L’homme qui écrit ses romans à la main

Vous connaissez certainement Ghislain Taschereau, cet ancien membre des Bleu Poudre, père des célèbres Bob Binette, Ludger et Dave Ash. Vous avez certainement entendu sa voix dans de nombreuses publicités ainsi qu’en narration dans des émissions de télévision.

Humoriste et fervent amant de la langue française, il adore s’amuser avec les mots.

De nos jours, Ghislain Taschereau écrit. Beaucoup. Et l’auteur des romans de la série L’Inspecteur Specteur, Tag et Étoiles Tombantes utilise un processus assez particulier.

Présentation à la manière d’une bande-annonce de film.

Vous pouvez même imaginer sa voix :

“Dans un monde où l’électronique trône dans chacune des pièces de nos maisons.

Dans cette époque où les notes prises dans une réunion le sont souvent à l’aide d’un laptop ou d’une tablette.

Dans cette ère où il est plus simple d’écrire un mot d’anniversaire sur un wall Facebook que dans une carte de souhaits.

Un homme se dresse fort et droit devant cette technologie, tel un héros.

Et il écrit à la main.”

On peut dire que Ghislain Taschereau se fait aller le crayon.

Et il se ramasse avec une méchante pile. Arrivé chez lui pour prendre connaissance de son prochain manuscrit… manuscrit, j’aperçois cette brique, sous une brique. Il faut bien empêcher les centaines de feuilles de partir au vent. Car voyez-vous, je ne suis pas certain que ses pages soient numérotées.

L’auteur écrit au verso de vieilles feuilles qu’il a récupérées avant qu’elles partent au bac de recyclage. On peut donc lire les chapitres de son prochain roman au dos de vieilles copies de l’inspecteur Specteur ou de fax envoyés par le Ministère des Transports aux animateurs radio pour leurs bulletins de circulation, du temps qu’il était à CKOI en 96.

100 000 mots, écrits à la main, ça donne quelque chose comme ça.

Mais à quoi ça sert d’écrire tout ça à la main quand il faut ensuite taper le texte sur l’ordinateur? Wooo les moteurs, pas si vite ami lecteur. Ghislain Taschereau ne tape pas son texte, il le dicte. Sûrement une déformation de narrateur. Ou une façon de garder la voix bien aiguisée.

Il raconte donc l’histoire à son Mac via l’application Dictée et Parole qui apparemment serait vraiment très précise. C’est un genre de Siri, mais utile. Comme ce n’est tout de même pas parfait, ça lui permet de déceler des bijoux à la relecture, comme : “Elle le regarda avec un tutu.” au lieu de “Elle le regarda avec inquiétude”. Ben voyons Ghislain, articule!

Pas certain que l’application ait été en mesure de bien écrire les “euh l’sais, nenen messemb” de Bob Binette ou les paroles des chansons de Dave Ash.

Mais ça vient d’où cette idée de fou?

Tout découle d’une visite au Planétarium. Il se rend pour une représentation qui est déjà complète. Il a 1h30 à perdre avant la suivante. Et comme il s’est donné comme objectif d’écrire mille mots par jour, il se dit : “Ah ben cârrosse! Aussi bien en profiter pour écrire”. Ayant laissé son portable à la maison, il demande feuilles et crayon à la préposée, prend son courage à une main et écrit avec l’autre. Il est stupéfait par le résultat et la rapidité de l’exercice. Plus de 1500 mots en moins de 2 heures alors que ça lui prenait parfois la journée complète.

On peut comprendre sa démarche, mais on doit saluer son courage.

La démarche est bien logique. Écrire tout en évitant les nombreuses distractions qu’il peut y avoir en étant installé devant l’ordinateur. On cherche un mot, on va sur Antidote ou Internet pour fouiller un peu. On en profite pour aller voir ses courriels, son Facebook, Twitter, Instagram… Linkedin (ok pas tant que ça quand même). Sti, qu’on n’est pas productif. Ok, faut que je prenne une pause, j’ai un peu mal à la tête. Je vais faire un statut Facebook.

Efficacité, productivité, éviter les distractions, se concentrer sur la tâche à accomplir. Lucien Bouchard et ses lucides seraient pas mal fiers de lui.

C’est un processus quand même assez récent et qui fonctionne à merveille pour lui. Son prochain roman avance bon train. C’est l’histoire d’un gars qui se fait interner volontairement pour pouvoir étudier la folie. De mon côté, je viens de pondre un article sur un vieux fou qui écrit un roman à la main et qui traite de la folie.

Je confirme que le petit logiciel fonctionne à merveille. Mais je n’ai pas malheureusement pas utilisé son procédé. Pas trop évident dicter un article à son Mac au beau milieu d’un café.

Pour lire un autre reportage de Fred Simard : “Ces lieux aux noms étranges”

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