images répertoriées par Ewoudt Boonstra et René Nuijens célèbrent la douce poésie d’une truite entière servies dans son jus qui pue et de la brochette de poulet passée date depuis 1983. La beauté éphémère d’une beauty shot qui n’aura finalement été appétissante que l’espace d’un instant.
« La déterioration des photos de menu est due à plusieurs facteurs », expliquent les photographes en préface de leur ouvrage passionnant. « Le premier est que les photos se retrouvent souvent près d’où la nourriture est préparée, subissant ainsi les émanations de graisse et la chaleur intense qui, à la longue, cuit les photos elles-mêmes! Aussi, il y a le fait que les propriétaires placent souvent fièrement leurs menus tout près de la vitrine, laissant la beauté des photographies se décolorer par le soleil. » Ragoûtant.
Mais n’est-ce tout de même pas là le summum de l’honnêteté gastronomique?
La promesse d’un restaurateur envers sa clientèle que ce qu’il peut admirer sur son menu donnera exactement la même chose une fois écrasé dans l’assiette?
What you see is what you get.
Vive l’honnêteté gastro-nomique. Un message de blogue payé par Pepto-Bismol.